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Covid-19 au Burkina: Bus attendent voyageurs, trois jours après la reprise du trafic

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La gare Wemtenga de TSR

Le transport en commun, suspendu il y a deux mois dans le cadre de lutte contre le Coronavirus, a repris le mardi 5 mai 2020 sur toute l’étendue du territoire burkinabè, après une décision du gouvernement. Trois jours après, constat ce jeudi 7 mai 2020, dans la gare Staf située à Dassasgho et la gare Wemtenga de la compagnie TSR. Dans ces deux stations, un accent particulier est mis sur le respect des consignes sanitaires posé comme préalable à la signature du protocole d’accord entre le gouvernement et les syndicats des transporteurs, pour poursuivre toujours la lutte contre la pandémie du Covid-19.

La gare du Transport Sana Rasmané (TSR) à Wemtenga, un quartier populaire situé au Centre-est de Ouagadougou, grouillait de monde en cette matinée de jeudi. Mais cette affluence n’était pas le reflet de bonnes affaires, car, en réalité, les passagers ayant pris leur ticket pour voyager, étaient peu nombreux. Les voyageurs potentiels ont-ils toujours peur de la contagions du Covid-19? Le coronavirus dont l’impact sur l’économie est très visible a-t-il vidé les poches des Burkinabè? En tout cas, avant d’accéder à la gare, il fallait montrer patte blanche, pour ne pas dire mains propres! Dès l’entrée, deux employés sont chargés de sensibiliser les clients sur les gestes barrières notamment le port de masques et le lavage des mains dont le dispositif a été installé à l’extérieur. «C’est la condition sine qua non pour avoir accès à la gare» pour toute opération, affirme, ferme, un responsable des lieux.

Des passagers lavant leur mains avant d’avoir accès à la gare TSR Wemtenga

Nous voici maintenant dans l’enceinte de l’établissement où sont stationnés plusieurs bus, sans doute dans l’attente de se lancer à nouveau sur les nationales et départementales. Roland Yaogo, le responsable de la gare TSR Wemtenga, tout en remerciant les autorités pour avoir pris cette décision à la suite de l’arrêt de leurs activités ces deux derniers mois, loue cette relance. «Il était nécessaire quand même que cette mesure, tant attendue, vienne pour vraiment soulager les populations», a déclaré M. Yaogo. Pour lui, les mesures barrières importantes que la compagnie a mises en application dans cette gare concernent «le lavage obligatoire des mains, le port obligatoire des masques, l’utilisation des gels hydro-alcooliques avant d’accéder au guichet et au respect du nombre de passagers limités à 46 pour un véhicule de 65 à 70 places».

Pour cette dernière mesure qui ne semble pas faire l’unanimité au sein des transporteurs, M. Yaogo, a répondu que cette décision « est respectée » à leur niveau puisque « pour le moment il n’y a pas trop d’affluence » de passagers. Il s’est réjoui également que dans leur gare, les voyageurs soient « réceptifs aux messages de sensibilisation ».

Roland Yaogo, responsable de TSR Wemtenga

Cap est mis maintenant sur la gare Staf de l’Est située en face du marché de Dassasgho. A cet endroit, le nombre de voyageurs est presque proportionnel à l’affluence constatée à l’extérieur et  à l’intérieur de la gare. Ici, nous avons été reçus par Amado Kéré, magasinier à la gare Staf de l’Est de Ouagadougou. Selon ses explications, les premiers jours n’ont pas été faciles pour eux car ils ont « eu des difficultés pour sensibiliser les clients ».

 Mais trois jours après la reprise effective du transport en commun, « maintenant ils (passagers) commencent à comprendre. De plus en plus ils portent les masques qui sont d’ailleurs obligatoires à notre niveau avant l’embarquement », garantit M. Kéré. Pour lui, les transporteurs n’ont même pas intérêt à se déroger aux règles édictées selon le protocole d’accord puisque les Forces de l’ordre qui assurent le contrôle sur les axes routiers en font la condition pour les laisser circuler à l’aise sur le territoire. « C’est obligé pour les clients de porter les cache-nez puisqu’ils seront débarqués au niveau des contrôles si ce n’est pas le cas », assure-t-il.

Amado Kéré, magasinier à la gare Staf de l’Est de Ouagadougou

Dans cette gare, dès l’entrée et à l’intérieur, des lave-mains ont été installés en plus des banderoles de sensibilisations. « Rien que pour mettre l’eau dans les réservoirs et la vider après utilisation, il faut au minimum deux personnes par jour », laisse entende Amado Kéré qui indique que pour ceux-là qui n’auraient pas l’info sur le Covid-19 ou voudraient faire fi des consignes recommandées par les autorités, les convoyeurs sont chargés de les sensibiliser en définitive.

A propos des 45 passagers à prendre désormais pour les cars de 70 places, il a noté qu’à leur niveau ils respectent cette mesure. « Et même ceux qui refusent, ils auront à faire aux contrôles des Forces de l’ordre comme je l’avais dit. Donc le chauffeur et ou le convoyeur qui ne veut pas de problème va tout faire pour se soumettre aux dispositions arrêtées de commun accord avec les autorités », a réagi Amado Kéré, arrêté devant la porte d’entrée où il surveille et interpelle toute personne qui voudrait rentrer dans la gare sans se laver les mains.

Assane Ouédraogo, employé dans site minier

Assane Ouédraogo, employé dans un site minier de Zorgho, ticket en main, assis au fond du hall d’attente, salue la levée de la mesure de restriction qui avait été prise pour lutter contre le Coronavirus car « tout était aux arrêts à (son) niveau ». Selon son constat, les patrons de cette compagnie « ont pris des mesures sanitaires dont le dispositif de lave-mains qui est visible. En tout cas dans l’ensemble moi je pense que c’est bien », apprécie-t-il.

Ne portant pas de masque, or cela est obligatoire conformément à une décision gouvernementale, il a laissé entendre qu’il « a des problèmes respiratoires et s’étouffe » quand il porte une bavette. Mais, fait-il vite de signaler, « je prends beaucoup mes distances avec les gens ».

Non loin, nous nous adressons à deux demoiselles, une bonne partie de leur visage dont le nez et la bouche sont bien couverts par des masques. « Nous on se cherche actuellement », nous ont elles rétorquées quand nous les avons abordées pour échanger avec elles sur la reprise du transport en commun dans le contexte de lutte contre le Coronavirus.

Après insistance, elles acceptent d’échanger mais dans l’anonymat. « Nous avons vu pire que Coronavirus », ont elles réagi quand nous leur avons demandé si elles n’avaient pas peur d’être dans le car avec des gens qui pourraient être atteints du Covid-19, et donc susceptibles de les contaminer. Comme le pensent certains Burkinabè, pour ces deux passagères aussi, les Africains doivent être immunisés contre ce virus car il y a eu beaucoup de maladies de ce genre en Afrique qui a nécessité le traitement avec la chloroquine, médicament jugé efficace contre le virus à couronne. Elles jugent « bon » le dispositif mis en place par cette gare pour limiter la propagation de l’infection qui a atteint au Burkina plus de 700 personnes et fait près de 50 décès.

Banderole de sensibilisation sur le coronavirus

Quant à la mesure suspension qu’avait pris le gouvernement, elles estiment qu’« il fallait qu’on (la) lève car on ne peut garder les gens enfermés indéfiniment chez eux. On n’est pas en Europe quand même. La réalité est qu’ici, on vit au jour le jour », ont elles lâché.

Pour Roland Yaogo, responsable de la gare TSR Wemtenga, les mesures d’accompagnement prises par les autorités sont « appréciables » mais il estime que le gouvernement peut mieux faire pour les soutenir car malgré « les énormes pertes » que les transporteurs ont subies, « à notre niveau par exemple, il n’y a pas de souci pour le personnel. Il n’y a eu aucun licenciement ».

Dans ces deux gares où nous sommes passés, on a appris que des agents des ministères des Transports, de la Santé et de certaines de leurs structures déconcentrées dont la sécurité routière sont passés pour des vérifications et donner des consignes pour l’amélioration des dispositifs sanitaires mis en place dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus.

Par Bernard BOUGOUM

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