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Afrique: Oxfam dénonce les coupes budgétaires dans le secteur agricole

L’Organisation non-gouvernementale Oxfam dénonce, dans le communiqué qui suit, les coupes budgétaires dans le secteur de l’agriculture en Afrique.

39 États africains ont réduit de 18% la part de leur budget national consacré à l’agriculture entre 2019 et 2021, et deux tiers d’entre eux (26) ont dépensé moins de 5 % de leur budget annuel dans le secteur agricole, selon Oxfam.

Cela se produit alors que la crise de la faim continue de s’aggraver, affectant déjà des millions de personnes sur le continent. Quelque 322 millions de personnes en Afrique étaient confrontées à une insécurité alimentaire grave en 2021, soit 58 millions de plus qu’en 2019. Aujourd’hui, la Corne de l’Afrique et l’Afrique de l’Ouest sont confrontées à l’une des pires crises alimentaires de la décennie, avec 66 millions de personnes qui risquent de mourir de faim en raison de la sécheresse, de l’irrégularité des précipitations et des conflits qui ont contraint les populations à abandonner leurs terres ou qui leur ont fait perdre leurs cultures. Certains pays d’Afrique australe ont connu un déclin de la production céréalière et une augmentation du fardeau de la malnutrition: l’Angola, le Malawi et la Namibie enregistrant une augmentation des admissions pour cause de malnutrition.

« Le continent africain détient environ un quart des terres agricoles du monde mais il fait face à une crise de la faim alarmante, et ce tandis que le continent dépense plus de 60 milliards de dollars par an pour importer des aliments qu’il pourrait produire localement s’il investissait dans ses propres agriculteurs et agricultrices, producteurs et productrices alimentaires », a déclaré Peter Kamalingin, directeur panafricain d’Oxfam International.

La majorité des États membres de l’Union africaine n’ont pas honoré leur engagement d’investir au moins 10 % de leur budget dans l’agriculture, conformément à la déclaration de Malabo de 2014. L’Afrique a besoin de 22 milliards de dollars pour atteindre son objectif de Malabo.

Malgré le déficit de dépenses dans le secteur agricole, les gouvernements africains dépensent des milliards de dollars pour renforcer leurs défenses militaires, ce qui alimente les conflits, les déplacements et la faim. Le montant consacré par les 39 pays à l’agriculture entre 2019 et 2021 ne représente que 67 % du budget de la défense, ce qui montre clairement que les dirigeants ont leur priorité à l’envers. Le budget de la défense est supérieur à celui de l’agriculture dans plus de la moitié des pays d’Afrique.

De nombreux programmes publics dans le domaine de l’agriculture profitent principalement à une poignée de grandes entreprises agroalimentaires qui monopolisent les exportations de produits alimentaires, laissant les petits exploitants agricoles, qui représentent une part importante de la main-d’œuvre du continent, sans accès au crédit, aux assurances, à la propriété foncière.

La pandémie de covid-19 a porté un coup dur à l’économie africaine et a affecté la capacité des gouvernements à investir dans des secteurs clés tels que la santé, l’éducation, l’agriculture et la protection sociale.

Des décennies de sous-investissement dans l’agriculture ont rendu le secteur très fragile face aux chocs économiques induits notamment par la pandémie de Covid-19, le changement climatique et les tensions sur les marchés mondiaux.

Le continent est également paralysé par la dette, qui absorbe en moyenne 51 % de ses recettes budgétaires. Dans un certain nombre d’États membres de l’UA, le remboursement de la dette constitue désormais le plus gros poste de dépenses du budget national, ce qui est insoutenable et se fait au détriment des services publics destinés aux personnes vulnérables.

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont contribué à la faible production agricole de l’Afrique, notamment en recommandant aux gouvernements de mettre en œuvre des mesures d’austérité et d’investir dans les cultures de rente plutôt que dans les cultures vivrières. 14 des 16 gouvernements d’Afrique de l’Ouest ont l’intention de réduire leurs budgets nationaux d’un montant combiné de 69,8 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.

La communauté internationale a également un rôle important à jouer dans la lutte contre les mouvements illicites de capitaux qui privent l’Afrique d’environ 88,6 milliards de dollars par an, une perte qui se traduit par des déficits de financement dans des secteurs clés tels que l’agriculture, la santé, l’éducation et la protection sociale. Ce montant est suffisant pour multiplier par dix les dépenses dans l’agriculture.

« Bien que la faible perception des impôts au niveau des pays soit un problème, la communauté internationale peut quand même faire partie de la solution. La réforme de l’architecture fiscale internationale et l’établissement d’une convention fiscale des Nations Unies, que l’Afrique réclame, seront essentiels pour améliorer la perception des impôts par les gouvernements africains », a déclaré M. Alvin Musioma, directeur exécutif de Tax Justice Network Africa.

Outre l’augmentation de la production, les nations africaines doivent accélérer leur progression vers l’intégration régionale et supprimer tous les obstacles au commerce régional afin que les denrées alimentaires et les intrants agricoles puissent circuler librement au-delà des frontières nationales. Il est malheureusement contradictoire de constater que si l’Afrique importe 67 % des engrais qu’elle utilise chaque année, elle exporte 80 % des engrais qu’elle produit. La quantité produite par le continent suffirait à elle seule à augmenter l’utilisation d’engrais d’environ 80 % s’il n’en exportait pas. En 2022, l’Afrique (à l’exclusion de l’Afrique du Nord) dépensera 5,4 milliards de dollars pour importer des engrais, ce qui équivaut à 60 % des dépenses agricoles des gouvernements du continent.

« De nombreuses femmes africaines commerçantes transfrontalières subissent beaucoup de harcèlement et d’exploitation sexuelle aux frontières alors qu’elles jouent un rôle important dans la distribution de nourriture. Nous devons délibérément chercher à écouter leurs voix, qui ont été jusqu’à présent étouffées par les discussions de haut niveau autour de l’intégration régionale et du commerce », déclare Mercia Andrews, directrice de Rural Women’s Assembly Southern Africa.

Les parties belligérantes doivent déposer leurs armes pour mettre fin aux conflits, qui alimentent les déplacements et la faim, et perturbent les systèmes alimentaires. Le nombre de personnes déplacées par les conflits et la violence est en augmentation constante depuis plus d’une décennie : il atteindra plus de 25 millions d’ici 2021, soit près de la moitié (47 %) du total mondial et un bond de 31 % par rapport aux 19,2 millions de 2019.

Pour briser le cycle de la faim en Afrique, les gouvernements doivent augmenter les dépenses consacrées à l’agriculture pour atteindre au moins 10 % de leur budget total, en donnant la priorité aux petits producteurs et productrices de denrées alimentaires. Ils doivent renforcer le système alimentaire en démantelant les cartels qui exploitent les agriculteurs, agricultrices et la population qui consomme.

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