Accueil A la une G5 Sahel: et si on allait à Inates au lieu de Pau?

G5 Sahel: et si on allait à Inates au lieu de Pau?

Emmanuel Macron entouré des chefs d'Etat du G5 Sahel (Ph. d'archives- Reuters)

Inates, ville martyr. Le mot est loin d’être exagéré, suite à cette seconde attaque terroriste et particulièrement meurtrière qui vient de nouveau endeuiller l’armée nigérienne et tout un pays. 71 militaires tués, des blessés et des portés disparus. Le bilan est lourd et même très lourd. Et si à cette comptabilité macabre s’ajoutent les 18 soldats tués dans une autre attaque djihadiste contre cette même localité frontalière du Mali, en juillet dernier, des mois entiers de deuil ne suffiraient pas pour pleurer ces nouvelles victimes de l’invincible l’hydre terroriste. Deux fois en moins de six mois, Inates est encore frappée, faisant plus que jamais de cette région sahélo-saharienne, un cimetière à ciel ouvert, où les terroristes sévissent presqu’en toute impunité, traversant comme couteau dans du beurre, les frontières aussi poreuses que du gruyère. Ce véritable film d’horreur que le Burkina Faso, le Niger, le Mali, le Tchad et dans une moindre mesure la Mauritanie, vivent au quotidien, semble du reste être sans fin. Comme en terrain conquis, les terroristes paralysent pratiquement toute vie dans certaines localités où ils se sont comme sanctuarisés et rendent de plus en plus, infréquentables, tous ces pays du Sahel africain, jadis destinations incontournables du tourisme sur le continent. Certes, les armées nationales, avec les moyens limités et le courage parfois suicidaire qui sont les leurs, et surtout avec l’aide des forces étrangères dont Barkhane, essaient de résister, mais la réaction est très timide pour venir à bout de djihadistes toujours assoiffés de sang.

En toute logique, pendant que les Nigériens font le deuil de leurs soldats tombés les armes à la main, le président français qui avait invité -d’autres disent convoqué- les chefs de l’Etat du G5 Sahel le 16 décembre prochain pour clarifier leur position vis-à-vis de la présence de la force Barkhane au Sahel, a reporté pour début 2020, cette rencontre. La réunion qui a pris le nom plus courtois de sommet de Pau se tiendra-t-il toujours dans cette ville abritant le régiment d’où proviennent la plupart des 13 militaires français morts au Mali, le 25 novembre dernier dans une collision d’hélicoptères? Sans nier le fait qu’un mort est toujours de trop et que la mort ne distingue pas de couleur de peau, symbole pour symbole, pourquoi ne pas tenir maintenant cette réunion, dont l’annonce continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive, dans la ville martyr de Inates? Ce ne serait que justice rendue à ces centaines de soldats, français ou africains, morts dans les sables chauds du Sahel, dans la traque sans fin aux terroristes. Si tant est que cette lutte engagée contre le terrorisme par la France est réellement sous-tendue par la défense des territoires et des populations malien, tchadien, burkinabè et nigérien, il serait plus judicieux, à notre humble avis de journaliste lambda, que les «clarifications» se fassent sur les terres sahéliennes rougies du sang des vaillants militaires, qu’ils soient africains ou français. Du reste, cette formule de tenir la rencontre dans la zone dite des «trois frontières» par exemple, rabattrait sans doute le caquet aux contempteurs de cette France qui porte le lourd et indélébile de puissance colonisatrice de plusieurs pays africains.

Il est donc temps de poser les bonnes questions pour trouver les bonnes réponses et neutraliser la bonne cible. A ce titre, il importe que ceux qui sont encore épargnés par la hargne quotidienne des terroristes et n’ont pas encore fui leurs maisons sans avoir eu l’occasion d’enterrer leurs morts, évitent, du fond de leur canapé de salon, de jeter de l’huile sur le feu. Il faut sauver nos populations en détresse et discuter, sans passion ni rancœur puérile d’une autre époque, de la bonne stratégie contre le mal terroriste.

Par Wakat Séra

 

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