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Daech: l’Afrique au cœur de la menace

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Malgré les revers militaires infligés à son commandement central ces dernières années, le groupe terroriste État islamique en Iraq et au Levant (EIIL), plus connu sous le nom de Daech, continue de représenter une menace sérieuse pour la paix et la sécurité internationales, en particulier en Afrique et en Asie du Sud, ont averti mercredi des hautes responsables des Nations Unies devant le Conseil de sécurité.

Présentant le dernier rapport du Secrétaire général sur la menace posée par Daech, Oguljeren Niyazberdiyeva, du Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme (UNOCT), a souligné que le groupe terroriste avait profondément transformé son mode de fonctionnement pour survivre aux campagnes militaires menées contre lui.

« Malgré les efforts internationaux, Daech continue de poser une grave menace à la paix et à la sécurité internationales », a-t-elle déclaré au nom du chef par intérim de l’UNOCT, Alexandre Zouev.

Oguljeren Niyazberdiyeva prend la parole à la tribune lors d'une réunion du Conseil de sécurité de ONU à New York.
UN Photo/Eskinder Debebe Oguljeren Niyazberdiyeva, du Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme, s’adresse au Conseil de sécurité réuni sur les menaces à la paix et à la sécurité internationales causées par des actes terroristes.

Un groupe plus dispersé mais toujours dangereux

Selon le rapport, les opérations antiterroristes ont considérablement affaibli la direction centrale de Daech et réduit sa capacité à planifier et coordonner des attaques complexes à l’échelle internationale. Toutefois, cette pression n’a pas fait disparaître la menace.

Le groupe s’est progressivement transformé en un réseau décentralisé de filiales régionales, liées par une idéologie commune et bénéficiant d’une plus grande autonomie opérationnelle. Cette évolution lui permet de s’adapter plus facilement aux contextes locaux et de poursuivre ses activités malgré les pertes subies.

L’ONU estime ainsi que le risque terroriste demeure particulièrement élevé dans plusieurs régions d’Afrique, où certaines branches de Daech continuent d’étendre leur influence.

L’Afrique au cœur des préoccupations

Le rapport identifie le Sahel et le bassin du lac Tchad comme les principaux foyers d’expansion du groupe.

La Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) reste aujourd’hui la filiale la plus active de Daech dans le monde. Selon les Nations Unies, elle poursuit son développement militaire tout en recourant de plus en plus à des drones commerciaux afin d’améliorer ses capacités de surveillance et d’attaque.

En République démocratique du Congo (RDC) et au Mozambique, les groupes affiliés poursuivent également leurs offensives malgré la pression exercée par les forces nationales et régionales. Ils continuent parallèlement à recruter de nouveaux combattants et à renforcer leurs réseaux locaux.

Pour les Nations Unies, cette dynamique illustre la capacité de Daech à exploiter les fragilités institutionnelles, les conflits prolongés et les difficultés économiques pour étendre son implantation.

Des inquiétudes persistantes en Syrie et en Afghanistan

En Syrie, l’évolution du contexte politique et sécuritaire modifie également la nature de la menace.

L’ONU s’inquiète notamment des conséquences de la fermeture, en février dernier, du camp d’Al-Hol. Les autorités ne savent plus où se trouvent plusieurs milliers d’anciens résidents, ce qui fait craindre une dispersion de personnes potentiellement liées à Daech.

Les Nations Unies réitèrent leur appel au rapatriement « sûr, volontaire et digne » des personnes concernées, conformément au droit international.

En Iraq, les autorités ont réussi à réduire de manière significative les capacités opérationnelles du groupe. Mais Mme Niyazberdiyeva a insisté sur la nécessité de consolider ces progrès.

Selon elle, la lutte contre le terrorisme ne peut se limiter aux seules opérations militaires. Elle passe également par le renforcement des institutions publiques, une justice efficace, ainsi que des programmes de réhabilitation et de réinsertion destinés aux anciens combattants et à leurs familles.

En Asie du Sud, la branche État islamique au Khorasan (EI-K) demeure l’une des plus préoccupantes. Le rapport estime qu’elle conserve la capacité d’inspirer ou de soutenir des attentats au-delà des frontières afghanes, tout en profitant de l’instabilité régionale pour recruter de nouveaux membres et préparer d’autres opérations.

Les nouvelles technologies au service du terrorisme

L’ONU alerte également sur l’utilisation croissante des nouvelles technologies par Daech.

Selon le rapport, le groupe terroriste exploite désormais l’intelligence artificielle, les plateformes numériques, les communications chiffrées, les actifs virtuels et les drones sans pilote afin d’adapter ses méthodes de propagande, de recrutement, de financement et de planification.

Pour l’ONU, cette évolution rend indispensable un renforcement de la coopération internationale, mais aussi un dialogue plus étroit avec les entreprises technologiques et le secteur privé afin d’améliorer la gouvernance de ces outils émergents.

Toutefois ces mêmes technologies peuvent également devenir de puissants instruments de prévention et de lutte contre le terrorisme lorsqu’elles sont utilisées de manière responsable et dans le respect du droit international.

La directrice exécutive adjointe du CTED, Carmen G. Cantor, s'adresse au Conseil de sécurité de ONU au sujet des menaces posées par les actes terroristes.
UN Photo/ Manuel Elías Carmen G. Cantor, directrice exécutive adjointe de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (CTED), lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur les menaces à la paix et à la sécurité internationales causées par des actes terroristes.

Un « écosystème » terroriste en ligne

Intervenant également devant le Conseil de sécurité, la Directrice exécutive adjointe de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme, Carmen G. Cantor, a mis en garde contre l’essor d’un véritable « écosystème » numérique qui favorise la radicalisation.

Selon elle, les groupes terroristes exploitent désormais les réseaux sociaux, les plateformes de jeux en ligne et les services de messagerie chiffrée pour diffuser leur propagande, recruter de nouveaux membres et lever des fonds.

Face à une menace toujours plus diffuse, technologique et transnationale, Mme Niyazberdiyeva et Mme Cantor ont appelé les États à maintenir leur coopération et à privilégier des réponses globales qui associent sécurité, prévention, développement et respect des droits humains.

Source: ONU Info