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Soudan: Béchir comme Bouteflika

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Ils ont eu raison de Béchir! (Ph. Reuters)

Comme un fruit mûr, Omar el-Béchir est tombé. Destitué par son armée qui, visiblement en avait marre de ses mille et une frasques sanglantes, le général est immédiatement mis aux arrêts et sa descente aux enfers pourrait bien se poursuivre si les nouveaux maîtres de Khartoum décident de livrer leur colis à la Cour pénale internationale. Le désormais ex chef de l’Etat du Soudan est dans le viseur de la CPI depuis 2009 suite au mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur de l’institution judiciaire internationale de La Haye. D’abord saisi en 2006 par le Conseil de sécurité de l’Onu pour des crimes commis au Darfour, celui qui a dirigé son pays d’une main de fer pendant plus de trois décennies, est sous le coup d’un mandat d’arrêt lancé contre lui par le procureur de la CPI qui l’accuse de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de génocide au Darfour. La voie est-elle donc ouverte pour la CPI de disposer maintenant de son client qui la nargue depuis 2009? Malgré l’épée de Damoclès de la CPI qui pendait bien en vue sur sa tête, le président septuagénaire venu aux affaires en 1989 après avoir renversé un régime élu, continuait de promener sa célèbre canne à travers le continent. Parfois, ce n’était que des sauts de puce, mais toujours est-il qu’il se promenait dans une impunité presque totale, même dans des pays qui ont ratifié le Traité de Rome et où il risquait à tout moment de se faire agraper par la CPI.

Maintenant, que la CPI a la possibilité d’en faire un prisonnier en or, Omar el-Béchir a une fois de plus la possibilité de lui échapper, si l’armée qui a décidé de conduire, par le biais d’un conseil militaire, une transition de deux ans choisit l’option de juger l’ex homme fort au Soudan, pour les mêmes chefs d’accusation avancés contre lui par la CPI. En tout cas, à l’heure où les auteurs de coups d’Etat sont mis au ban de la société et sévèrement jugés, en voici qui pourraient bien être considérés comme des héros par un peuple qui a mené une contestation de plus de trois mois pour se débarrasser de celui qui paraissait indéboulonnable il y a encore quelques semaines. La fin de parcours ressemble presque trait pour trait à celui de l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, dégagé par…l’armée, le mardi 2 avril dernier suite à une pression de sept semaines de la rue. La différence dans les deux scénarios soudanais et algérien, est que l’Algérie a lui-même déposé sa démission, obligé par l’armée, elle-même contrainte par le peuple. La ressemblance s’arrête pour le moment à ce niveau si les Soudanais ne continuent pas à manifester comme les Algériens pour déraciner tout un système, hic et nunc. Du reste, Omar el-Béchir qui a été soufflé par cette dernière tempête n’en n’était pas à pas la première contestation à son encontre. Mais s’il a résisté aux émeutes et manifestations de 2013 et 2018, il sera emporté par la déferlante de 2019. Que va-t-il se passer maintenant que le coup d’Etat a été adoubé par la communauté internationale dont l’Onu et le gendarme du monde, c’est-à-dire les Etats-Unis qui ne demandent que l’admission de civils dans le gouvernement de transition?

C’est certain, un air de printemps arabe a recommencé à souffler sur l’Afrique et doit bien faire trembler certains dirigeants, même si le président de la Commission de l’Union africaine affirme que «la prise de pouvoir par l’armée n’est pas la réponse appropriée aux défis auxquels est confronté le Soudan et aux aspirations de son peuple». Même si des mains invisibles se cachent souvent derrière ces soulèvements populaires, c’est clair que les peuples africains ne veulent plus se laisser mener comme des moutons par des hommes forts qui ne visent que l’éternité au pouvoir.

Par Wakat Séra

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