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Bénin: Talonnade réussie en attendant la VAR!

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Une vue du siège de l'Assemblée nationale du Bénin à Porto-Novo (PH. Carine Frenk/RFI)

Les 83 députés issus des législatives béninoises contestées-et le mot est faible- du 28 avril 2019, ont occupé leurs sièges ce jeudi 16 mai. Ces députés qui mériteront difficilement le nom «d’élus du peuple» car ayant reçu leur écharpe d’une minorité alarmante pour une démocratie qui servait jusqu’ici de modèle pour ne pas dire de phare en Afrique, vont donc commencer une mandature aussi incertaine que les élections qui les ont amenés à l’Assemblée nationale. Inédit, ce scrutin l’aura été de son début à sa fin. C’est pour la première fois que dans l’histoire du Bénin qu’une élection d’élus nationaux se tient sans une partie de la nation, en l’occurrence l’opposition et des électeurs, qui a refusé de donner sa caution à ce qu’il convient de qualifier, sans risque de se tromper de registre, de forfaiture contre la démocratie. Parler de boycott serait même impropre, vu qu’aucune autre option n’a été donnée aux contestataires. Les électeurs n’avaient pour choix fermé que de voter pour que Patrice Talon gagne ou qu’il…gagne et les opposants étaient mis en quarantaine car bloqués par une loi électorale qui les empêchait de pouvoir accéder au seul tremplin qui leur permettrait de constituer des balises contre les vertiges du pouvoir.

Installés sous haute surveillance, les députés qui ont la lourde charge de l’appareil législatif pour tout le Bénin, ne sont-ils pas ainsi isolés de ceux à qui s’adresseront ces lois? En tout cas, les opposants ont donné le ton. Ils ne reconnaissent pas simplement ce parlement monocolore acquis à la cause d’une personne qui pourrait, à l’occasion, charcuter la constitution, comme en ont l’habitude les dirigeants africains, afin de se tailler un costume de président à vie. Est-ce escortés par les chars militaires que les députés siègeront durant toute la législature? En tout cas, c’est dans un Porto-Novo sous haute surveillance militaire, la capitale béninoise ayant pris des allures d’une forteresse défendue contre des envahisseurs venus d’une autre planète, que les députés de Patrice Talon ont pris fonction. En tout cas, ces législatifs qui ont fait des morts et entraîné la destruction de biens publics et privés, parce que rejetés par la majorité du peuple et l’opposition fera date dans les annales de l’ancien «Quartier latin de l’Afrique». Désormais, de «laboratoire de la démocratie», le Bénin est en train de devenir «l’antre de la démocrature». Que peut-il se passer maintenant? Le vin tiré par Patrice Talon sera-t-il bu jusqu’à la lie par ses populations, notamment par une opposition qui certes fait bloc de nos jours, mais pourrait vite se fissurer au nom des intérêts égoïstes des politiciens qui maîtrisent comme nul autre, l’art de «retourner leur veste». Veste que certains ont tant retournée qu’il leur en faut maintenant une autre, toutes les faces ayant été utilisées! Le pouvoir, en gentleman reviendra-t-il sur ces législatifs de l’horreur? Autant de questions dont les réponses, les bonnes, pourront remettre le Bénin sur les rails de ce processus démocratique qui faisait sa fierté, depuis la mémorable conférence nationale de 1990.

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire! L’adage est universel et doit faire réfléchir l’auteur de cette talonnade magistrale contre la démocratie béninoise, en attendant que le peuple plie ou se cabre.

Par Wakat Séra

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