Une vaste opération policière internationale menée en Asie et sur plusieurs corridors de trafic a permis de retirer des marchés près de 90 millions de doses potentiellement mortelles de drogues. Dans son rapport rendu public, ce lundi 5 octobre 2026, INTERPOL alerte notamment sur l’essor de la kétamine et des drogues consommées par vapotage.
La lutte contre le trafic international de drogues vient de franchir un nouveau cap. L’opération Lionfish-Mayag IV, conduite du 18 mai au 4 juin 2026 sous la coordination d’INTERPOL, a abouti à 7 247 saisies, pour une valeur estimée à plus de 1,1 milliard de dollars américains. Au total, quelque 650 tonnes de drogues, de précurseurs chimiques et de produits pharmaceutiques ont été retirées des circuits de distribution.
Selon un rapport publié, ce lundi 5 octobre 2026, par l’organisation policière internationale, cette opération a permis d’écarter des marchés de consommation, l’équivalent de 89,6 millions de doses potentiellement mortelles.
Dix-sept pays ont pris part à cette initiative destinée à démanteler les chaînes de production et d’approvisionnement en Asie du Sud-Est, à surveiller les principaux corridors de transit et à cibler les marchés alimentés par ces réseaux.
La kétamine prend une place croissante
Si le cannabis et les cannabinoïdes représentent environ 94 % du volume total saisi, principalement en raison de quatre importantes prises réalisées aux Philippines, les autres substances révèlent des évolutions préoccupantes du marché des drogues synthétiques.
Quelque 8,2 tonnes de méthamphétamine et de Ya Ba, un mélange de méthamphétamine et de caféine ont, notamment, été saisies. Mais un autre produit a particulièrement retenu l’attention des enquêteurs: la kétamine.
Avec 17 tonnes saisies, celle-ci a, pour la première fois, lors d’une opération d’INTERPOL consacrée aux drogues synthétiques, dépassé la méthamphétamine en volume. Cette progression traduit, selon l’organisation, l’expansion de l’usage non-médical de cette substance, favorisée notamment par son coût relativement faible et une fabrication plus aisée.
Les données recueillies mettent également en évidence l’importance de l’Asie du Sud-Est, particulièrement de la région du Mékong, dans la production et le trafic de drogues synthétiques. Au Myanmar, les autorités ont réalisé la plus importante saisie individuelle de l’opération avec 10,6 millions de comprimés de Ya Ba.
Le vapotage, nouveau vecteur des drogues
Autre phénomène mis en lumière par l’opération est la montée en puissance de substances consommées à travers les dispositifs de vapotage.
En Indonésie, les autorités ont notamment saisi 1 975 litres d’étomidate, un produit traditionnellement utilisé comme anesthésique et qui apparaît désormais sur certains marchés asiatiques comme une drogue récréative consommée sous forme de vape.
Le DMT, puissant hallucinogène, s’inscrit également dans cette nouvelle tendance. L’opération a permis la saisie de 724 kg de DMT, soit la plus importante quantité jamais enregistrée lors d’une opération policière, selon INTERPOL. La substance a notamment été retrouvée sous forme liquide et destinée au vapotage.
Les enquêteurs australiens et américains ont, par ailleurs, intercepté de nombreux petits colis en provenance d’Europe contenant notamment de la kétamine, de la cocaïne ou du DMT. Souvent, ces envois n’étaient pas dissimulés physiquement, mais masqués derrière de fausses déclarations douanières ou des emballages commerciaux trompeurs. Ces éléments laissent penser que l’Europe sert également de plateforme secondaire de reconditionnement et de réexportation.
Le fentanyl toujours redoutable
Les opioïdes n’ont représenté que 7,3 tonnes des saisies, pour une valeur estimée à 12 millions de dollars. Pourtant, ils ont constitué une part considérable du potentiel mortel de l’opération, essentiellement en raison du fentanyl, responsable à lui seul de 63,7 millions de doses potentiellement mortelles.
En Malaisie, une opération de police a, notamment, conduit à la découverte d’un laboratoire actif et entièrement équipé destiné à la production de fentanyl. Les forces de l’ordre y ont trouvé des produits chimiques précurseurs ainsi que du fentanyl sous forme liquide et en poudre. Une découverte qui confirme, selon INTERPOL, l’existence d’un véritable site de production et non d’un simple lieu de transit. Il s’agit d’une première dans le pays.
De nouvelles routes pour la cocaïne
L’opération a, également, permis de mettre au jour un nouveau corridor maritime reliant l’Amérique du Sud à la Chine.
Les autorités chinoises ont ainsi signalé la saisie de 307 kg de cocaïne transportés par voie maritime depuis l’Amérique du Sud. Cette route, jusque-là peu documentée, contournerait les itinéraires transatlantiques traditionnellement utilisés par les trafiquants et pourrait traduire une volonté de ces réseaux de conquérir de nouveaux marchés en Asie.
Pour David Caunter, directeur du crime organisé et émergent à INTERPOL, ces évolutions illustrent la capacité des réseaux criminels à adapter rapidement leurs méthodes et leurs produits.
La diversification des substances, l’essor des drogues consommées par vapotage et l’apparition de nouveaux itinéraires de trafic témoignent ainsi d’un marché clandestin en constante mutation.
Face à des réseaux qui franchissent les frontières, la coopération policière internationale apparaît plus que jamais comme un levier essentiel pour tenter de contenir leur expansion.
Avec 650 tonnes de substances et produits liés aux drogues retirées des circuits et près de 90 millions de doses potentiellement mortelles neutralisées, Lionfish-Mayag IV donne surtout la mesure d’un phénomène qui change rapidement de visage. Derrière les chiffres, INTERPOL met en garde contre un marché criminel qui innove, se diversifie et cherche sans cesse de nouvelles voies pour atteindre ses consommateurs.
Par Valentin SOMANDE






































