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La marmite ivoirienne bouillonne, la tempête de la CEDEAO dans le verre malien!

Des chefs de l'Etat de la CEDEAO tout sourire (Photo d'archives)

Interdiction de toutes les manifestations sur la voie publique jusqu’au 15 septembre. La mesure, pour ne pas dire la censure, vient du gouvernement de Alassane Ouattara, dont la décision de compétir pour sa propre succession provoque de vives tensions dans le pays de Félix Houphouët Boigny, l’homme de paix. Pourquoi la rue, propriété de personne mais de tous, est-elle visée, alors qu’elle constitue la seule alternative d’expression pour le peuple, quand toutes les autres voies lui sont hermétiquement fermées? Pourquoi autoriser les rassemblements dans les enceintes closes, à moins que cela ne soit simplement le seul moyen pour permettre au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) de réaliser sa démonstration de force, par le biais de l’investiture de son candidat contesté, prévue pour ce samedi 22 septembre, dans le grand stade Félix Houphouët Boigny, que le parti au pouvoir remplira, sans doute, avec les moyens de l’Etat? Pourquoi le deadline du 15 septembre? Est-ce à dire qu’après cette date, la contestation se sera émoussée ou que les dégâts sur les biens publics, prétexte dont se sert le pouvoir, ne peuvent plus se produire? Le pouvoir doit donc en savoir beaucoup plus sur les auteurs et fauteurs de troubles.

En tout cas, les femmes ivoiriennes, sous la bannière de l’opposition, ne sont visiblement pas sur la même longueur d’onde que le pouvoir qui veut étouffer la contestation, certain qu’elle ferait peu ou prou de bruit dans des endroits fermés. Les femmes maintiennent leur marche prévue pour ce vendredi 21 août, pour dire non au troisième mandat anticonstitutionnel de ADO, mandat auquel lui-même avait renoncé le 5 mars dernier, avant de renier sa parole, le 6 août, veille de la fête de l’indépendance de son pays. Que va-t-il donc se passer si les femmes attachent le pagne pour affronter les forces de l’ordre que ne manquera pas de déployer le pouvoir, pour faire respecter son mot d’ordre de bâillonnement du peuple? Et comment marcher dans un lieu clos? Une nouvelle trouvaille bien étrange de «ADO la solution» qui est devenu, depuis belle lurette, «ADO le problème».

Le peuple a bien le droit de manifester, surtout quand c’est une marche pacifique comme l’ont annoncé les femmes. Il revient à ceux qui gouvernent de prendre les dispositions adéquates pour faire régner l’ordre. La preuve est donnée au quotidien dans les Etats de droit, et ce n’est pas la police française qui dira le contraire, elle qui devait contenir chaque samedi la détermination des Gilets Jaunes, au sein desquels se glissent régulièrement des casseurs.

Cette vive protestation de populations, contre le troisième mandat de la deuxième République interdit par la Constitution, ou le premier de la troisième République, autorisé par la même Constitution, selon la lecture intéressée qu’en fait la chapelle RHDP, n’augure rien d’autre que le chaos qui porterait la griffe d’une seule personne qui a décidé d’aller contre la Loi fondamentale de son pays et de manger son chapeau! Et c’est entre deux nuits blanches que lui impose la situation de son pays qui est guetté par le remake de la crise post-électorale meurtrière de 2010-2011, que Alassane Ouattara, aux côtés de ses pairs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) s’échine, à ramener son homologue, Ibrahim Boubacar, au pouvoir. Le Malien, retenu à Kati par des mutins depuis le mardi 18 août et qui a démissionné dans une déclaration qu’il a, lui-même lue à la télévision nationale, était également très contesté par une partie de son peuple qui l’appelait à «dégager», sans autre forme de procès.

Faisant preuve d’un zèle singulier dans son rôle de condamner les coups de force contre les membres du syndicat des chefs de l’Etat qu’il constitue, la CEDEAO, faisant surtout fi de toutes les misères vécues par le peuple malien, est vent debout contre l’acte des militaires et œuvre par les sanctions les plus draconiennes pour réinstaller le «démissionnaire» sur son trône. Nous en sommes convaincu, s’il faut lutter avec la dernière énergie contre la prise de pouvoir par les armes, il ne faudrait pas non plus encourager, ce que fait pourtant la CEDEAO, la mal gouvernance, la corruption, le népotisme, en somme l’incurie des dirigeants, fussent-ils sortis des urnes.

En réalité, nombre de ces chefs de l’Etat de la CEDEAO, défendent moins le processus démocratique que leurs fauteuils qu’ils veulent garder à vie. Raison pour laquelle ils tiennent à ériger les balises nécessaires pour s’éviter le sort de IBK. Question: dans quel langage se parlent le Nigérien, Mahamadou Issoufou, qui a en horreur le troisième mandat et l’Ivoirien, Alassane Ouattara qui a en est devenu un fieffé adepte? Ainsi va une Afrique de l’ouest dont la plupart des pays, attendent, cette année, des élections qui s’annoncent bien mouvementées.

Par Wakat Séra

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