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Burkina/Lutte anti-drogue: ce qui pousse les élèves à consommer la drogue

Consommation de la drogue en milieu scolaire (photo d'illustration)

Les animateurs de la vie scolaire du Burkina Faso ont organisé le samedi 30 octobre 2021, une communication pour permettre aux élèves du lycée municipal Vénégré de Ouagadougou, de prendre conscience des méfaits de la consommation de la drogue et de pouvoir lutter contre le phénomène. «En matière de lutte contre la consommation de la drogue notamment en milieu scolaire, la sensibilisation et la dénonciation sont plus efficaces que la pression», a insisté le commissaire Soumaïla Bamouni de l’unité anti-drogue qui a identifié la cocaïne, le cannabis et l’héroïne comme étant les types de drogue les plus consommées au Burkina Faso.

Les établissements scolaires du Burkina Faso font, de nos jours, face au phénomène de la consommation de la drogue et des stupéfiants en milieu scolaire. Ce qui sabote les efforts de l’Etat, du corps enseignant et des parents d’élèves qui constatent à leur corps défendant, une récurrence sinon une progression du phénomène qui affecte négativement les élèves.

Portant sur le thème : « Rebond de la consommation de la drogue et des stupéfiants en milieu scolaire : quelles stratégies de riposte au niveau établissement et d’une réinsertion réussie des élèves toxicomanes ? », la communication a captivé l’attention des élèves qui ont posé beaucoup de questions au communicateur pour compléter leur connaissance du domaine, surtout sur la répression.

«Ce n’est que dans les années 2000 que la drogue a commencé à être consommée au Burkina Faso»

Le commissaire Bamouni a affirmé que ce n’est que dans les années 2000 que la drogue a commencé à être consommée selon un besoin qui a été exprimé. «Actuellement la consommation de la drogue a atteint un niveau inquiétant», a dit le commissaire, qui, parlant spécifiquement du phénomène en milieu scolaire, pointe du doigt la responsabilité des parents qui sont «très souvent» à la base de la consommation de la drogue par leurs élèves.

Une vue du présidium avec en position débout, Boureima Yampa, conseiller d’éducation et le commissaire Soumaïla Bamouni devant l’ordinateur

Selon ses chiffres, en 2020, son unité a mis aux arrêts «109 enfants» qui consommaient la drogue dont l’âge est compris entre «11 et 14 ans». Dans la même année de 2020, son service a mis aux arrêts, «123 élèves» drogués dont l’âge est compris entre «15 à 17». Mais, a-t-il ajouté, chaque unité ou service de la Police ou de la Gendarmerie et même d’autres structures disposent de chiffres aussi alarmants les uns que les autres.

Qu’est-ce qui pousse les élèves à consommer la drogue ?

A écouter l’exposé du commissaire Bamouni, il y a plusieurs types de consommateurs de drogue, chacun avec sa motivation. «Plein tombent dedans à cause de l’ignorance ou du mimétisme de leurs camarades. Deuxièmement, la curiosité amène bon nombre de garçons à devenir des consommateurs de stupéfiants. Les enfants veulent savoir l’effet que ça va leur faire», a dit le communicateur du jour.

«Il y a aussi le cas de l’homogénéité dans le groupe qui fait que les fumeurs obligent les autres membres à fumer pour éviter que ces derniers les dénoncent. On peut aussi noter la recherche de la performance sportive à l’école. Les pressions des parents qui mettent leurs enfants en garde au cas où ils échoueraient à leur examen par exemple, ou, les comparaisons avec d’autres enfants plus brillants. Les défis, les promesses en tous genres», sont entre autres raisons qui font que les enfants font recours à la drogue pour vouloir atteindre leur objectif, selon le chef adjoint des agents de l’Unité anti-drogue, le commissaire Soumaïla Bamouni.

Une vue des participants

Comme conséquences, le communicateur les a résumées sur les plans social, sanitaire, sécuritaire et économique. En matière sécuritaire, a-t-il laissé entendre, il faut plus déplorer les «risques d’accident, les viols (le plus souvent des proches de la famille du drogué), le vol, la violence, les assassinats et la prostitution», notamment.

Comment savoir que votre enfant consomme de la drogue ?

Quand un enfant change brusquement de comportement, il y a de forte chance que cet enfant soit un consommateur de drogue, selon l’expert Bamouni.

«Celui qui était calme devient violent. S’il se lavait, brusquement, il n’aimerait plus à se laver. S’il était calme, c’est lui qui devient l’animateur des groupes. Il va beaucoup tenir tête à ses enseignants. Il va y avoir des crises de panique inexplicables. C’est quelqu’un, pour un rien, il rit. Un enfant qui consomme la drogue aura la perte des loisirs puisqu’il va vouloir s’isoler. Certains enfants drogués prendront du poids. Ils auront des troubles du sommeil. Il y a aussi le changement subit de ses amis qu’il faut prendre en compte en plus de la demande excessive d’argent», a précisé M. Bamouni.

Le commissaire de Police a demandé aux parents de faire l’effort pour de temps en temps, «jeter un coup d’œil dans le sac des enfants» dans leurs objectifs comme les cahiers, il y a des numéros qui ne portent pas de nom qui sont généralement ceux des dealers avec qui l’enfant se ravitaille les stupéfiants.

Des acteurs de l’éducations ont été violentés par les élèves consommateurs de la drogue

« Tout est parti d’un constat des différents rapports en lien avec la lutte contre la drogue en milieu scolaire de façon générale que nous avons parcourus. On a trouvé que ça ne va pas. On s’est dit nous qui sommes chargés de la discipline et de l’appui psycho-social des élèves, On ne peut pas rester en marge de ce combat. Donc on a mobilisé tous les animateurs de la vie scolaire des treize régions pour faire ces communications en vue d’arrêter quelque pour proposer aux gouvernants afin d’influencer leur décision», a déclaré l’initiateur, Boureima Yampa, conseiller d’éducation à la direction provinciale post-primaire et secondaire du Sanmatenga.

L’objectif de cette réflexion, c’est d’apporter la contribution des animateurs de la vie scolaire à la lutte contre la drogue en milieu scolaire. «Jusque-là, au niveau du ministère, des services déconcentrés des différentes directions, il y a des tentatives de lutte mais ce corps-là n’a pas toujours eu l’occasion de participer à cette lutte», a signifié M. Yampa.

Boureima Yampa, initiateur du projet, conseiller d’éducation

«Pourtant nous sommes les premiers concernés. S’il y a un cas de violence, tous les cas suspects perceptibles chez les élèves, c’est nous on les gère. Donc il n’y a pas de raison que les autres puissent mener la lutte et nous on reste en marge», a poursuivi le conseiller d’éducation qui a déploré que certains de leurs collègues soient «violentés par des élèves qui étaient sous l’effet de la drogue».

Les objectifs spécifiques de cette rencontre sur ce thème sensible vise déjà à anticiper sur les comportements déviants des élèves qui peuvent conduire à la consommation de la drogue et des stupéfiants en milieu scolaire.

«Nous voulons pouvoir identifier les élèves et groupes d’élèves toxicomanes et apporter assistance en vue de leur réinsertion. Aussi, nous allons faciliter et renforcer la collaboration entre les établissements et les structures spécialisées dans la lutte contre la drogue et les stupéfiants», a clarifié Boureima Yampa qui veut également avec ses collègues venus de toutes les régions du pays, «stopper le système de réseautage inter-établissements des groupes d’élèves consommateurs de la drogue et de maintenir les actions de veille et de suivi spécifiques envers les anciens élèves toxicomanes».

Par Bernard BOUGOUM

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