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Côte d’Ivoire: retour à la case 2010!

Le saut périlleux de la Côte d'Ivoire (Ph . illustration information.tv5monde.com)

Après la présidentielle du 31 octobre, la Côte d’Ivoire retient toujours son souffle. 7,5 millions d’Ivoiriens étaient inscrits sur les listes électorales. Mais seulement trois millions d’entre eux, ont procédé au retrait de leurs cartes d’électeurs. Sur ces 41% d’électeurs, combien ont pu se rendre, ce samedi 31 octobre, dans les quelque bureaux de vote qui ont pu ouvrir, sur les 22 000 prévus sur l’ensemble du territoire national? La question demeure entière, le plus difficile aujourd’hui étant de disposer de chiffres fiables sur ce scrutin, qui, selon l’ONG Indigo à été émaillé par des incidents sécuritaires majeurs qui n’ont pas permis «l’expression massive et sereine du suffrage pour une partie importante de la population». Si l’opposition qui a invité au boycott actif de cette élection, agissant ainsi contre le troisième mandat anticonstitutionnel du président ivoirien sortant, Alassane Dramane Ouattara, situe le taux de participation à moins de 10%, Indigo, elle, affirme que 23% des bureaux de vote sont restés fermés toute la journée.

L’ONG a également recensé 391 incidents, mentionné des affrontements intercommunautaires qui ont occasionné des pertes en vies humaines, constaté des votes de personnes sans document requis et non inscrites sur les listes électorales, des violences, des intimidations, des suspicions de bourrages d’urnes, etc. Ce trop-plein d’irrégularités et de morts pour une élection qui constitue l’un des piliers importants de la démocratie, porte, évidemment un coup à cette présidentielle, qui réunit tous les ingrédients d’une crise post-électorale prévisible. L’opposition réunie, ne reconnaît plus Alassane Dramane Ouattara comme président de la Côte d’Ivoire et demande la mise en place d’une transition. Une transition avec ou sans ADO? Evidemment, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et le progrès (RHDP), rejette tout en bloc. Dans un communiqué, le ministre ivoirien en charge de la Sécurité se réjouit du «bon déroulement du scrutin sur toute l’étendue du territoire national et dans la diaspora, malgré des incidents relevés dans un nombre limité de localités», et le gouvernement d’afficher «sa détermination à garantir la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire».

On prend donc les mêmes et on retourne en 2010. La Côte d’Ivoire se retrouve avec deux pôles d’exercice du pouvoir comme en 2010. Le scénario et les personnages de ce remake qui garantit un suspense total, sont inchangés. Sauf que, pour cette nouvelle saison de la série, le président qui refuse de céder le pouvoir et s’y accroche comme un enfant à son dernier jouet de Noël, se nomme…Alassane Dramane Ouattara. Et les rôles étant, du coup, inversés, ADO qui a pu arracher le fauteuil présidentiel, grâce au soutien d’une communauté internationale, qui agissait au gré de ses intérêts ou croyait favoriser l’alternance démocratique, a, en face, ses anciens alliés, notamment, l’ancien président Henri Konan Bédié et l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro. L’ancien président, Laurent Gbagbo, demeure l’éternel ennemi, mais reste résolument dans la logique du «tout sauf ADO». Quel rôle va jouer, à la longue, l’armée qui, jusqu’à présent dit demeurer républicaine, et s’est déployée sur le territoire, surtout Abidjan, la capitale économique, qu’elle a défendue comme en temps de guerre, sortant l’artillerie lourde, dont des chars d’assaut, selon un témoin joint au téléphone?

Alassane Dramane Ouattara, avec la complicité, active ou passive, de certains de ses pairs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), en cédant aux charmes du troisième mandat interdit, qui est vu au même titre d’un coup d’Etat militaire, vient d’actionner la machine à remonter le temps. Pour le bien de toute la sous-région déjà bien mal en point avec les menaces terroristes et les ravages économiques du Covid-19, il faut juste espérer que la Côte d’Ivoire soit renvoyée, non pas en 2010-2011 et leurs affres, mais aux années de paix, le temps où le président s’appelait Nana Félix Houphouët Boigny. En attendant, la situation est bien tendue et on se demande bien quel dénouement elle connaîtra. A juste titre, il faut redouter, avec l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, l’embrasement en Côte d’Ivoire, face au raidissement des positions. En tout cas, le seul qui en portera la responsabilité n’est autre que celui qui est allé au troisième mandat de tous les dangers. Car c’est par lui que le drame est arrivé. Et c’est le troisième mandat, le débat de fond, n’en déplaise aux courtisans et zélateurs de Alassane Dramane Ouattara.

Par Wakat Séra

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