
Alors que la journée internationale des filles, célébrée chaque 11 octobre, battait son plein, en Centrafrique, le présent et l’avenir de bien des filles ne se conjuguent par pour leur bonheur! Et pour cause! Soit, elles étaient mariées de façon précoce, soit elles rejoignaient des foyers où elles devront passer leur vie de couple, avec des hommes qu’elles ne désirent pas. Tout se passe comme si elles étaient des objets négociés, selon le bon vouloir de leurs parents qui en ont fait un simple ROI ou le «Return On Investment» des Anglais. De ce fait, nombre d’entre ces victimes sont arrachées de leur cursus scolaire qu’elles réussissaient assez bien, la plupart du temps. Parfois, c’est depuis l’enfance qu’elles sont promises, à un homme riche, un oncle, un ami, un bienfaiteur, ou un simple créancier de leurs parents, le plus souvent, le père. L’écart considérable d’âges n’a aucune considération, tout comme l’amour entre deux êtres est le dernier des soucis.
«Tu apprendras à l’aimer quand vous vivrez ensemble et aurez des enfants». Ou bien, «ton père et ta mère ne savions pas ce que signifiait l’amour et pourtant, tu es là avec des frères et sœurs et tout va bien». Au mieux des cas, ce sont les répliques aux supplications des filles ou femmes forcées au mariage. Au pire des cas, c’est le silence ou le fouet qui leur répondent, car elles ont osé contredire une aussi importante décision familiale. Personne ne se soucie du nombre de co-épouses sur lesquelles iront s’entasser ces jeunes filles à peine adolescentes, la plupart du temps arrachées à leurs études, ou ces femmes qui ont perdu leurs époux et que la coutume attribue systématiquement à un frère , un oncle ou un cousin du défunt.
Qui pis est, les jeunes filles deviennent, elles-mêmes, des enfants mères d’enfants! Les violences faites aux femmes et les maladies, deviennent le lot quotidien de ces épouses précoces ou forcées qui ne savent plus sur quelle épaule pleurer. Elles n’ont même pas le droit de dire non à leurs conjoints qui ont, parfois, l’âge de leurs grands-parents. Très vite vieillies par un chapelet de maternités rapprochées et à risque, les filles mariées trop tôt ou de force sont alors, elles-mêmes, sujettes à des maladies souvent mortelles, quand elles ne deviennent pas des veuves précoces!
Loin d’en être une terre d’exclusivité, la Centrafrique n’est que la face visible de l’iceberg des mariages forcés et précoces! Dans ses zones rurales les plus reculées, et parfois en pleine ville, du Bénin, du Sénégal, en passant par l’Egypte, le Maroc, la Mauritanie, le Burkina Faso, la Guinée, la Gambie, le Mali et le Niger, pour ne citer que ces pays, l’Afrique est, presque dans son entièreté, touchée par le mal qui constitue, en réalité, une plaie difficile, voire impossible à curer! La tradition, la religion, les us et coutumes et la culture, sont brandies comme boucs émissaires, quand des gouvernements et des ONGs nationales ou internationales osent s’aventurer sur le terrain de la lutte contre le phénomène, il faut le dire, avilissant pour bien la gente féminine. Certaines jeunes filles ou femmes réussissent à y échapper, d’autres, rattrapées dans leur fuite, subissent ce mauvais sort à vie, pieds et poings liés et pagnes dénoués!
En tout cas, en dehors de quelques exceptions qui confirment, malheureusement, la règle, les mariages forcés ou précoces, sans oublier l’excision et d’autres violences basées sur le genre, sont des tares de nos belles cultures africaines dont certains pans font la fierté et la force du continent. Quand elles n’ont pas été effacées par la colonisation et des religions importées!
Par Wakat Séra





































