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Burkina/Attaques: «Il faut activer la diplomatie souterraine» (Dieudonné Zoungrana, journaliste)

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Le Directeur de publication du quotidien « Aujourd’hui au Faso », Dieudonné Zoungrana, a recommandé ce dimanche 30 décembre 2018, aux autorités burkinabè, d’« activer la diplomatie souterraine » pour lutter contre les multiples attaques armées qualifiées de « terroristes » qui ont fait au moins « 300 morts en trois ans » dans le pays. M. Zoungrana a fait cette déclaration au cours de la dernière émission 2018 de « Débat de Presse » de la télévision nationale, après que dix gendarmes ont été tués le samedi dernier dans l’Ouest du pays, selon un bilan officiel.  

S’il faut que le président Roch Marc Christian Kaboré, consulte son prédécesseur Blaise Compaoré, chassé par les manifestations populaires les 30 et 31 octobre 2014 à la suite de sa volonté de prolonger son mandat après 27 ans de règne, sur cette question, il faut que l’actuel locataire de Kosyam le fasse, selon Dieudonné Zoungrana qui juge, à ce jour, le bilan des agressions armées, « macabre ».

« On a franchi le cap de 300 morts. Je dis, cette comptabilité macabre dépasse les deux guerres des pauvres entre le Burkina et le Mali réunis. Historiquement quand même pour un président, ça pèse». Or, Roch Kaboré « n’est qu’à son premier mandat », a affirmé sur le plateau de la TNB, M. Zoungrana.

Ce qui est grave dans cette actualité, selon le DP de Aujourd’hui au Faso, c’est que « ce sont des jeunes recrus de 2012 à 2015, des jeunes conscrits qu’on tue », a-t-il déploré en laissant entendre que « c’est ce qu’un petit journaliste comme moi pense. Il faut activer la diplomatie souterraine ».

« Posez-vous la question de savoir pourquoi depuis l’attaque de Grand Bassam, la Côte d’Ivoire n’a plus jamais été attaquée. Pourquoi le président ghanéen Nana Akufo-Addo a récupéré Chafi (Moustapha, cité comme ayant des connexions avec les groupes armées, NDLR) que tout le monde connait. Avez-vous entendu que le Ghana est attaqué ? », a poursuivi le journaliste qui estime qu’il faut « négocier avec Lyad Ag Ghali », l’un des responsables du Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimeen (JNIM), la branche d’Al-Qaïda (AQ) basée au Mali, qui aurait revendiqué le 28 décembre 2018, l’attaque à Toéni dans laquelle les dix gendarmes burkinabè ont perdu la vie.

Le rédacteur en chef de la radio Savane FM, Soumaïla Rabo quant à lui pense autrement. Pour lui, « Lyad Ag Ghali a des parrains » et « s’il faut négocier pour que le Burkina s’en sorte, ce n’est pas avec lui mais avec ses patrons qui le couvrent ». Selon ce journaliste qui ne nie pas que ces assaillants sont « soutenus par les plus puissants de ce monde » qui leur « vendent les armes », il faut un « président courageux qui a une vision » au-delà de son pays pour affronter ces bandits armés. Sa perception des choses est que la position actuelle des autorités burkinabè serait de « dire que nous ne sommes pas complices » de ces groupes armés.

« Mais, est-ce que nous pouvons leur faire la guerre ? », a relancé Aboubacar Sagnon, l’animateur de l’émission hebdomadaire qui permet aux journalistes d’avoir un regard critique sur les faits saillants de la semaine. Alors, « il faut trouver le juste milieu », a répondu Soumaïla Rabo.

Le Directeur du journal d’investigation « Le Repoter », Boureima Ouédraogo, a avancé pour sa part qu’il « n’est pas contre la négociation (mais son) problème » qui est partagé par Boukari Ouoba, Rédacteur en chef du bimensuel « Mutations », un autre journal d’investigation, « c’est l’incompétence des autorités » à gérer cette situation.

« On est tous d’accord qu’il faut parvenir à la négociation mais qu’est-ce que le Burkina offre » puisque dans toute négociation il y a ce que les parties soumettent pour contraindre leurs partenaires à lâcher du lest, s’est demandé Boureima Ouédraogo. « On ne peut plus aujourd’hui, offrir le couvert et le gîte aux Djihadistes au Burkina Faso, sauf si on devient complice pour les aider dans leur mission », pense M. Ouédraogo.

Pour lui, la solution à ce mal qui plombe le développement des Etats notamment ceux de l’Afrique de l’Ouest, serait que « toute la communauté internationale sort de (son) hypocrisie pour que tout le monde se mette dans une lutte véritable avec tous les moyens y compris la négociation ».

« Je crois que Dieudonné (Zoungrana) cherche peut-être à reporter une guerre parce que c’est ce que nous avons toujours fait », c’est-à-dire négocier avec les responsables des groupes armés, a dit Boukari Ouoba tout en notant que « sous Blaise Compaoré on n’avait cette complicité ».

Gérer cette affaire ainsi ce n’est ni plus ni moins que de devenir « complices avec les méchants parce qu’en ce moment vous êtes épargnés mais c’est d’autres qui font les frais et moi je ne suis pas dans ce schéma », a signifié M. Ouoba. Selon lui, « ce qu’ils (terroristes) veulent, c’est avoir le Burkina comme couloir de passage et comme un territoire de commerce ».

A l’en croire, ce qui fait que les regroupements armés étatiques, notamment le G5 Sahel, « n’arrivent pas à combattre ces (bandits-là) c’est juste parce qu’il y a de l’hypocrisie » autour de la gestion de ce problème par certains acteurs. « Personne ne combat ces gens-là avec sincérité », martèle le journaliste d’investigation qui insiste que « pour l’instant, notre plus gros mal s’appelle l’incompétence ».

« Vous pensez que (le choix politique) que Blaise Compaoré » avait opté, c’est-à-dire négocier avec les groupes armés, « c’est parce qu’il était idiot ou bien il ne savait pas ce qu’il faisait », a réagi le DP de Aujourd’hui au Faso. « De mon avis, cette guerre, on ne peut pas la gagner sur le terrain. Il faut y adjoindre la diplomatie souterraine », a-t-il persisté.

 Par Bernard BOUGOUM

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