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Lutte contre le terrorisme: «Sankara peut être un recours précieux» (Dr Ra-Sablga Ouédraogo)

Le président Thomas Sankara (DR)

Ceci est une tribune du Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo économiste-chercheur burkinabè et Directeur exécutif FREE Afrik, portant sur « les cinq leçons de Thomas Sankara pour faire face au terrorisme ». Pour lui «Sankara peut être un recours précieux» dans cette lutte.

«Au pire moment de notre histoire, nous avons besoin, plus que jamais, du plus grand homme de notre histoire pour «fortifier notre peuple courageux», à la «conquête de la liberté et du progrès». Dans la tempête, Sankara peut être un recours précieux contre l’obscurantisme et l’insécurité terroriste et contre l’apathie générale. De lui, nous pouvons apprendre plusieurs choses qui nous manquent cruellement aujourd’hui, plusieurs leçons pour nous mettre à la hauteur du défi historique, à commencer par le sens de la priorité et de l’urgence.

Leçon 1 : le sens de la priorité

« Le champagne pour quelques-uns ou l’eau potable pour tous ». Cette formule de Sankara illustre le sens des priorités d’un homme attaché à la cause des majorités défavorisées. 35 ans après son assassinat, parce que trop de champagne a coulé dans les gorges des élites gouvernantes, l’eau potable demeure un défi quotidien complexifié par l’insécurité terroriste.

En pleine tempête terroriste, il est très difficile de lire la priorité nationale dans la gestion courante des affaires publiques. Les relevés des Conseils des ministres restent insipides, pendant que nous perdons contrôle sur des pans entiers de notre territoire. En 2016, l’étude annuelle de l’Institut FREE Afrik sur la situation nationale s’intitulait « prioriser les priorités ». Nous n’avons cessé depuis lors de rappeler que quand tout est prioritaire, c’est que rien ne l’est. Hélas, la concurrence des plateformes secondaires a continué, elle est du reste à l’aube d’un nouveau cycle. J’ai récemment consulté une base de données sur les achats d’équipements militaires du Burkina Faso durant les années passées. En dépit de tout ce qui est dit, on est frappé par la modestie des achats d’armements qui n’ont, du reste, été réellement engagés que trois ans après les premières attaques ! L’augmentation du salaire des ministres et sa justification pathétique et ubuesque par la cherté de la vie, par un pouvoir de Transition à peine installé, l’anti-Sankara par excellence, montrent où sont les priorités.

Sankara peut nous aider à cerner la Priorité et à nous y dédier. Mais hélas, il est plutôt entrepris de piétiner sa mémoire et d’insulter sa famille. La grande diversion et division nationale, créée par l’agenda du retour frauduleux de Blaise Compaoré, montre clairement que nous ne savons pas nous concentrer sur la priorité des priorités. Je sais que beaucoup de nos compatriotes, de très bonne foi, croient plutôt que cela va servir l’objectif de la sécurité. Ils se trompent de thérapie parce qu’ils se trompent de diagnostic. Le retournement de la situation est à prévoir dans les mois à venir. Quand nous allons nous rendre à l’évidence que le retour de Compaoré n’empêchera pas la montée de l’insécurité, à moins de changer radicalement de politique, la désillusion sera au rendez-vous et le retour du bâton sera violent. Avis à ceux qui ont matraqué la justice.

Le sens des priorités n’est pas seulement opposable aux gouvernants. Il fait défaut à plusieurs acteurs stratégiques. L’agenda politicien actuel qui est au fond une guerre de (re)positionnement pour s’offrir les meilleures chances d’être à la table, en dépit des professions de bonne foi et des déclarations cosmétiques, n’a pas la sécurité et la gestion du drame humanitaire au cœur de ses préoccupations. Il est par ailleurs effarant de voir l’apathie des milieux universitaires face au terrorisme. En conférence il y a quelques semaines à l’université de Koudougou, j’ai fait part à un ami de mon inquiétude : l’université va rester dans son ronronnement à répéter les vieilles antiennes inopérantes quand des étudiants vont commencer à rejoindre les rangs terroristes ; seul le bruit des rafales terroristes va réveiller le monde universitaire, ce sera hélas trop tard. J’espère que l’histoire me donnera tort.

Leçon 2 : le sens de l’urgence

Dans un témoignage sur son ami Sankara, le président Rawlings parle de son impatience face à la misère : la misère des populations lui était insupportable et en conséquence il était constamment éveillé par le sentiment d’urgence. Tous ses collaborateurs témoignent de la grande pression que ce bourreau du travail mettait à tout le monde dans la gestion des affaires publiques. Ce sentiment d’urgence nous manque, cruellement. Il découle du manque de sens des priorités. Ce qui n’est pas perçu comme prioritaire ne peut être urgent.

Depuis sept ans que l’insécurité terroriste monte, nous ne semblons pas encore en voir l’urgence. Mon appel à l’urgence, lancé à l’occasion d’un colloque en juin 2018 à Bobo-Dioulasso a été traité de catastrophiste par une haute autorité qui, promue ministre de la Défense quelques semaines après, est restée impuissante face à la catastrophe qui s’incrustait sous ses yeux.

Depuis le début de la Transition, rien ne semble avoir arrêté l’inertie et l’indolence qui caractérisaient le régime Kaboré. La débauche d’énergie sur des chantiers secondaires est peut-être ce qui a changé.

De même, la perturbation des liaisons entre les villes par des blocages de convois, des attaques et des explosions de ponts, etc. est une composante de la stratégie terroriste en cours d’exécution, sous nos yeux : une urgence triviale et vitale. Mais hélas, il semble que non.

En somme, l’absence du sens de l’urgence explique le paradoxe de la quasi-inertie pendant que le ciel nous tombe sur la tête. Les équipements arrivent au compte-goutte, les effectifs militaires et sécuritaires sont étoffés à pas bloqués, l’économie n’est pas mise au service du défi historique, les forces vives ne sont pas mobilisées, la jeunesse est abandonnée, une partie a ses revendications d’un sauveur putatif russe, bref, d’immenses ressources oisives sommeillent pendant que la Nation se meurt, car ce sens de la priorité et de l’urgence nous manque, cruellement. La capacité de mobilisation populaire également.

Leçon 3 : la capacité à nous mobiliser en comptant sur nos propres forces

Les années Sankara ont été incontestablement celles des plus grandes mobilisations populaires pour la construction nationale. Les principaux résultats de Sankara sont dus à cet enthousiasme que lui et ses camarades ont su susciter chez les masses populaires acquises à l’idée de compter sur ses propres forces. Elles ont en conséquence rejoint le chantier national et apporté leurs pierres pour les cordons pierreux contre l’érosion, pour les cités de la Révolution, pour la salubrité publique, etc. Il semble que la Transition tente de remettre au goût du jour cette mobilisation pour la salubrité publique. Hélas, on ne peut pas engager les majorités dans l’œuvre de salubrité publique si on ne sait pas convaincre qu’on est soi-même propre, ou à tout le moins qu’on en a la préoccupation. C’est là une autre leçon à tirer de Sankara : l’exemplarité pour donner le la de la mobilisation. Avant d’en venir à cette autre leçon, ajoutons quelques lignes sur la mobilisation populaire.

Nous sommes 30 millions de Burkinabè, 20 à l’intérieur et une diaspora de 10. Une moitié de notre pays échappe à la souveraineté de l’Etat, le pays est tenu en respect par quelques milliers de bandes armées. Face à elles, nous nous confions à une armée mal équipée et démoralisée et à ses supplétifs des périphéries. Comme je l’ai écrit plus haut, d’énormes énergies restent oisives pendant que le pays dérive.

Le débat public est largement dominé par le choix, trop souvent posé comme binaire, du partenaire pour nous libérer : la Russie ou la France ? La Russie contre la France. La seconde focalise nos énergies et nos cris d’orfraie contre son impérialisme ; la première cristallise des rêves d’une puissance dont l’intervention à elle seule suffirait à rétablir la sécurité. Sankara nous avait pourtant mis en garde contre l’idée des bailleurs de fonds, il n’existe pas des « hommes dont le bâillement suffit à insuffler le développement », encore moins la sécurité. Il faut apprendre la leçon : on ne sécurise pas, on se sécurise ; et il n’y a point de salut en dehors de nos engagements propres, bien qu’ils aient besoin de partenariats stratégiquement bien tissés pour bâtir la sécurité.

Apprendre de Sankara c’est aussi apprendre de ses erreurs. La mobilisation populaire sous la Révolution n’a pas donné que de belles choses. Les Comités de défense de la révolution (CDR) ont occasionné d’importants problèmes et leurs excès ont causé beaucoup de tort à la Révolution. Dans bien des cas, les CDR n’étaient pas les plus vertueux de leurs quartiers ou de leurs villages. La délation, le trafic d’influence et des injustices importantes étaient à leur actif. Sankara l’a lui-même reconnu. Ce rappel nous met en garde contre l’aventurisme, car des excès de cette nature peuvent être largement contre-productifs et alimenter l’action terroriste. Mobiliser toute la nation et obtenir l’élan populaire contre le terrorisme ne veut pas dire ouvrir la voie à toutes sortes d’aventures. L’encadrement de la mobilisation populaire, ainsi que des garde-fous contre les dérives sont indispensables. Bien que de braves civils défendent au quotidien, héroïquement, la terre de nos ancêtres, on a vu les conséquences des excès des koglweogo, on assiste aussi à des dérives chez des VDP.

La capacité de mobilisation elle-même est en lien avec l’exemplarité des dirigeants qui par ce moyen peuvent gagner la confiance des populations. Cela m’amène à la quatrième leçon.

Leçon 4 : l’exemplarité pour donner le la de la mobilisation de la Nation

La caractéristique la plus connue du style du gouvernement de Sankara est l’exemplarité qu’il a su mettre au sommet de l’Etat : la bonne gouvernance avant l’heure, la vertu au pouvoir.

Nous vivons une ère de crise de confiance entre les gouvernants et les populations, pas seulement en Afrique, un peu partout dans le monde, certes à des degrés différents. Chez nous, le niveau de défiance vis-à-vis de l’autorité politique est si grand qu’il est incompatible avec la mobilisation adéquate contre le terrorisme. Même quand ils sont de bonne foi, les gouvernants bénéficient rarement du soutien d’une population blasée, désabusée et désormais incrédule. A fortiori, quand les gouvernants sont les adeptes du dieu-argent, il leur est légitimement opposé la défiance populaire. Pour une large part, cette défiance est justifiée. L’enrichissement illicite des dirigeants et des hauts fonctionnaires est tellement risible qu’il jette un discrédit sur la justice qui elle seule semble ne pas pouvoir/vouloir le saisir.

En moins de six mois, les autorités de la Transition n’ont pas pu conquérir un véritable soutien populaire par des actions concrètes montrant leur bonne foi et leur exemplarité. Bien au contraire, le timide soutien tacite et la bienveillance dont elles pouvaient se prévaloir aux premières heures de leur prise de pouvoir se sont dissipés comme de la farine dans l’air. Elles n’ont montré aucun acte symbolique de taille, bien au contraire, l’augmentation de leur rémunération, l’anti-Sankara par excellence ; à titre d’illustration, le piétinement de la décision de justice et le maintien d’un train de vie de l’Etat pourtant décrié ont convaincu qu’elles n’entendaient pas incarner l’exemple.

Le recours à Sankara peut être ici précieux. Mais les princes du jour le peuvent-ils encore ? En effet, en la matière, le doute ne bénéfice pas à l’accusé, non, a priori c’est plutôt la certitude que les gouvernants sont cupides et centrés sur des intérêts égoïstes. Il est extrêmement difficile de se convaincre du contraire, en particulier quand les récriminations populaires sont pour l’essentiel vraies. Les personnes réellement propres dans ce cas, et, quoique minoritaires, elles existent, sont les plus à plaindre. Pour les autres, des stratégies populistes peuvent temporairement soigner l’image, mais le vernis ne tient pas longtemps.

L’exemplarité est nécessaire pour fonder une légitimité et une crédibilité populaires au service de la prise de décisions difficiles, tant dans le pays que vis-à-vis de l’extérieur, indispensables pour la conquête de la sécurité.

Je l’ai déjà dit ailleurs : c’est par sa vertu que Sankara s’est imposé comme l’idole de la jeunesse burkinabè et africaine. Ce n’est ni par sa tenue militaire ni par un verbiage creux sans lien avec ses actes. Si nos dirigeants veulent réussir la mobilisation indispensable pour faire face au péril, il leur faut donner autre chose que l’argent sale de la corruption ; car contrairement à une pensée populaire, l’argent n’est pas le nerf de cette guerre ; l’argent peut, peut-être, organiser des meetings payés, mais pas la mobilisation réelle pour une guerre, pour une guerre de libération nationale.

La leçon de gouvernance de Sankara est celle de l’exemplarité au pouvoir, de l’intégrité et du respect du bien public, de l’engagement farouche contre la gabegie et la corruption. Les semaines à venir nous éclaireront sur l’engagement de la Transition contre la corruption. Mais d’ores et déjà, on peut être déjà sceptique. En effet, le faux débat ouvert par les autorités sur la justice contre la nation, un faux-dilemme typique dirait-on dans un cours d’auto-défense intellectuel comme celui que j’enseigne, n’augure rien de prometteur. Quelle idée que d’opposer la Nation à la justice ? Comme si Blaise était la Nation : la Nation est au-dessus de la justice ; Blaise est mis au-dessus de la justice ; donc Blaise est la Nation ; à moins qu’il soit plutôt le sommet du sommet de la pyramide des valeurs. Le faux-dilemme justice contre la Nation, est, dans bien des cas, un relativisme éthique qui cache en réalité une morale douteuse ou une absence de morale. Pourtant la lutte contre la corruption requiert un minimum d’éthique à la base. A moins qu’on nous serve une justice à deux vitesses : celle accommodante vis-à-vis des copains et des nouveaux amis ; celle cavalière contre les ennemis. Que les sceptiques comme moi patientent, juste quelques semaines.

Leçon 5 : une économie de guerre fondée sur la praxis de Sankara

La dernière leçon que je retiens de Sankara contre le terrorisme est moins triviale parce qu’une vision exclusivement militariste domine notre compréhension de cette guerre. Le feu des canons est indispensable pour tenir l’ennemi en respect et il faut monter, réellement, en puissance de feu. Mais une guerre de cette nature ne se gagne pas seulement avec des armes. A en croire les grands théoriciens et les grands chefs de guerre qui ont affronté dans l’histoire des situations de cette nature, la composante purement militaire et sécuritaire constitue le cinquième de l’action victorieuse. Dans la panoplie des réponses, l’économie de guerre est centrale.

L’économie de guerre en un réaménagement radical des activités productives et commerciales pour servir les objectifs de la guerre. Elle nous est indispensable pour : i) contenir les impacts économiques désastreux et les conséquences humanitaires dramatiques de cette guerre ; ii) appuyer l’effort de guerre ; et iii) desserrer l’économie politique de la conflictualité. Sans jamais avoir organisé une vraie économie de guerre, la praxis de Sankara nous est tout de même utile pour ce chantier.

La crise alimentaire aggravée par l’insécurité se poursuivra car les réponses humanitaires fondées sur l’aide extérieure, comme le dirait Sankara, « nous bloquent et installent en nous des mentalités d’assistés ». Un enjeu majeur est de remettre en production les centaines de milliers d’agriculteurs, d’éleveurs et d’artisans qui ont fui leurs villages. J’ai récemment visité une pisciculture tenue par un gendarme. J’y ai appris qu’une espèce de poisson qui grandit plus vite que la moyenne avait été introduite par Sankara, en provenance de Madagascar, pour soutenir la sécurité alimentaire. C’est l’un des exemples de ce qu’il faut faire : recourir à des espèces, des variétés, des technologies et des pratiques innovantes pour accroître la productivité agro-pastorale au service de la résilience socio-économique et de la souveraineté alimentaire. Cela est également indispensable pour desserrer la concurrence de plus en plus âpre pour des ressources de plus en plus rares qui alimentent, en sourdine, le conflit, en particulier communautaire.

Plus que jamais, « produire ce que nous consommons, consommer ce que nous produisons » est une sagesse qui doit nous gouverner. Que dirait Sankara de cette diplomatie panafricaine qui quémande les grains de blé ukrainiens ?

Sankara avait déjà commencé à faire confectionner les tenues militaires à partir de la production des tisserands burkinabè. Il nous faut reprendre cela pour construire une économie de guerre qui créera par ailleurs des liens vertueux entre l’armée et son peuple. Les camps militaires peuvent être désormais nourris par les productions de déplacés internes organisés avec le soutien de technologies améliorées qui permettent d’accroître les rendements ; car de cette guerre, nous devons apprendre à produire plus sur des lopins de terre rétrécis.

Par ailleurs, l’auto-ajustement économique et financier sous Sankara, précédé du reste par la période de rigueur financière sous Lamizana-Garango, peut nous inspirer une gestion plus stricte et plus vertueuse de nos finances publiques au service de l’effort de guerre et de la prise en charge du drame humanitaire.

Bref, cette guerre comporte une opportunité de mise aux normes de nos finances publiques et de notre économie ; c’est le défi du développement économique qui est autrement posé. Saisissons cette opportunité, ne gâchons pas cette crise, Sankara peut nous y aider.

Pour éviter les malentendus. Avant de conclure, quelques mots pour éviter tout malentendu. D’abord, tout ce qui a été écrit peut alimenter la nostalgie chez certains et le pessimisme chez d’autres qui diraient : hélas, Sankara n’est plus là ! On n’a pas besoin d’être Sankara pour tirer leçons de son expérience. Certes, il est extrêmement difficile de se conduire comme lui, d’avoir sa droiture et son patriotisme. Mais il peut au moins constituer pour nous un horizon, une ligne d’avenir qui nous pousse au dépassement. Par ailleurs, Sankara n’était pas un saint. Tant mieux. Il peut en conséquence être un vrai modèle et non une idole à déifier.

En tout état de cause, Sankara sera pour notre pays ce que Nasser est pour l’Égypte, ce que Atatürk est pour la Turquie, ce que Napoléon est pour la France, ce que Mandela est pour l’Afrique du Sud : pas un saint, mais un formidable catalyseur de la Nation. Le temps le réhabilitera ainsi, c’est ma conviction.

Je vais conclure par cette anecdote qui laisse la parole à Sankara. Le 15 octobre 1987, après une séance de travail durant laquelle ils ont parlé du différend qui couvait entre les deux chefs de la Révolution ainsi que du complot qui se tramait contre le président, Sankara raccompagne son ami d’enfance. Celui-ci prend en effet congé de lui pour, dit-il aller affronter, au jeu d’échecs, un prétentieux, qui vient d’arriver dans la ville, et qui le défie, lui, le grand maître au « roi des jeux ». Après l’aurevoir qui s’avèrera être un adieu, alors qu’il prend son chemin, il sent le regard du président dans son dos. Il se retourne et revient vers son ami : « pourquoi me regardes-tu ainsi ? » demanda-t-il, « pourquoi ne retournes-tu pas continuer ton travail ? ». « Nous sommes à un moment critique de l’histoire du pays. Fais en sorte qu’il ne soit pas dit que pendant que se jouait le destin du pays, tu jouais aux échecs ». Telle fut en gros la réponse du président. Message d’adieu à un ami. Peut-être message posthume à un peuple, message du héros national à sa Nation : individuellement et collectivement, faisons en sorte qu’il ne soit pas dit que pendant que se jouait le destin du pays nous jouions aux échecs ou à tout autre jeu ; que pendant que la Nation dérivait nous étions distraits. Ressaisissons-nous, car pas question de livrer le pays aux assassins d’aube (Césaire).

Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo

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