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Burkina: des journalistes renforcent leurs connaissances sur la problématique de l’exclusion sociale

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Une vue des participants

L’ONG « Voix de femmes », une tribune pour l’épanouissement de la femme burkinabè, a initié le mercredi 13 janvier 2021 à Kaya, une formation pour renforcer les connaissances d’une trentaine de journalistes en vue de mieux s’impliquer dans la lutte contre l’exclusion sociale, notamment celle liée aux femmes  au Burkina Faso.

Une trentaine de journalistes ont été invités pour promouvoir leur meilleure implication dans la lutte contre l’exclusion sociale qui est toujours prégnant au Burkina Faso. L’ONG « Voix de femmes » avec l’appui d’une autre ONG dénommée « TrustAfrica », organise cet atelier afin de renforcer les compétences des journalistes, et aussi surtout, les sensibiliser sur la problématique qui gangrène toujours la société. Les violences faites aux femmes particulièrement revêtent des formes multiples qu’on peut regrouper en plusieurs catégories à savoir les violences physique, morale, psychologique, sexuelle, économique et la violence liée à des pratiques coutumières et/ou religieuses.

« Elles sont encore des centaines de femmes qui sont exclues et c’est grâce aux structures de prises en charge que certaines ne meurent pas parce que lorsque vous êtes exclus d’une famille, d’un village, vous n’avez plus de parents, il n’y a pas pire violence faite aux femmes que l’exclusion sociale », a laissé entendre Raphaël Zong-Naba, le coordonnateur national de Voix de femmes qui a introduit sa communication sur les violences faites aux femmes et les pratiques traditionnelles néfastes, la plupart de ces violences étant basées sur le genre.

« C’est parce que ce sont des femmes, des vieilles qu’on les accuse de sorcières. Bien entendu il y a quelques hommes qui sont également victimes de cette pratique mais leur nombre est infiniment petit par rapport au nombre des femmes qui sont accusées », a signifié M. Zong-Naba sur spécifiquement l’épineuse et dramatique question de la sorcellerie qui sévit toujours au Burkina.

Daouda Sessouma, Administrateur des Affaires sociales au ministère en charge de la Solidarité nationale, sur la question spécifique des accusées de mangeuses d’âme, a d’abord relevé que les femmes accusées de sorcellerie sont des « catégories de femmes vulnérables ». Selon M. Sessouma qui a eu à interroger 97 pensionnaires du centre Delwendé de Sakoula (qui en compte 201 actuellement), quand on échange avec ces dernières, le discours qu’elles tiennent est essentiellement le même.

« Dans les centres, leurs conditions de vie ne sont pas du tout reluisantes. Le fait d’avoir quitté le village qui les a vues naître, les personnes avec lesquelles elles ont grandi, se retrouver dans un centre est comme de la prison. Elles voient un peu leur avenir muré », a estimé Daouda Sessouma, poursuivant que dans la ville, « elles se livrent à la mendicité pour pouvoir satisfaire leurs besoins élémentaires ». C’est pourquoi, a-t-il ajouté, le ministère de l’Action sociale suggère que ces personnes aient « plus de considération de la société. Qu’on n’accuse pas à tort sans avoir des preuves concrètes ».

Pour Daouda Sessouma, après s’être entretenu avec les 97 pensionnaires du Centre Delwendé beaucoup de choses l’ont marqué. Entre autres, « ce qui m’a marqué, c’est quand certaines femmes m’ont dit que +quand votre dignité a été bafouée au marché, vous n’avez plus de personne pour vous entendre+ », a-t-il affirmé, déplorant que « tout le monde (soit) parfois unanime à dire que ce qui leur (femmes présumées mangeuses d’âme) arrive, elles sont responsables ».

« Et donc elles sont vraiment marquées par ça. Elles sont interdites de séjour désormais dans leur communautés, leurs enfants sont aussi interdits de venir leur rendre visite. Et même après leur décès, parfois la famille ne réclame pas le corps. Donc elles sont mises à l’écart complètement même après leur mort », a dénoncé Daouda Sessouma qui appelle à une prise de conscience collective sur le sujet dramatique.

Mais quelle est la place qu’occupe la législation dans le combat de ce phénomène ? M. Sessouma pense que la législation a « grandement » évoluée. Dans l’ancien Code pénal de 1996, il n’y avait « aucune » mention du mot sorcellerie, a-t-il confirmé avant de saluer le nouveau Code dans lequel le mot sorcellerie est écrit neuf fois.

« L’accusation de sorcellerie a été définie et il y a même des peines de prison qui seront maintenant dirigées contre les auteurs qui accusent les femmes sans preuve. Quand vous prenez la loi sur les personnes âgées également, l’exclusion des personnes âgées pour fin de sorcellerie présumée a été évoquée et des sanctions mises à la charge de ceux qui en seront les auteurs », a soutenu l’Administrateur des Affaires sociales, faisant observer qu' »il reste à ce que peut-être les défenseurs des droits des femmes et les victimes elles-mêmes soient assistées pour pouvoir ester en justice et obtenir des réparations chaque fois qu’elles seront dans de telles situations ».

Il a souhaité que les journalistes soient comme des porte-paroles pour « pouvoir témoigner de la vie que ces femmes-là vivent, d’écouter leur appel à l’aide et à la solidarité, et à l’humanisme de façon générale ». Il demande que les hommes de médias travaillent aussi à « éclairer l’opinion et mettre en cause certaines certitudes qui sont établies aujourd’hui ».

Par Bernard BOUGOUM

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