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Elections au Burkina: des engagements…et de l’eau pour tous

Treize candidats pour un fauteuil et pour l'accès à l'eau potable (Ph. illustration - news.aouaga.com)

La campagne est officiellement lancée pour les élections présidentielle et législatives couplées prévues au Burkina Faso, pour le 22 novembre prochain. Dans quel ordre de priorité, les 13 candidats placent-ils l’eau? Nous avons essayé de faire une immersion dans le programme électoral de quelques candidats pour vérifier dans quelle mesure, l’eau, que l’on dit être la vie, est bien au cœur des priorités des politiciens. Avec la maturité, les électeurs ont dépassé l’époque des promesses politiques et attendent désormais des engagements fermes dont ils surveilleront la concrétisation avec beaucoup de vigilance.

La  «source de vie» de Monique Kam Yéli

Si elle entend nouer le pagne pour descendre dans une arène où elle se retrouvera en face de 12 gladiateurs, Monique Kam Yéli, ne se donne pas moins les chances de défendre vaillamment ses ambitions pour le trône. Elle va donc à l’abordage de l’électorat en lui proposant un programme au titre duquel, «l’eau, une source de vie» doit être disponible pour tous, à la fin de son premier mandat. Morceaux choisis: «Nous offrirons un accès à l’eau potable pour tous, dans les 10 ans en zones urbaines et, dans les 15 ans en zones rurales. Dans les zones urbaines, nous mettrons systématiquement en place, le réseau d’adduction d’eau potable lors de la construction d’un réseau d’égouts. Nous exigerons l’installation effective d’un réseau parcellaire d’adduction d’eau potable comme un préalable à l’octroi d’un permis de bâtir pour les nouveaux lotissements. Nous créerons des zones dans lesquelles des bornes fontaines semi-publiques seront installées dans les quartiers dits à habitat spontané, où il est difficile d’installer des canalisations d’eau dans tous les ménages. Dans les zones rurales, nous veillerons à ce que chaque ménage se trouve à moins d’un kilomètre d’une borne fontaine semi-publique, lorsque l’habitat n’est pas très dispersé. Dans les zones à habitat fortement dispersé, les solutions individuelles seront envisagées, en fonction de l’hydrométrie de la zone». Si l’établissement, au ministère en charge de l’eau, d’un cadastre de l’accès à l’eau potable, régulièrement mis à jour, informatisé et centralisé, constitue un point saillant de ses ambitions, la candidate met aussi l’accent sur la production de l’eau dans les grandes villes.

Dans les grandes agglomérations, telles que Ouagadougou, Bobo Dioulasso et les capitales régionales, l’approvisionnement, selon la vision de la présidentiable, restera sous la coupe de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) dont les missions seront recentrées sur la production et le transport de l’eau. Pour la production de l’eau dans les villes secondaires et les zones rurales, chaque région sera dotée d’une agence et le gouvernement de Dame Kam Yéli, si celle-ci est élue, encouragera, dans les zones rurales, un partenariat entre les communes et des partenaires privés pour la production, le transport et la gestion de l’eau potable vers les zones occupées. L’assainissement et le drainage tiennent également une place importante dans le programme de Monique Kam Yéli qui leur a consacré des pans entiers.

Zéphirin Diabré s’engage

«Notre ambition est d’assurer à chaque Burkinabè un accès à l’eau potable en quantité suffisante et à un cadre de vie assaini». Le ton est donné par Zéphirin Diabré, le leader de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), par ailleurs chef de file de l’opposition. Dans la foulée, l’opposant entend, dans son programme, entre autres, «s’assurer de mieux protéger la santé publique par la qualité de l’eau». Son ambition étant de faire évoluer le taux d’accès à l’eau potable, de 75,4% en 2019, à 90% en 2025. «Pour ce faire, sur la période 2021 à 2025, je m’engage à instruire la réalisation de 17 000 nouveaux points d’eau potable et de 6 000 réseaux d’adductions d’eau potable simplifiées (AEPS) et la réhabilitation de tous les Points d’eau modernes (PEM) et les AEPS en panne sur l’ensemble du territoire national». Foi du chef du parti du «Lion», qui ne compte pas laisser en rade, les populations rurales, dans l’amélioration de l’accès à l’eau potable. C’est dans cette logique, qu’il annonce l’«Opération eau potable pour tous», par le biais de branchements, de la réduction des distances, de la disponibilité de l’eau potable pour tous et à tout moment et de la réduction du coût du précieux liquide. «Nous allons mettre fin à toute coupure d’eau à Ouagadougou et nous mettrons l’eau potable à la disposition de tous les Burkinabè, y compris dans chaque village», affirme Zéphirin Diabré. Tout en révélant que le plan qui sera mis en œuvre pour assurer l’accès et la sécurité de l’approvisionnement en eau potable sera doté d’un budget à la mesure du défi, soit au moins 12% du budget annuel, le candidat de l’UPC précise que l’approvisionnement en eau potable des communes rurales sera une réalité concrète, avec la construction de 120 AEPS, fonctionnant à l’énergie solaire, par mois, pour un total de 600 d’ici à 2025. De même, en insistant sur la promotion du contrôle citoyen sur les réalisations des infrastructures et ouvrages d’eau, Zéphirin Diabré, conclue ce chapitre, en rassurant ces potentiels électeurs que «nous allons œuvrer à l’adoption d’un texte législatif unique (code de l’eau), conforme aux standards internationaux en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement, et créer un Fonds pour le financement durable de l’eau (FFDE)».

Le «zéro corvée d’eau» +, de Roch Kaboré

S’il est élu au soir du 22 novembre prochain, le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, a sa petite idée sur l’accès à l’eau potable, et la partage avec ses futurs électeurs: «Nous allons poursuivre les efforts pour consolider les acquis, afin d’atteindre l’objectif de «zéro corvée d’eau» et de faciliter son accès à toutes les couches sociales». Pour parvenir à concrétiser l’essai lancé pour le premier quinquennat, le cheval sur lequel mise le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) pour conserver le pouvoir, compte mettre l’accent sur le développement de l’approche service en s’appuyant sur deux pistes: la réalisation ou la mise à niveau des Adductions d’eau potable simplifiées (AEPS) dans tous les chefs-lieux de communes et les localités de plus de 2000 habitants et la réalisation des Adductions d’eau potable multi-villages (AEP-MV). Tout compte fait, des réseaux de distribution d’eau à travers 90 AEP-MV, 475 AEPS neuves,80 réhabilitations d’AEPS et 664 mises à niveau d’AEPS, seront réalisés dans les chefs-lieux de communes rurales et les localités rassemblant au moins 2000 âmes.

Les villes étant régulièrement confrontées, elles aussi, à l’éternelle difficulté d’accès à l’eau potable, elles sont également sur les tablettes du candidat du parti au pouvoir. En milieu urbain, il s’engage, ainsi, à créer 16 nouveaux centres d’exploitation d’eau potable, à réaliser 215 000 branchements particuliers et à construire 500 bornes fontaines. Il faut dire, qu’à l’instar des autres candidats en piste pour la présidentielle du 22 novembre prochain, Roch Marc Christian Kaboré, compte s’atteler à assurer aux populations, un cadre de vie sain, à même de décupler leur productivité. Pour ce faire, il promet de veiller «à ce que les efforts entrepris ces dernières années puissent être poursuivis et accélérés, afin de contribuer significativement à de meilleures conditions de vie, dans les campagnes comme dans les villes». Dans ce sens, il s’engage à réaliser 300 000 latrines dont 200 000 en milieu rural et 100 000 en milieu urbain; 150 000 puisards domestiques dont 50 000 dont 50 000 en milieu rural et 100 000 en milieu urbain; et à construire 3500 latrines communautaires dont 2000 en milieu rural et 1500 en milieu urbain; et 7 stations de traitement des boues de vidange dont 2 à Ouagadougou, 2 à Bobo-Dioulasso, 1 à Banfora, 1 à Koudougou et 1 à Ouahigouya. Etendre de 1000 km, le réseau d’égouts en milieu urbain, constitue également un point essentiel dans le volet assainissement du président sortant, candidat à sa propre succession.

L’eau KDO

Kadré Désiré Ouédraogo, le cheval sur lequel mise le mouvement Agir Ensemble pour le Burkina Faso, est également conscient que l’eau ne coule pas bien au Pays des Hommes intègres. Pour faciliter l’accès à cette denrée rare, l’ancien président de la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et ex Premier ministre du Burkina, annonce une borne fontaine pour une population de taille 500 minimum ou deux forages équipés à motricité humaine pour de l’eau potable. S’il prend les rênes du Burkina, il entend également doter chaque région, de moyens destinés aux infrastructures en forages et retenues d’eau, pompes réparées et fonctionnelles, forages au profit de l’agro-pastoral, notamment dans les régions du Nord et du Sahel. «Quant aux habitants des quartiers précaires qui contribuent à l’étalement sans fin des grandes villes du pays, les travailleurs pauvres des villes et villages, ils seront les premiers bénéficiaires des infrastructures en eau potable, grâce aux pompes villageoises, aux châteaux d’eau…»

Me Gilbert Ouédraogo, l’avocat de l’eau

Me Naamdouda Gilbert Noël Ouédraogo, défenseur de la veuve et de l’orphelin, mettra, sans doute, sa formation d’avocat pour faire respecter les droits des populations, dont le droit à l’eau potable. En attendant, il fait des propositions pour que l’accès à l’eau potable devienne une réalité pour tous.  Ainsi, il s’attèlera à:

  • Commanditer avec beaucoup de rigueur, des études pour la connaissance des ressources en eau disponible.
  • Opérationnaliser l’approche Systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-village (SAEP-MV), ce qui permettra de prendre la ressource en eau, là où elle est disponible et desservir plusieurs zones, dont celles déficitaires.
  • Renforcer les infrastructures hydrauliques par la promotion de la gestion déléguée de l’approvisionnement en eau potable en impliquant davantage le secteur privé.
  • Travailler à réduire l’iniquité entre le milieu urbain et le milieu rural, en matière de coût de l’eau.
  • Réorganiser le secteur de l’approvisionnement en eau potable, en allant des avant-projets, jusqu’aux exécutions des ouvrages.
  • Concrétiser la décentralisation du secteur et améliorer la gouvernance locale de l’eau.
  • Lancer le projet 5000 forages en 5 ans.
  • Réhabiliter les forages non fonctionnels et impliquer les communautés dans la gestion et l’entretien des forages.
  • Renforcer les financements dans le domaine de l’eau par la promotion des investisseurs privés nationaux.

L’eau dans les 150 engagements de Isaac Zida

Yacouba Isaac Zida a été président et Premier ministre sous la transition politique qui a fait suite à l’insurrection populaire née de la soif de justice des Burkinabè. Il mesure, sans doute, assez bien, les nombreuses attentes de ses compatriotes, notamment en matière d’accès à l’eau potable. Raison pour laquelle, dans les «150 engagements pour un Burkina meilleur» qu’il a pris dans l’optique de la présidentielle du 22 novembre prochain, le candidat entend apporter sa touche personnelle dans le but d’améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de ses compatriotes. «YIZ» jouera, s’il est élu, sur plusieurs leviers pour que l’eau coule, et bien, pour tous les Burkinabè. C’est dans ce sens qu’il compte:

  • Assurer une plus grande exploitation des eaux souterraines comme alternative avec les adductions d’eau potables et les forages, solaires ou manuels.
  • Mobiliser les ressources humaines et financières pour faire de la maîtrise de l’eau une priorité stratégique de première importance, afin de réduire la vulnérabilité structurelle des populations.
  • Renforcer l’adéquation entre les mécanismes de gestion nécessaires à la fourniture du service et les capacités des autorités responsables de ce service.
  • Opérationnaliser et simplifier davantage les mécanismes d’imposition et de redevance communale, etc.

Tahirou Barry pour l’accès équitable à l’eau potable

L’accès équitable et durable à l’eau potable et assainissement permettra d’améliorer la qualité de vie des populations, se convainc le candidat Tahirou Barry. Partant du constat qu’en 2015, le taux d’accès à l’eau potable était de 65% en milieu rural et de 90% en milieu urbain et que l’accès à l’assainissement en milieu rural, se situait à 12% en milieu rural et à 34.2% en milieu urbain, le présidentiable est parvenu à la conclusion que 10 millions de Burkinabè n’ont pas de latrines ou font leur besoin en plein air, et qu’en outre, les ouvrages hydrauliques existant sont abandonnés par la population en cas de panne en raison d’absence de mécanismes adaptés de gestion.

«Tout cela a pour conséquence l’augmentation de la mortalité surtout infantile due aux diarrhées, paludisme, rougeole, etc.», affirme Tahirou Barry qui, se basant sur une étude de la banque mondiale en 2012, ajoute que ce déficit engendre une perte annuelle de 86 milliards en raison des maladies et décès avec les pertes de productivités qui en découlent. De ce fait, pour atteindre l’objectif d’un meilleur accès à l’eau potable et à l’assainissement, Tahirou Barry, dans son programme, s’engage à mettre en place, un schéma directeur d’assainissement dans toutes les communes et un vaste programme de construction des ouvrages d’eau potable visant à:

  • -doter chaque localité d’ouvrages d’eau potable (forages et puits équipés de pompe
  • -favoriser et mettre en œuvre dans chaque commune, des schémas directeurs d’assainissement
  • -assurer la fonctionnalité des ouvrages à travers la mise en place des comités de gestion efficaces
  • -réaliser 400 000 latrines hygiéniques familiales et publiques à travers tout le pays.

Eddie Komboïgo pour relever le défi de l’eau et de l’assainissement

«Avec Eddie Komboïgo pour un Burkina nouveau», annonce en première de couverture, le programme du candidat du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, opposition), à la présidentielle, axé sur un faisceau de propositions qui ont, toutes, pour but, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des Burkinabè. Le huitième des 21 défis consistera à, «assurer, d’une part, une plus grande disponibilité et accessibilité de la ressource en eau pour satisfaire à la fois aux besoins de consommation des populations et de productions économiques, et, d’autre part, la mise en œuvre effective de la politique nationale d’assainissement.»

Tout est donc dit et bien dit. Même si le volume écrit des promesses et engagements varie d’un candidat à l’autre, les électeurs ont des éléments pour juger et se prononcer objectivement. Et quel que soit le candidat élu, au profit des des populations, il aura l’obligation politique et morale de les soulager de la misère quotidienne de la corvée d’eau et du manque d’assainissement dans les villes, et encore plus dans les zones rurales.

Par Wakat Séra

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