Accueil A la une 13 soldats morts pour la France… et le Sahel!

13 soldats morts pour la France… et le Sahel!

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Des hélicoptères de la force Barkhane en patrouille dans le nord malien (Ph. Pascal Guyot- AFP)

Ils sont encore 13 à tomber loin de leur patrie, dans une traque aux terroristes qui n’en finit pas. Dans cette zone dite des Trois frontières, Mali-Niger-Burkina Faso- qui est devenue comme un cimetière géant pour les forces armées de la région du Liptako, surtout les militaires maliens qui ont dû opérer un retrait vers des endroits moins exposés, la Force Barkhane essaie de contenir l’appétit vorace des terroristes qui se distinguent difficilement des populations civiles. Ce courage et cette détermination à éradiquer le djihadisme fait payer un lourd tribut à une armée française, qui, malgré les griefs portés, à raison ou à tort, contre son pays de faire l’affaire des terroristes, reste le seul véritable épouvantail contre les forces du mal. Ils sont donc tombés sur le champ de bataille, portant à 44, le bilan macabre de soldats français disparus au Mali et dans le Sahel, dans cette lutte anti-terroriste qui s’éternise. S’ils sont morts sous le drapeau français, c’est aussi et surtout pour le Sahel où ils empêchent les djihadistes de se sanctuariser qu’ils ont rendu le dernier souffle. Ce sont donc des familles et l’armée françaises, mais aussi l’Afrique qui portent le deuil de ces six officiers, six sous-officiers et un caporal-chef tombés dans une zone de combat jugée très dangereuse et servant de nid idéal aux terroristes, notamment les éléments du redoutable Etat islamique au grand Sahara (EIGS).

Si les conditions de l’accident entre les deux hélicoptères français demeurent encore un mystère, il faut reconnaître une fois de plus que les balles terroristes ne font aucune différence entre soldats maliens, burkinabè, nigériens ou tchadiens. Certes, ce n’est ni le lieu, ni le moment d’engager ou de faire le procès des nationalistes d’un autre âge qui combattent la présence des troupes occidentales en Afrique, mais c’est certainement l’heure de rappeler aux uns et aux autres que l’ennemi commun est ailleurs. Il importe donc de ne pas se tromper de cible, car ce serait faire le jeu des terroristes et les aider à semer le chaos dans un Sahel dont les populations sont déjà très éprouvées par la déstructuration de leur tissu social et la mise à mort programmée de leur économie agonisante. Sans donner un blanc-seing aux troupes occidentales, qui, malgré les équipements de haute technologie et de dernière génération n’arrivent pas à venir à bout de terroristes dont on connaît pour la plupart les planques, il faut reconnaître que la guerre est asymétrique. Elle ne répond à aucune règle conventionnelle et pire, les forces du mal font pratiquement corps avec des populations dont la majorité, confrontée à l’abandon par l’autorité centrale, la stigmatisation, la peur et la misère ; tombe facilement et fatalement sous le charme des bourreaux de leurs soldats. Du reste, les conflits inter communautaires que vivent la plupart des pays sahéliens, dont le Burkina Faso et le Mali, et qui sont de véritables hantises même pour les plus grandes armées du monde, conjugués avec la mal gouvernance chronique et la porosité des frontières, sont loin de militer pour l’éradication du terrorisme au Sahel.

Une chose est certaine, cet accident apporte de l’eau au moulin de la partie de l’opinion française qui se pose toujours la question sur l’opportunité de leurs enfants militaires si loin de leur pays. En Afrique, ce genre de réflexion ne se pose pas, car l’adage de grande sagesse enseigne qu’il faut toujours apporter ton sceau d’eau pour éteindre le feu qui brûle la case de ton voisin. De plus, le continent noir abrite tellement d’intérêts occidentaux que le laisser sombrer est un grand risque pour le monde. En attendant, comme le disent nos frères ivoiriens en guise de condoléances, «yako» à la France et aux Français.

Par Wakat Séra  

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