Accueil Editorial CPI : qui a peur de Laurent Gbagbo libre ?

CPI : qui a peur de Laurent Gbagbo libre ?

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Laurent Gbagbo, l'ancien président ivoirien risque de passer le reste de sa vie en prison (Wakat Séra, Laurent Gbagbo, CPI, Alassane Ouattara, Fatou Bensouda, Luis Moreno Ocampo, Félix Houphouët Boigny, Simone Gbagbo, Guantanamo © ICC-CPI

Laurent Gbagbo condamné à mort avant même d’être jugé ? La question prend tout son sens après le onzième refus des juges de la Cour pénale internationale (CPI) d’accorder la liberté à l’ancien président ivoirien. Contrairement aux fois précédentes, cette décision surprenante, aux motivations trop légères de la part des shérifs de Scheveningen ne revêt pas le sceau de l’unanimité. Le judas du jour, excusez du peu, n’est autre que Cuno Tarfusser, le président de la Chambre himself, qui, contrairement à ses collègues, penche pour « une mise en libération » du « fils de Mama » incarcéré à La Haye depuis plus de cinq ans maintenant. Prisonnier politique s’il en est encore, Laurent Gbagbo croupit dans les geôles de la CPI suite à la longue et sanglante crise post-électorale qui a frappé la Côte d’Ivoire en 2010 et à l’issue de laquelle, Alassane Ouattara, a pris le pouvoir, officiellement en mai 2011. Malgré la ritournelle de la réconciliation chantée sur tous les toits et le refrain de la paix serinée à longueur de journée sur les bords de la lagune Ebrié, Laurent Gbagbo sera livré comme un colis à la CPI, au grand dépit de nombreux Ivoiriens qui croyaient encore à la réconciliation nationale, et au mieux à une justice équitable.

Comme pour punir l’ancien président pour sa témérité dans le bras-de-fer qui l’opposait aux anciens maîtres français, la CPI en a fait un coupable avant l’heure, faisant fi d’un des premiers fondements du droit qui fais de l’accusé, un présumé innocent tant que sa condamnation n’est pas effective, après épuisement de toutes les étapes de la procédure.  Pire, la justice acculera le camp Gbagbo dans ses derniers retranchements. Simone Gbagbo, l’épouse de l’ancien chef de l’Etat ne sera pas épargnée, même si elle, heureusement ou malheureusement, c’est selon, a échappé aux serres de Fatou Bensouda, la procureure générale qui poursuit avec autant de zèle l’oeuvre commencée par Luis Moreno Ocampo, son prédécesseur. Comment peuvent-ils reprocher à Laurent Gbagbo d’être encore soutenu par des fidèles qui viennent manifester devant le tribunal, à chaque ouverture du procès ? De quelles preuves tangibles disposent les prud’hommes de  La Haye pour refuser la liberté à Gbagbo, sous le prétexte qu’il risque de se faire la belle ? Pourtant, il est dit que la liberté est la règle et la prison l’exception ! Et si l’on sait que la peine qu’il encourt pourrait priver de liberté pour le reste de sa vie, le président-historien de 71 ans, il est temps de lui donner cette opportunité, lucarne que lui ouvre du reste la loi, de profiter de cette mise en liberté. Qui plus est, le fameux procès pourrait encore durer entre 7 et 8 ans. Même Guantanamo a été délesté de certains des pires terroristes et malfaiteurs de la planète !

Qui a peur de Gbagbo libre ? La consigne semble être de maintenir, à tout prix, Laurent Gbagbo à l’ombre, loin du pouvoir de Alassane Ouattara ! Loin de vouloir couvrir le détenu de Scheveningen du manteau virginal de l’innocence, il faut reconnaître que pour faire la guerre, il faut bien être à deux ! Les anciens adversaires de Laurent Gbagbo ne sont-ils donc pas aussi responsables que celui-ci, de ces heures sombres de l’histoire de la Côte d’Ivoire ? La fameuse justice des vainqueurs est donc bien une réalité dans un pays qui pourtant devra faire face à son passé pour espérer retrouver cette paix qui la fuit depuis lors et pourrait bien empêcher Félix Houphouët-Boigny son premier président de reposer…en paix.

Par Wakat Séra   

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