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3es mandats en Afrique: les ailes de l’Archange et le phare de la démocratie en danger?

Le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra (à gauche) et le Sénégalais Macky Sall Sall (Ph. d'archives)

L’Afrique, de berceau de l’humanité en passe de devenir berceau des coups d’Etat. Sur le continent, autant les putschs militaires font rage, autant les coups d’Etat civils ou constitutionnels s’enfilent, au grand dam de populations qui sont les seules à trinquer de ces changements de régimes hors toute norme constitutionnelle.

De plus en plus, ces coups de force portent la griffe de présidents qui aiment tellement leurs pays au risque de mourir au pouvoir pour leurs concitoyens. Envers et contre tous, et malgré l’opposition ferme du même peuple contre les règnes ad vitam aeternam, ces dirigeants, en réalité, boulimiques du pouvoir, sont prêts à concéder ce qu’ils qualifient de sacrifice suprême. Ils doivent finir les chantiers qu’ils ont entrepris et que personne d’autres qu’eux ne peut conduire à terme! Il en a été ainsi de l’Ivoirien Alassane Ouattara et du Guinéen Alpha Condé qui, lui, a fait les frais de sa témérité suicidaire, balayé un certain 5 septembre de 2021, par le colonel putschiste Mamady Doumbouya.

Avant ses «patriotes transis», le Nigérien Mamadou Tandja et le Burkinabè Blaise Compaoré ont «foncé droit dans le mur», les deux ayant oublié que, selon ce proverbe arabe qui a fait recette ailleurs sur le continent, «les cimetière sont remplis de gens qui se croyaient indispensables.» Mais persuadés que cela n’arrive qu’aux autres, jusqu’à ce qu’ils creusent, eux-mêmes, leurs propres tombes, des adeptes du 3è mandat, voire du pouvoir à vie, s’essaient encore à ce sport qui, tôt ou à la longue, ne crée que des ennuis à ceux qui le pratiquent.

Cour constitutionnelle décapitée en Centrafrique

En République centrafricaine, l’Archange qui est sur le point de se brûler les ailes par le feu de l’enfer du 3è mandat, a accroché à sa ceinture, le scalp de dame Danièle Danièle Darlan, ci-devant présidente de la cour constitutionnelle, en attendant de dépecer la Constitution dont la désormais nouvelle retraitée était la gardienne. Pourtant, celle qui a osé retoquer le projet présidentiel de charcutage de la constitution devrait, jouir, jusqu’à la fin de son mandat prévue pour le 24 mars 2024, de l’inamovibilité que lui accorde, à elle et les autres «grands juges», la loi fondamentale centrafricaine. Sauf que le président Faustin-Archange Touadéra et ses co-laborantins, experts en destruction de tout obstacle à la marche forcée vers le 3è mandat, en ont décidé autrement.

En prédateurs du respect de la constitution, le garant de la…constitution et ses affidés sont prêts à tout. Quitte à forcer le remplacement de Danièle Darlan, alors qu’aucune présumée remplaçante ne remplit les critères pour le poste qui, en principe, devrait connaître, ce vendredi, un nouveau propriétaire, une femme, pour respecter la parité imposée par l’article 99 de la constitution de 2016. Jusqu’où se fera le forcing pour mettre hors-jeu Danièle Darlan, l’empêcheuse de modifier la constitution en rond? Un malheur n’arrivant jamais seul, comme l’énonce, implacable, le proverbe, la Centrafrique, du fait de cette modification de constitution qui se profile, va-t-elle resombrer dans les tumultes politiques, elles qui peine, nonobstant ses richesses naturelles, à faire vivre décemment ses populations et à les sortir de la précarité causée par les affrontements des groupes rebelles, et ce malgré la présence de la société de sécurité privée russe Wagner?

Le linge Sall du 3e mandat au Sénégal?

Au Sénégal, il n’est question que de velléités de 3è mandat que les opposants et la société civile pensent avoir décelées chez Macky Sall, le chef de l’Etat sénégalais, mais aussi président en exercice de l’Union africaine, l’organisation continentale qui dégaine au quart de tour contre les coups d’Etat. Mais il faut que cela soit un coup d’Etat militaire, car l’institution africaine que les mauvaises langues assimilent à un syndicat des chefs d’Etat sait parfaitement enfoncer sa tête dans le sable, comme l’autruche, quand un dirigeant marche sur des cadavres, comme le Guinéen Alpha Condé, en son temps combattu par le Front national de la défense de la constitution (FNDC), pour décrocher le 3è mandat de tous les dangers.

Certes, à Dakar, Macky Sall n’est que suspect, mais suspect sérieux, à en croire la dizaine d’organisations de la société civile qui vient de rendre publique une lettre ouverte au chef de l’Etat, aux commandes du phare de la démocratie en Afrique de l’ouest depuis 10 ans, l’appelant à s’exprimer sans circonlocution sur le respect de la constitution dont l’article 27 stipule que «nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.» L’opposant Macky Sall qui a marché contre la tentative du mandat de trop du président Abdoulaye Wade, ne fera certainement pas cette offense suprême à la démocratie qui a joué de son charme pour faire parler les urnes en sa faveur depuis 2012.

Pourvu que le feu du 3e mandat ne brûle pas les ailes de l’Archange de Bangui et que la laideur de cette plaie ne ternisse le phare de Dakar, car le continent africain doit pouvoir enfin tourner la page des longs règnes qui ne lui ont créé que des ennuis et des…coups d’Etat militaires!

Par Wakat Séra

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