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Coup d’Etat au Mali: «L’heure est grave», Avocat aux Barreaux de Paris et du Mali

Le colonel Assimi Goïta redevient, pour l'instant, l'homme fort de Bamako (Ph. afrik.com)

La reprise du pouvoir au Mali par le Colonel Assimi Goïta et ses hommes par coup d’Etat, le 24 mai 2021, suivi de l’arrestation, de la démission et de la libération du président de la Transition Bah N’Daw et de son Premier ministre Moctar Ouane a inspiré l’analyse suivante à Daouda Ba, Avocat aux Barreaux de Paris et du Mali. Pour lui, ce «coup d’Etat dans un coup d’Etat» est une «insulte au peuple du Mali, à l’Armée malienne dans sa composante républicaine, à la société civile et aux corps intermédiaires».

Ce qui est arrivé au Mali avec l’arrestation du Président et du Premier Ministre de la Transition est une première dans l’histoire des coups d’Etat et/ou de force en Afrique.

Un coup d’Etat dans un coup d’Etat

C’est une insulte au peuple du Mali, à l’armée malienne dans sa composante républicaine, à la société civile et aux corps intermédiaires.

La classe politique est versatile et incompréhensible, à l’exception de Housseynou Amion GUINDO et de Moussa MARA, les condamnations de la classe politique ont été faites du bout des lèvres.

Comprendra qui pourra!

Au nom des agendas personnels cachés, les politiques croient majoritairement que leur heure est arrivée et au nom du nombrilisme qui les caractérise, se considèrent comme l’Alpha et l’Omega pour tirer le pays de cette impasse.

Les guides religieux ont également désaxé ce pays croyant à tort qu’ils peuvent élire le Président de la République par leurs adeptes ou du moins les politiques sans base croient à cette ineptie.

Il n’est plus utile de rappeler que l’heure est grave car depuis 2012 nous sommes dans cette gravité, c’est l’armée, surtout les juntes successives et la classe politique qui n’ont pas pris la mesure de la situation.

La junte pense qu’elle a les armes, qu’elle peut faire peur à tout le monde et si elle n’est pas contente d’une décision politique en l’occurrence l’éviction de ses deux membres au sein du gouvernement, la seule chose qui s’impose, c’est de faire un coup de force.

Cela ne peut pas être continuel et ne devrait pas continuer. La CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne et l’ONU peuvent mettre la pression mais il revient aux maliens mêmes, aux républicains et tous les citoyens attachés aux idéaux du 26 mars 1991 qui a permis l’avènement de la démocratie dans notre pays de se mobiliser pour faire échec à jamais à cette incursion de l’armée sur la scène politique.

Il faut que la junte comprenne que le retour à l’ordre républicain signifie que la force doit rester à la loi et rien qu’à la loi.

On ne peut pas dire qu’il y a un ordre républicain rétabli avec un Président de Transition et un Premier Ministre d’une part, et, la junte, d’autre part.

La junte doit rentrer dans les rangs et respecter la Charte de Transition qu’elle a mise en place.

Il est consternant et étonnant que le coup d’État se justifie par l’alinéa 2 de l’article 7 de la Charte de Transition qui stipule que : « Le Vice-président est chargé des questions de défense et de sécurité ».

Cela ne signifie pas que le Vice-Président soit préalablement consulté ou que c’est lui qui doit procéder aux nominations aux postes régaliens de défense et de sécurité.

Le coup d’Etat est simplement justifié par le fait que deux membres de la junte ont été évincés du gouvernement.

Dans quel monde sommes-nous ? Sommes-nous dans le Far West ?

Si la junte veut être utile, elle doit, en premier lieu, remobiliser l’armée et retourner au combat car il s’agit non seulement de sauver l’honneur perdu de l’armée et par-dessus celui du peuple malien.

En recouvrant l’intégrité du territoire par le combat, la junte sauvegardera l’honneur et la dignité des militaires tombés sur le champ de bataille pour les inscrire au fronton du « Panthéon des Grands hommes du Mali ».

Aujourd’hui, l’heure est plus que grave.

Au milieu de ce chaos sans précédent de notre histoire, nous devons oublier les ambitions personnelles, renoncer aux intérêts partisans et considérer que la seule chose qui compte et qui comptera est le Mali.

Ce qui doit préoccuper tout un chacun de nous, ce n’est pas le pouvoir ni son exercice, ni même les intérêts personnels mais surtout l’urgence de mettre fin à la désolation qui s’est installée dans le septentrion et le centre de notre pays.

On peut servir le Mali de mille manières sans pour autant être Président de la République, Ministre, Haut Fonctionnaire ou Haut gradé…

Mais l’évolution de la situation nous plonge dans un désespoir immense compte tenu de l’entêtement du Vice-président de la Transition à devenir Président de la Transition, de la versatilité de la classe politique, du mouvement syndical. Dans quel intérêt ? Allez le savoir.

Bamako, le 26 mai 2021

Daouda BA

Avocat aux Barreaux de Paris et du Mali

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