Accueil A la une Ouattara et Condé offrent un enterrement de première classe à l’alternance démocratique

Ouattara et Condé offrent un enterrement de première classe à l’alternance démocratique

Le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, en pleine prestation de serment pour son troisième mandat

Alea jacta est! Tout est accompli, a dit la bible, lorsque Jésus, après sa marche éprouvante, a expiré sur la croix, à Golgotha, où, déjà mort, il fut transpercé dans les côtes, par la lance d’un soldat zélé, qui voulait sans doute être certain que tout était maintenant fini. C’est également ainsi qu’a été poignardée, l’alternance démocratique en Côte d’Ivoire et en Guinée, et peut-être désormais en Afrique de l’ouest, voire sur tout le continent noir. Dans le double rôle de bourreau et croque-mort, pour assassiner et enterrer le second mandat constitutionnel, ont excellé, deux anciens opposants historiques. Alassane Dramane Ouattara, 78 ans, et Alpha Condé, 82 ans, pour ne pas les nommer, pour des intérêts égoïstes et très personnels et la soif inextinguible du pouvoir, n’ont pas hésité, un seul instant, par ce troisième mandat de tous les malheurs, à donner le coup de grâce, à l’alternance imposée par la loi fondamentale de leurs pays, la Côte d’Ivoire et la Guinée.

Pourtant, c’est par ce charmant jeu de la démocratie, qu’ils ont pu accéder à la magistrature suprême, promettant à leur tour de ne jamais violer la Constitution pour briguer ce maudit troisième mandat qui, dans un court ou long terme, n’a jamais porté bonheur, ni à ceux qui ont succombé à son charme, ni à leurs pays. En prêtant serment ce 14 décembre, ADO, vient de rentrer, par la plus petite des portes dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, une entrée tristement célèbre que s’apprête à effectuer, ce mardi 15 décembre, en Guinée, un autre prédateur de la démocratie, Alpha Condé.

Mais, comme l’a si bien dit le journaliste burkinabè et combattant de la démocratie, Norbert Zongo, dont le 22è triste anniversaire de l’assassinat vient d’être commémoré, ce 13 décembre, «la pire des choses, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais, c’est le silence des gens bien». Oui, par leur silence coupable durant l’accomplissement de cet acte ignoble et par leur présence à la solennité qui a consacré cet interdit constitutionnel, la douzaine de chefs d’Etat africains, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, flanqué de l’ancien président, Nicolas Sarkozy, en très grande délicatesse actuellement avec la justice de son pays, n’ont pas rendu service à la démocratie, dont ils crient, paradoxalement, les bienfaits, à toutes les tribunes. Méchanceté ou hypocrisie? Ou les deux?

En attendant, on peut bien se demander dans quelle posture se trouvait, le président nigérien, lors de cette cérémonie. Mahamadou Issoufou, lui, a refusé de céder à l’appel du 3è mandat, et en bon démocrate, a décidé de passer le témoin à un successeur, qui, il faut l’espérer, en fera de même. Il écrira, ainsi, l’une des belles pages de l’histoire politique nigérienne, cédant, en tant que président démocratiquement élu, le fauteuil présidentiel à un autre président démocratiquement élu, si tout se passe bien, comme le désirent les Nigériens, au soir de l’élection présidentielle du 27 décembre prochain. Comment se sentaient également le ghanéen, Nana Akufo-Addo et le Burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, qui viennent de passer, avec succès, dès le premier tour, leurs secondes élections présidentielles, selon les résultats provisoires des commissions électorales de leurs pays respectifs?

Et comme il fallait s’y attendre, la France, dont le président Emmanuel Macron, ondoyant et divers à souhait, a finalement applaudi des deux mains, la trahison que vient de subir la démocratie, plus ou moins héritée de la…France, et renforcée par l’historique Discours de La Baule, prononcée, le 20 juin 1990, par feu François Mitterrand, a fini de démontrer, comme à son habitude, que les Etats, notamment la France, n’ont que des intérêts. Tout comme les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine, la France vient bel et bien d’ouvrir la boîte de Pandore. Le troisième mandat est officiellement consacré et l’opportunité, ne manquera pas, sans doute, d’être saisie par les chefs de l’Etat africains, si friands de la présidence à vie! En tout cas, les peuples africains se retrouvent face à leur destin, jusqu’au jour où sera, peut-être, inscrit dans les Constitutions, que les mandats présidentiels sont illimités!

Par Wakat Séra

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