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Côte d’Ivoire/Crise ADO-Bédié: l’histoire se répète…

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Le divorce consommé entre Henri Konan Bédié (lunettes noires) et Alassane Ouattara, ils seront probablement adversaires à la présidentielle prochaine (Ph. d'illustration)

Bédié voudrait jeter du sable dans l’attiéké de Alassane Ouattara qu’il n’aurait pas agi autrement. En effet, alors que le chef de l’Etat ivoirien buvait son petit lait de faiseur de réconciliation, après avoir amnistié près de 800 détenus, dont la «prisonnière» la plus célèbre n’est autre que Simone Gbagbo, l’épouse de l’ancien président ivoirien qui lui, croupit toujours dans les geôles de la Cour pénale internationale, son alter ego du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, lui a asséné un coup qui pourrait bien lui être politiquement fatal. En attendant les prochains développements de cette crise entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, qui du reste n’étaient que des alliés de circonstance pour anéantir Laurent Gbagbo, le leader du PDCI, ne fait qu’alimenter davantage le petit feu qui fait bouillonner la marmite socio-politique ivoirienne.

Selon des sources concordantes, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), Henri Konan Bédié, fait planer l’épée de Damoclès sur   la tête des ministres issus de son parti qui siègent au gouvernement. Lors de leur rencontre le jeudi 9 aout 2018 à son domicile, le Sphinx de Daoukro a demandé à ses hôtes de «prendre leur responsabilité» dans la «guerre» qui l’oppose au président Alassane Ouattara. Faut-il voir en cela un ultimatum lancé par le doyen d’âge du marigot politique à l’endroit de ces ministres? Si c’était le cas, vont-ils démissionner des juteux postes de ministres? Bien malin qui pourra répondre à cette question. Le désormais ex-allié de Alassane Ouattara aurait même dit à «ses» de quitter le gouvernement du premier ministre Amadou Gon Coulibaly avant ce lundi 13 août.  Parmi ces ministres, certains n’ont pas vraiment gouté aux ors de la République, car ils viennent d’être nommés, juste en juillet dernier. Ce qui est certain, le ministre ivoirien en charge des Ressources animales, Kobenan Adjoumani, le père du Mouvement sur les «Traces de Félix Houphouët Boigny», lui, n’est pas prêt à quitter la table du conseil des ministres. Dans la logique de Bédié, ces ministres qui n’ont pas reçu son aval pour être nommés au gouvernement, devraient simplement démissionner. Surtout que certains  parmi eux ont été cautionnés par le PDCI pour briguer les postes de maire et de président de conseil général pour les scrutins prévus pour le 13 octobre prochain.  Cette boutade de l’ancien ministre Balla Keita, assassiné au Burkina Faso en 2002, «Un pied dedans, un pied dehors, c’est dehors», va-t-il s’appliquer à ces ministres?

C’est dans cette grisaille politique que l’ancien président de la République à qui certains prêtent l’intention de se présenter à 88 ans à la présidentielle d’octobre, a reçu chez lui, le vendredi 10 aout le président d’une aile du Front populaire ivoirien (FPI), Affi N’Guessan. L’ancien premier ministre de Laurent Gbagbo s’est précipité chez Bédié qui avait lancé la veille  l’idée de mettre sur pied une plateforme avec toutes les formations politiques après son désamour avec Alassane Ouattara. Au sortir de l’entrevue entre les deux hommes,  Henri Konan Bédié a affirmé que «rien ne s’oppose à ce que dans une plateforme comportant toutes les forces vives de la nation dont les partis politiques, le PDCI et le FPI se retrouvent ensemble». Paroles qui n’ont pas manqué de flatter les oreilles du chef du parti frontiste qui les a applaudies des deux mains. «Il était important que nous venions rencontrer le doyen de la classe politique ivoirienne, l’ancien chef de l’Etat, celui qui a été toujours au service de la cause nationale pour échanger avec lui sur ce nouveau contexte. Et réaffirmer notre disponibilité à prendre toute notre part dans la constitution de cette nouvelle plateforme et marquer notre disponibilité à envisager dans le cas des élections locales toutes les possibilités d’alliance, afin que ces acteurs de la paix, de la réconciliation nationale et de l’avenir du pays, se retrouvent ensemble pour fonder ce nouvel avenir», a déclaré Pascal Affi N’Guessan. Des mots qui revêtent tout leur sens quand on se rappelle qu’après le coup d’Etat contre Bédié en décembre 1999, le PDCI dirigé par Laurent Dona Fologo, s’était allié avec le FPI de Laurent Gbagbo dans le Front patriotique. Front qui avait réussi à écarter la candidature d’Alassane Ouattara. 18 ans après, l’histoire se répète.

Par Mahamadou Doumbia (Correspondant de Wakat Séra à Abidjan)

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