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Commerces ambulants et déperditions scolaires chez 75 élèves à Pouytenga

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Ceci est un document produit par Dasmané Mogmenga de l’Université Norbert ZONGO, Brigitte Nana de l’Université Joseph Ki-ZERBO, Désiré Poudiougo, de l’Institut national des Sciences des Sociétés et Madeleine Konkobo/Kaboré, de l’Institut national des Sciences des Sociétés, portant sur le commerce ambulant et la déperdition scolaire.

Introduction

L’éducation est reconnue comme un facteur essentiel du développement des sociétés. Comme l’affirmait Joseph Ki-Zerbo, « L’éducation est le logiciel de l’ordinateur central qui programme l’avenir des sociétés » (J. Ki-Zerbo, 1990, p. 16). Conscients de cette importance, plusieurs pays ont pris des engagements pour améliorer l’accès à l’éducation notamment lors de la conférence mondiale sur l’éducation pour tous de Jomtien et du forum de Dakar.

Au Burkina Faso, l’État a également adopté des mesures pour favoriser la scolarisation des enfants, notamment à travers la loi d’orientation de l’éducation qui rend l’enseignement de base public gratuit. Malgré ces efforts, l’école fait toujours face à des difficultés, parmi lesquelles les abandons scolaires et les faibles résultats des élèves. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Parmi eux, on observe que certains écoliers exercent de petits commerces ambulants, surtout pendant les congés et les vacances, afin d’aider leurs parents à financer leur scolarité. Dans la ville de Pouytenga, il est fréquent de voir des élèves vendre divers produits dans les bars, restaurants ou autres espaces publics. Face à cette réalité, il est important de s’interroger sur les conséquences de ces activités sur la scolarité des enfants. La présente étude vise à analyser les effets de la pratique des petits commerces ambulants par les écoliers sur leurs résultats scolaires et à examiner le lien possible entre ces activités et le décrochage scolaire.

Le présent article qui fait la synthèse de la recherche réalisée à travers une méthode mixte est structuré autour de deux points essentiels, notamment la méthodologie utilisée et les résultats de la recherche.

1 Méthodologie 

Les enquêtes ont été menées du 26 août au 08 septembre 2023 et ont concerné 75 élèves des écoles primaires dans la ville de Pouytenga, province du Kouritenga au Burkina Faso. Il s’agit des écoliers des classes de Cours Élémentaire Deuxième année (CE2) et des Cours Moyens Première et Deuxième année (CM1, CM2) qui exercent les petits commerces ambulants. Pour le choix de l’échantillon de la population cible, nous avons utilisé l’échantillonnage de commodité. Nous avons retenu cette technique d’échantillonnage pour des raisons pratiques. Dans l’ensemble, 31 écoliers du CE2 et 44 élèves des CM1 et CM2 ont pris part à ces enquêtes.

1.2 Méthodes et techniques de collecte de données

Deux techniques d’enquête sont utilisées : des tests d’aptitudes dans deux disciplines fondamentales (français et mathématiques) et un guide d’entretien.

1.3 Méthode d’analyse de données

Les données quantitatives collectées ont été traitées avec les statistiques descriptives via le logiciel Excel. Pour ce qui concerne celles qualitatives, nous avons fait recours à l’analyse de contenu de type thématique.

2 Résultats

2.1 Pratique des petits commerces ambulants par les écoliers et acquis scolaires

Pour analyser les acquis scolaires des écoliers, nous avons soumis des tests d’aptitudes dans les disciplines comme le français et les mathématiques à 31 élèves de la classe de CE2, puis à 44 élèves de CM1 et CM2. Nous avons également réalisé 6 entretiens semi-directifs avec eux.

Dans les classes de CE2 en français, 64,51% des élèves ont obtenu une note comprise entre 0/10 et 4,5/10 ce qui correspond à l’appréciation « Insuffisant » ; 25,80% ont obtenu une note comprise entre 5/10 et 6,5/10 équivalant à l’appréciation « Passable » et 9,67% ont obtenu une note comprise dans l’intervalle de 7/10 à 8,5/10 correspondant à l’appréciation « Assez Bien ».

Dans les classes CM1/CM2 en français toujours, 65,90% ont un niveau « Insuffisant » ; 25% ont un niveau « Passable » et 9,09% ont un niveau « Assez Bien.

À travers les entretiens semi-directifs réalisés avec ces écoliers qui exercent les petits commerces ambulants dans la ville de Pouytenga, leurs propos révèlent, en général, un travail satisfaisant en classe. En témoignent les déclarations de B. B, élève de la classe de CE2 : « Mon travail à l’école est bien. Quand la maîtresse pose des questions en grammaire, en conjugaison ou en lecture je réponds bien ».

En mathématique au CE2, 61,29% des élèves interviewés ont un niveau « Insuffisant » ; 29,03% ont un niveau « Passable » ; 6,45 % ont un niveau « Assez Bien » et 3,22% ont un niveau « Très Bien ». Au CM1/CM2 en mathématique toujours, 61,36 % ont un niveau jugé « Insuffisant » ; 27,27% ont un niveau « Passable » ; 6,81 % ont un niveau « Assez bien », et 4,54 % ont un niveau « Très Bien ».

Les entretiens relèvent que les élèves interviewés ont presque reconnu leur travail très satisfaisant en classe. K.P., élève de la classe de CE2 affirme :

En calcul, mon travail est bien, car je calcule bien. Si notre maître donne des exercices, je prends d’abord mon cahier de brouillon et je calcule. Si je trouve la bonne réponse, je la reporte dans mon cahier de devoirs. Mais, si ce n’est pas la bonne réponse, je barre et je recommence jusqu’à trouver la bonne réponse avant de la reporter dans mon cahier.

2.2 Pratique des petits commerces itinérants par les écoliers et déperditions scolaires

Nos entretiens ont révélé que certains élèves du primaire interviewés partent à l’heure à l’école les jours ouvrés tandis que d’autres viennent en retard. Ainsi, O. S., élève de la classe de CE2 reconnaît être allé à l’école en retard quelquefois. Il affirme : « Je suis allé deux fois seulement en retard en classe. On m’a dit d’aller puiser de l’eau d’abord avant d’aller à l’école. C’est ce qui a fait que je suis parti en retard ».

En revanche, un autre groupe d’élèves réfutent cette position et disent aller toujours à l’heure à l’école. Pour preuve, Z. A., élève de la classe de CM1 affirme : « Je ne suis jamais partie en retard en classe, car notre cour est à côté de l’école ».

En ce qui concerne les absences à l’école, nos entretiens ont révélé qu’il y a des élèves qui s’absentent régulièrement. Z. M., élève de la classe de CM2, tente de justifier ses absences en ces termes :

La maîtresse nous a dit de venir à l’école et elle-même n’est pas venue. Elle nous a dit encore de venir et qu’elle va nous donner du « bissap » ; nous sommes venus et elle n’est toujours pas venue. Une autre fois encore et c’était toujours la même chose. Et j’ai laissé l’école et les vacances sont arrivées en même temps. J’ai cessé d’y aller.

Cependant, il y a aussi des écoliers qui disent être toujours présents à l’école. C’est le cas de K. H. élève de la classe de CE2, lorsqu’il dit : « Je ne me suis jamais absenté de l’école ».

Nos résultats ont aussi fait mention des abandons scolaires des élèves. Beaucoup d’écoliers disent qu’ils vont poursuivre l’école, car ils reconnaissent son importance pour le commerce. Voici les propos de K. K. élève de la classe de CM1, qui sont assez significatifs :

Non, je ne vais pas abandonner l’école, car si je n’ai pas des connaissances solides et que je pars un jour en Chine, à Dubaï ou en Taiwan pour payer des articles de commerce, ils vont me tromper, me détourner de l’argent et je vais perdre.

 Pourtant, les propos d’un autre élève prouvent qu’il y a des élèves qui abandonnent l’école. K. G. avance ceci :

Quand l’école va reprendre, je vais cesser le petit commerce et repartir à l’école. Et lorsqu’elle va encore fermer ses portes, je vais reprendre mon petit commerce. On m’a dit que si je ne gagne pas le Certificat d’Etudes Primaires (CEP), je ne vais pas avoir les connaissances nécessaires pour faire le commerce. Quand j’aurai le CEP, je vais laisser l’école pour faire le commerce.

3 Conclusion 

Cette étude a permis de montrer que la pratique des petits commerces ambulants par les élèves des écoles primaires dans la ville de Pouytenga est une réalité, surtout pendant les périodes de vacances et de congés scolaires. L’objectif de la recherche était d’analyser les effets de ces activités commerciales sur la scolarité des élèves. Les résultats obtenus indiquent que l’implication des écoliers dans ces activités peut avoir des conséquences négatives sur leur parcours scolaire. Ainsi, elle peut entrainer une diminution des acquis scolaires, favoriser les déperditions scolaires et, dans certains cas, conduire à l’abandon précoce de l’école. Face à cette situation, plusieurs pistes d’action ont été proposées. Il s’agit notamment de renforcer la sensibilisation des parents et des communautés sur l’importance de l’éducation des enfants, de promouvoir des mécanismes de soutien aux élèves, de faciliter la prise en charge de certains frais scolaires et d’améliorer les programmes de cantines scolaires.

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Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique : « Dasmané MOGMENGA ; Brigitte NANA ; Désiré POUDIOUGO ; Madeleine KABORE/KONKOBO : Pratique des petits commerces ambulants par les écoliers et déperditions scolaires : cas de 75 élèves de la ville de Pouytenga ». Publié dans la revue ASSEMPE, N°23, Décembre 2023.

MOGMENGA Dasmané, Université Norbert ZONGO, Burkina Faso, mail : dasmanemogmenga@gmail.com,

NANA Brigitte, Université Joseph Ki-ZERBO, Burkina Faso, mail : nana.zgitte@gmail.com,

POUDIOUGO Désiré, Institut national des Sciences des Sociétés, Burkina Faso, mail : desirepoudiougo@yahoo.com

KONKOBO/KABORE Madeleine, Institut national des Sciences des Sociétés, Burkina Faso, mail : kmado64@yahoo.fr