Accueil A la une Attaques meurtrières au Burkina, montée du sentiment anti-français au Tchad

Attaques meurtrières au Burkina, montée du sentiment anti-français au Tchad

Le Sahel en transe (DR)

Au moins dix civils tués dans la nuit de ce lundi à mardi, par des assaillants dans des villages de Seytenga, une localité située à une quarantaine de kilomètres de Dori, la capitale de la région du Sahel burkinabè. Une attaque qui s’enfile, pratiquement au même moment, sur une autre dans laquelle trois journalistes occidentaux enlevés sur l’axe Fada N’Gourma-Pama, à l’Est du pays, ont été retrouvés morts. Un agent des Forces de défense et de sécurité qui faisait partie de l’équipe est toujours porté disparu.

Depuis le 20 avril, un regain de ces assauts dits terroristes, est observé dans cette zone des trois frontières, partagée par le Burkina, le Mali et le Niger. Si les actes criminels de ces hommes armés non identifiés n’ont pas encore été revendiqués, le modus operandi utilisé ne diffère pas des autres attaques menées par les terroristes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et du Groupe Etat islamique au Grand Sahara. Roulant sur des engins à deux roues, ils fondent sur les populations civiles ou des patrouilles et camps militaires, semant mort et désolation. Quand ils ne sont pas mis en déroute, ils emportent, presque en toute tranquilité, des butins de guerre, allant du matériel roulant aux armes, en passant par les biens des victimes.

Pourquoi?

La rapidité avec laquelle les trois journalistes enlevés dans l’est du Burkina ont été exécutés, laisse cependant perplexe. Ont-ils été tués, vite, parce qu’en plus d’être journalistes, les deux Espagnols, selon certaines sources sont des anciens militaires et que leur confrère irlandais était passé par une école d’officiers? En tout cas, ce convoi était loin d’être celui classique de civils, car les trois hommes de médias accompagnaient une patrouille anti-braconnage, composée de militaires et de gardes forestiers. Les victimes ont-elles été exécutées, vite, parce que la traque pour retrouver leurs bourreaux avait aussitôt été mise en branle? Ou, peut-être que ces ravisseurs n’ont simplement pas pour coutume d’organiser des rapts sur le long terme et ne maîtrisent pas les rouages de rançonnement, les cachettes pour échapper aux ratissages et l’intendance nécessaire pour maintenir en vie leurs otages.

Autant de questions qui restent en suspens, mais sont la preuve que cette zone des trois frontières, et plus généralement l’ensemble du Sahel, écumés par les terroristes et bandits du même acabit, demeurent très dangereuse. Elle l’est encore davantage avec le retrait, selon certaines sources, d’une partie du contingent de 1200 hommes déployés en son temps par feu Idriss Déby Itno, en renfort aux forces française Barkhane et du G5 Sahel, engagées dans la lutte contre le terrorisme.

Le CMT doit sortir de son coup d’Etat

Après le chaos libyen transformé en poudrière à ciel ouvert, le sombre présage du verrou tchadien qui sauterait parce que le pays est confronté à des rebellions et des tensions internes de succession du maréchal mort au front, est-il déjà en train de se réaliser?

En tout cas, l’hydre terroriste dont les tentacules touchent désormais des pays du Golfe de Guinée comme la Côte d’Ivoire et le Bénin, est de plus en plus menaçante et il urge d’asseoir d’autres stratégies de lutte, en renforçant l’existant, notamment le renseignement. La situation, sans être désespérée, est loin de se prêter à l’optimisme, avec le sentiment anti-français qui ne cesse d’enfler, et a pris du volume supplémentaire ces derniers jours, avec la succession du maréchal Déby qui ressemble, à s’y méprendre à un coup d’Etat militaire doublé d’une dévolution monarchique du pouvoir.

Certes, Emmanuel Macron qui a fermement condamné la répression des manifestations de ce mardi qui ont fait au moins trois morts au Tchad et ont pris pour cibles des intérêts français, notamment la multinationale Total, se défend désormais d’apporter une quelconque caution à ce passage en force du Conseil militaire de la transition (CMT), dirigé par Mahamat Déby Itno, le fils de l’autre. Mieux, il appelle à une transition, pacifique et démocratique. Sauf que ce nouveau discours n’est plus, ni moins, qu’un rétropédalage, lui et ses pairs du G5 Sahel, ayant comme adoubé ce régime militaire qui a confisqué le pouvoir à N’Djaména, suite à la mort du maréchal Déby. Non seulement la France de Macron, encore moins les chefs d’Etat africains, n’ont condamné ce coup de force, un de plus, contre le peuple tchadien qui aspire au changement, mais tous ont apporté leur soutien au fils président, après avoir porté aux nues, le père président, considéré comme le seul véritable rempart contre le terrorisme.

Comme au Mali où la junte militaire qui a renversé, le 18 août dernier, le président Ibrahim Boubacar Keïta, a été combattue avec la dernière énergie, au Tchad, les nouveaux maîtres en kaki doivent ouvrir, impérativement, la transition aux civils, mais remettre, ou mettre, c’est selon, le plus rapidement possible, le pays sur les rails démocratiques. L’armée pourra, ainsi, se donner la tâche exclusive de défendre le territoire contre toute invasion d’où qu’elle vienne, et mener efficacement la chasse aux terroristes.

Par Wakat Séra  

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