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Guinée: Alpha Condé, des honneurs à l’horreur!

Le président guinéen Alpha Condé (Ph. afriqueconfidentielle.com)

«A partir de maintenant, je m’engage (…)». Par cette déclaration, Alpha Condé lève toute équivoque, s’il en existait encore, sur le périlleux troisième mandat vers lequel il fonce, comme un de ces camions-brousse sans frein, qui pullulent sur les pistes de latérite qui relient les villages africains. Il a même déposé son dossier de candidature ce jeudi 3 août, pendant que la contestation à ce troisième mandat de tous les dangers, fourbit ses «armes». Tout le monde voyait venir l’ancien opposant, à pas de «syli», éléphant en soussou, langue parlée par cette grande population mandingue, installée sur l’Afrique de l’ouest et principalement en Guinée. Mais le vieux président, 82 ans, croyait se cacher derrière un référendum et une nouvelle constitution, tous contestés en son temps, pour faire passer sa forfaiture. Comme on le dit dans les rues d’Abidjan, là où il croit se cacher, «c’est là-bas nous on dort». Comme au temps des vieux timoniers, Alpha Condé a fait pleurer ses militants et ses zélateurs, hommes et femmes, jeunes et personnes âgées, pour lui demander d’aller à un mandat de plus, sous le prétexte que les deux premiers ont été gâchés par Ebola et le Covid-19.

Mieux, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc En Ciel-pouvoir), veut comme gommer de l’histoire politique de la Guinée, les deux quinquennats de l’homme fort de Conakry, estimant qu’il briguera, avec l’avènement de la nouvelle constitution, le premier mandat de la quatrième République. Si chaque crise ou toute maladie qui surviennent au cours du mandat d’un dirigeant doivent conduire à prolonger son règne, Alpha Condé peut espérer mourir au pouvoir, surtout que, selon l’Organisation mondiale de la santé, le monde vivra éternellement avec le Covid-19. Faut-il en rire ou en pleurer?

Ainsi, les manifestations de l’opposition et les nombreux morts et blessés, sans oublier les dégâts matériels sur les édifices de l’administration, n’ont pu refréner l’ardeur de Alpha Condé, déterminé à aller au troisième mandat. Il a même mis ses sbires à la gâchette facile en alerte, pour mâter toute résistance, car, la volonté du dieu Alpha doit être faite. Pas plus tard que ce mardi 1er août, des patriarches en ont eu pour leur compte, eux qui ont osé déclarer être contre le troisième mandat qui ne manquera pas d’exacerber la crise socio-politique qui endeuille depuis des décennies la Guinée et empêche tout développement de ce pays pourtant doté de richesses naturelles insoupçonnables. De cette malédiction qui la suit depuis des lustres, la Guinée n’arrivera donc jamais à se défaire? Pourtant, l’espoir était bien là, le jour où, l’opposant historique qui était devenu le souffre-douleur des régimes politiques qui se sont succédé en Guinée, se retrouva au pouvoir, après la prison et l’exil, dont il fut sauvé par le fort soutien de tous les hommes et de toutes les organisations, épris de paix et de justice.

«Libérez Alpha Condé», avait même chanté le célèbre reggae-maker ivoirien, Tiken Jah Fakoly. Alpha Condé a-t-il la mémoire si courte pour oublier son combat pour l’alternance et surtout la démocratie, au nom desquels il a souffert le martyre? La honte, la déception, le désenchantement, la désillusion, etc. Aucun de ces mots, et leurs synonymes, ne sont assez forts pour exprimer le sentiment du peuple guinéen et des Africains qui avaient placé leur espoir en Alpha Condé pour servir de déclencheur au processus démocratique, le vrai, en Guinée.

Et même si, comme à l’accoutumée, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, la CEDEAO n’attend que le pire pour jouer au médecin après la mort et prendre des sanctions anachroniques, le mouvement FNDC, qui rassemble opposants et leaders de la société civile, soldats de la démocratie, lui, affûte déjà ses armes, pour dire, une fois de plus, NON à ce troisième mandat anticonstitutionnel et confligène à souhait. Comme Alassane Ouattara qui opte, envers et contre tous, pour ce mandat de trop qui n’a jamais porté bonheur à ceux qui s’y frottent, Alpha Condé se taille un costume de messie de la Guinée, de président à vie. Deux hommes au passé presqu’identique, qui, après avoir connu la traversée du désert propre aux opposants en Afrique, ont goûté aux délices du pouvoir et s’y accrochent, finalement, comme des sangsues. Dommage! Le film pourrait bien avoir pour titre: Alpha Condé et Alassane Ouattara, des honneurs à l’horreur!

Par Wakat Séra 

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