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Burkina, Niger, Mali en rouge: à qui la faute?

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Les Forces de défense et de sécurité doivent renforcer la lutte contre le terrorisme (Ph. illustration)

Beaucoup de rouge et un peu d’orange! Ce ne sont pas les nouvelles couleurs nationales du Burkina Faso, du Niger ou du Mali, mais celles dont le Quai d’Orsay peint, désormais, ces pays du Sahel où les terroristes ont fait leur nid, endeuillant au quotidien, les armées nationales, la Force française Barkhane, la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et les populations civiles, sans distinction de religion, de sexe, ou d’appartenance sociale. Ni de nationalité! Au Burkina, alors que le grand imam de Djibo, Souaïbou Cissé, 73 ans, enlevé le 11 août dernier, par les fameux hommes armés non identifiés, a été retrouvé mort, le 15 août. Au Niger, ce sont 8 civils, soit 6 touristes français et leurs deux guide et chauffeur nigériens qui ont été tués par ces mêmes individus sans foi, ni loi.

Du coup, le Sahel où les terroristes se sont sanctuarisés, en particulier la zone dite des trois frontières, où se rejoignent sans délimitation précise, le Burkina, le Niger et le Mali, est devenue infréquentable. L’environnement sécuritaire est d’autant plus dégradé dans ces parties de l’Afrique de l’ouest que, malgré les coups que leur assènent, par moment, Barkhane, désormais forte de ses 5100 hommes, et les armées nationales africaines, les djihadistes ont multiplié leurs opérations meurtrières. Le Sahel connaît donc un regain d’activité de l’hydre terroriste.

Il faut dire que dans ces pays, dont les cartes sont peintes presqu’en rouge par les départements des affaires étrangères de la France, des Etats-Unis ou de la Grande Bretagne, pour ne citer que ces ceux-ci, les conflits communautaires, les exactions contre des civils, le faible équipement des Forces de défense et de sécurité pratiquement démunies face à la puissance de feu de l’ennemie, la quasi absence, sinon l’inefficacité du Renseignement, la mal gouvernance, la corruption, et même la misère des populations dont les jeunes se font facilement enrôler par les djihadistes pour peu, et l’incurie des dirigeants, sont, entre autres, des adjuvants importants de la menace terroriste. Sans oublier la porosité des frontières qui sont souvent de véritables passoires, entre lesquelles les terroristes, qu’ils soient des miliciens de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) ou des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), proche de al-Qaida, se baladent en terrain conquis.

Certes ce rouge, synonyme de danger pour les ressortissants occidentaux n’est, ni plus, ni moins, que le constat de l’impuissance des Burkinabè, des Maliens et des Nigériens à sécuriser leurs territoires, mais c’est également une faillite des Occidentaux, qui, depuis près d’une décennie, maintenant, sont engagés, aux côtés des Africains dans la lutte contre le terrorisme. Après tout, ou avant tout, c’est selon, ce sont surtout les intérêts et les ressortissants de ces puissances étrangères qui sont les cibles préférées des djihadistes, sur le continent où prospèrent leurs richissimes hommes d’affaires et leurs industries florissantes qui tirent l’essentiel de leurs matières premières des sous-sol et sol africains.

Une fois de plus, les dirigeants et certains citoyens burkinabè, maliens, et nigériens, par une exaltation excessive du sentiment national, pour ne pas dire un pur chauvinisme déplacé, verront rouge, parce que leurs pays sont peints en rouge. Pourtant, il faut bien que chacun accepte sa part de responsabilité. A chaque pays de protéger ses ressortissants. Avec le bal des indépendances soixantenaires des Africains qui se poursuit, c’est plus que jamais l’occasion de juger ceux qui nous gouvernent, à l’aune de leur capacité-certains diront incapacité- à protéger leurs concitoyens de ces attaques terroristes, au lieu de sous-traiter avec autrui, la sécurité et la défense nationales, domaines par excellence de souveraineté.

Mais, c’est, sans doute, prêcher dans le désert, car la sécurité du seul bien qui intéresse en réalité les têtes couronnées africaines, c’est bien celle de leurs fauteuils. En témoigne la hargne que nos présidents mettent dans la bataille pour prendre ou garder le pouvoir, quitte à charcuter la Constitution et à marcher sur les cadavres de leurs concitoyens, pour briguer des «troisième mandat» confligènes à souhait.

Par Wakat Séra

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