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Cameroun: Biya à vie?

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L'inusable président camerounais, Paul Biya (DR)

«Chers Compatriotes du Cameroun et de la Diaspora, Conscient des défis que nous devons ensemble relever pour un Cameroun encore plus uni, stable et prospère, j’accepte de répondre favorablement à vos appels pressants. Je serai Votre Candidat à la prochaine élection présidentielle.» Le twitt est présidentiel et porte la signature de Paul Biya. Bien que lapidaire, il porte le message sans équivoque d’un candidat à sa propre succession au palais d’Etoundi. 85 ans officiellement, car certains lui en donnent plus, le chef de l’Etat camerounais briguera, le 7 octobre prochain, un septième mandat d’affilée depuis 1982. Si l’on comptabilise son passage comme premier ministre du Cameroun de 1975 à 1982, le natif de Mvomeka’a sera donc resté aux affaires pendant près de quarante années. Et c’est peu de dire que tsunami, sa candidature pour continuer à diriger le navire camerounais est synonyme de victoire à cette élection qui, comme à l’accoutumée, sera couronnée par un plébiscite du plus vieux dirigeant africain au pouvoir. Si l’homme n’a jamais eu un candidat sérieux à même de l’ébranler ce n’est point parce qu’il est naturellement inamovible, mais parce qu’il a toujours su manœuvrer pour tenir éloigner ses opposants ou les discréditer aux yeux de l’opinion. Mais la formule la plus simple pour ce vieux briscard de la politique africaine est de freiner les ardeurs velléitaires de ses contempteurs en les invitant à la table du pouvoir. Et rares sont ceux qui ont pu résister à l’appât.

85 ans, 35 ans de règne et bientôt plus si affinité. Si le ridicule pouvait tuer dans ce Cameroun où la bonne gouvernance est la chose la moins partagée. Le poisson pourrissant toujours par la tête, le mauvais exemple vient toujours du sommet, où la course effrénée à l’enrichissement personnelle fait confondre la caisse de l’Etat au patrimoine familial et personnel, faisant régulièrement du Cameroun, l’un des meilleurs mauvais élèves de Transparency International, cette structure qui classe les pays sur l’échelle de la corruption. Pourtant doté d’un sous-sol riche en ressources naturelles pétrolières ou agricoles, minières et forestières comme la banane, le coton, le café, le cacao, le miel, le fer, le cobalt, le manganèse, le fer, le nickel, le diamant, le bauxite, le marbre, excusez du peu, le Cameroun peine à devenir la locomotive économique qu’il aurait pu être dans la sous-région, voir en Afrique. Les citoyens, en dehors d’une certaine classe qui gravite la plupart du temps autour du pouvoir, vivent dans une précarité qui se la dispute aux potentialités offertes au pays par la nature pour son développement. Pire, les incursions récurrentes et mortelles de Boko-Haram, la nébuleuse islamiste du Nigéria voisin, et la dissidence de la partie anglophone du pays hypothèquent plus que jamais la sécurité des biens et des personnes et surtout le vivre-ensemble dans ce merveilleux pays qualifié à raison de «l’Afrique en miniature». Certes, les Camerounais ne vivent pas le pire. Mais ils auraient pu connaître meilleur sort, surtout si la classe dirigeante sclérosée ne portait et ne cultivait les tares de la présidence à vie qui n’a jamais porté bonheur aux pays qui l’ont subie.

Qu’attend la société civile camerounaise pour mettre fin à cette gangrène du pouvoir personnel qui étouffe toute tentative d’alternance dans l’œuf? Malgré son absence quasi-permanente du pays, où ses rares apparitions sont considérées comme des mini-événements, le Suisse, pardon le Camerounais Paul Biya tient solidement, par sbires, courtisans et zélateurs interposés le gouvernail d’un navire qui court inévitablement à la dérive. Car les longs règnes ont cela de commun qu’après la retraite volontaire ou forcée de leurs auteurs, c’est l’incertitude qui s’installe. Et parfois le chaos! Il urge donc pour le Cameroun de redresser la barre pour mettre le cap sur l’alternance et la véritable démocratie, gages du mieux-être du plus grand nombre.

Par Wakat Séra  

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