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Afrique du Sud : la tragédie du roi Zuma

Jacob Zuma vit des moments bien difficiles (Ph. rfi.fr)

Jacob Zuma lâché de toutes parts. Même la Cosatu, la puissante confédération syndicale sud-africaine vient de décréter une fatwa contre le « roi zulu » qui, d’ailleurs, a perdu de sa superbe depuis bien longtemps. C’est sans ménagement que, embouchant la même trompette que le Parti communiste (PC) et d’autres alliés de l’ANC, le Congrès des syndicats sud-africains qui a été de toutes les luttes au pays de Nelson Mandela, dès sa création en 1985, exige la démission du président sud-africain. Si jusque-là il arrivait tant bien que mal à s’accommoder des dérives et autres décisions prises en solo par le successeur de Thabo Mbeki, l’incontournable Congress of South African Trade Unions, n’a pas digéré le dernier remaniement ministériel de Zuma, notamment la façon cavalière dont celui-ci a éjecté de l’exécutif,  le détenteur du maroquin des finances, Pravin Gordhan.

Une fois de plus, Jacob Zuma a fait la preuve de son impopularité qui n’a d’égale que l’ampleur des impairs accumulés par le champion du Congrès national africain. L’étau se resserre de plus en plus autour du chef de l’Etat sud-africain, très contesté jusque dans sa propre famille politique. C’est le moins qu’on puisse dire, les Combattants pour la liberté économique (EFF) du bouillant Julius Malema, faisant corps avec le reste de l’opposition pour réclamer, sans autre forme de procès, sa tête.

Nul ne pouvant se prévaloir de ses propres turpitudes, Jacob Zuma, collectionneur de frasques devant l’Eternel est à l’origine de ses déboires. Empêtré dans plusieurs scandales dont celui retentissant de la rénovation de sa résidence et cette affaire de trafic d’influence citée par un rapport, l’homme semble pourtant ne pas voir le monde s’écrouler autour de lui. Corruption, clientélisme, et bien d’autres légèretés dans la gestion du pouvoir d’Etat ont fini par dénuder le roi qui est acculé de toutes parts par les étudiants, les opposants politiques classiques, tout comme ceux sortis des propres rangs de l’ANC. La pression est d’autant plus forte sur Zuma, que celui-ci est en train de vendanger l’aura du mythique ANC de l’immense Nelson Mandela, symbole de la résistance noire en Afrique du sud et père de la nation arc-en-ciel. L’héritage semble trop lourd à porter par Jacob Zuma dont l’emprise politique se réduit comme peau de chagrin pendant que les radicaux de l’EFF et les libéraux de Democratic Alliance (DA), parti du centre droit  confortent leur influence sur la vie socio-politique sud-africaine. Et comme si la saignée n’était pas assez importante, les syndicats qui constituaient des alliés sûrs de Zuma l’abandonnent.

Jacob Zuma est-il celui par qui viendra la fin du mythe de l’ANC ? Tout porte à le croire, car c’est bien sous le règne de l’ancien guérillero zulu, que l’ANC post-apartheid perdra des plumes, jusqu’au duvet, dans des élections municipales d’août 2016. Le parti a été contraint de céder de grands centres économiques comme Johannesburg, Pretoria et Nelson Mandela Bay. Grand manipulateur et adepte jusqu’aux ongles du « diviser pour régner », Zuma a pu continuer à maintenir autour de lui, la grande unité de l’ANC. Offense s’il en existait encore contre l’esprit arc-en-ciel de la nation, c’est même sous Zuma que les pires violences sont lancées contre les étrangers noirs,  dans une Afrique du Sud qui a bénéficié de cette solidarité légendaire mondiale, surtout des communautés noires pour se soustraire au joug de l’apartheid.

En tout cas, le successeur de Jacob Zuma aura fort à faire pour recoller les morceaux et redonner à l’ANC son lustre d’antan.

Par Wakat Séra

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