Accueil A la une Sidya Touré, la mort au bout d’un si long exil!

Sidya Touré, la mort au bout d’un si long exil!

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Sidya Touré a laissé orpheline une opposition guinéenne bien malmenée

Le 25 septembre 2026 a sonné la fin des exils de Sidya Touré.  Une fin d’exil que la famille de l’opposant et ses partisans de l’Union des forces républicaines (UFR), auraient bien voulu autre, que cette mort à Paris, si loin de la Guinée, la terre natale du défunt. Tout comme la Côte d’Ivoire où il a fait une carrière bien riche dans l’administration, Sidya Touré a servi son pays en tant que Premier ministre de 1996 à 1999. Sidya «courant» qui a offert l’accès à l’eau et l’électricité à ses compatriotes, et grâce à qui l’économie guinéenne exsangue a retrouvé des couleurs, n’a cependant pas pu accéder à la magistrature suprême, malgré deux candidatures aux présidentielles de 2010 et de 2015. Un sort d’éternel candidat malheureux qu’il a partagé avec Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), un autre opposant, ancien Premier ministre comme lui et tout autant persécuté que lui, et surtout contraint également à l’exil…en Côte d’Ivoire.

Questions: Après l’exil à vie, faut-il craindre l’errance pour la dépouille de Sidya Touré? Les autorités guinéennes, si frileuses aux manifestations populaires, vont-elles accepter le retour à la maison du cadavre de l’opposant, afin que la terre de ses ancêtres «lui soit légère» comme le dit la formule? Même mort, Sidya Touré continuera-t-il de faire peur au général Mamady Doumbouya? La disparition tragique du président de l’UFR va-t-elle provoquer un peu d’humanisme de la part de Conakry à l’endroit des autres hommes politiques qui subissent, d’une manière ou d’une autre, la solitude de l’exil? Rien n’est moins sûr, car en Afrique où l’adversaire politique est considéré comme l’ennemi à abattre, l’élégance et la tolérance sont les vertus les moins partagées. Et quand l’envie de faire taire la voix discordante et d’humilier par tous les moyens, y compris l’instrumentalisation de la justice s’en mêle, comme au Sénégal au temps de la lutte à mort entre l’ancien président de la république Macky Sall et l’actuel patron de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, il n’y a qu’une issue pour l’opposant, prendre la clé des champs.

En Guinée, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour Mamady Doumbouya dont les opposants, sont loin de Conakry. Du reste, assez régulièrement, le général se rend sur les bords de la lagune Ebrié, comme pour se rassurer que «ses» exilés, en l’occurrence Cellou Dalein Diallo et le désormais regretté Sidya Touré, sont bien au chaud et se «plaisent» dans les rues d’Abidjan. Ailleurs, Alpha Condé, chassé, en septembre 2021, du pouvoir qu’il voulait garder à vie, évite lui, de tourner dans les environs de Conakry, préférant surtout l’hospitalité de son ami Sassou Nguesso ou de son voisin Felix Tshisekedi auquel il semble apporter son expertise dans le dialogue national en prévision en République démocratique du Congo.

En tout cas, la mort en exil de Sidya Touré à 81 ans, est loin d’être une bonne affaire pour le général de Conakry qui a le devoir, maintenant, de faciliter le retour en Guinée de la dépouille de son ancien opposant, afin de permettre à ses familles biologique et politique de faire leur deuil en organisant des funérailles décentes à leur mort. A défaut des honneurs dus à son rang d’ancien Premier ministre et de grand serviteur de l’Etat, Sidya Touré mérite au moins les hommages des siens!

Par Wakat Séra