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RD Congo: le réel et la fin du flou artistique

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Au fur et à mesure qu’on avance vers la date fatidique du 23 décembre, le ciel se décante. Le réel prend le pas sur le flou. Un flou artistique, qui cache la réalité sans la supprimer. En un mot, le mensonge. La déclaration publique du président Joseph Kabila, dimanche 9 décembre dans plusieurs médias américains, de vouloir se représenter à la présidentielle de 2023, ajoute à la clarification.

C’est autant dire, clairement, que Emmanuel Ramazani Shadary, son clone, sera «élevé» président de la République, à travers un vote d’opérette. Et cela, en prévision de la restitution du fauteuil au «propriétaire» dans cinq ans. Un scénario à la «Poutine-Medvedev», suspecté et annoncé par nombre d’analystes.

En d’autres termes, l’alternance dont rêve la majorité des Congolais risque d’être renvoyée aux calendes grecques. Car Kabila, cet homme taiseux par nature, s’il s’autorise à annoncer en fanfare un tel scénario, c’est qu’il sait ce qui adviendra du processus électoral en cours: fausse victoire de son poulain, contestations réprimées, souvent dans le sang, langue de bois de la communauté internationale. Et puis, l’oubli…

L’exemple du Burundi de Pierre Nkurunziza, à cet égard, constitue un cas d’école, qui fera certainement beaucoup d’émules en «Afrique-Chefferie», où la notion de démocratie est une absurdité absolue. La RD Congo de Kabila en raffole. Il existe d’ailleurs une «confrérie négative» entre les deux pourfendeurs du principe cher à Churchill qui disait: «La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres».

Quoi qu’on pense de la situation en République démocratique Congo, le paradoxe reste de taille. C’est même une constante. Si Kabila vient d’exprimer clairement son désir de pérennité au pouvoir, le langage du peuple, à l’occasion de la campagne électorale, amorcée le 23 novembre, n’en n’est pas moins clair. Les «mots démocratie et alternance» ont gagné leurs lettres de noblesse. Ils sont sur toutes les lèvres.

«Indépendance tcha-tcha»

D’où cette sortie massive du peuple pour manifester son adhésion, à l’égard des candidats présidentiels en campagne. Et le succès qu’engrange le candidat Martin Fayulu, à travers le pays inquiète bien le pouvoir qui lui met le bâton dans les roues en utilisant les moyens les plus forts: répression sanglante des militants de la coalition « Lamouka » de l’opposition, empêchement de tenue de meeting, etc. Sans risque de se tromper, on peut dire que Martin Fayulu fait peur au pouvoir, lui que peu d’analystes politiques ont pu venir. A Kinshasa, on l’appelle «soldat du peuple». Et il a justifié ce surnom en faisant «carton plein» à Kisangani, Kalemie, Kananga, Goma, Beni, Butembo… au point d’être empêché par le pouvoir, lundi 10 décembre, de poursuivre son épopée à Kindu.

Un regard synoptique de la carte géographique, à travers les villes citées ci-dessus, indique que le candidat Fayulu aura tracé un cercle qui comprend le centre, l’ouest et l’est du pays. Son pari gagné, le plus brillant aura été d’avoir conquis les populations de Beni et Butembo (Nord-Kivu), où l’insécurité a fait sa demeure. Où, à chaque heure qui s’égrène, un homme est tué, du fait de la présence des milices. La foule aurait même chanté «Indépendance tcha-tcha», la célèbre mélodie qui avait agrémenté l’acquisition de l’indépendance du Congo.

Comme nous le disions en août dernier, dans un article intitulé «RD Congo: Kabila n’est pas Poutine», l’attitude du peuple, à travers la campagne en cours, est en train de confirmer notre thèse. C’est sa «réponse cinglante», face au défi permanent que lui lance Kabila, depuis 18 ans.

Nous en sommes à l’heure de «clarification». Les masques et les écailles tombent. Le flou artistique fait place, petit à petit à petit, au réel. Kabila parle «dictature», le peuple répond «démocratie». Quoi qu’il en soit, c’est le commencement de la fin. Qui sait? Le Gambien Yahya Jammey avait laissé des plumes dans les urnes, en 2015, en dépit de toute l’ingénierie frauduleuse par lui échafaudée pour l’emporter. Les mêmes causes pourraient bien produire les mêmes en RDC.

Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais réfugié en France

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