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Mali: retour à la rue?

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La rue retrouvera-t-elle ses droits au Mali? (Ph. d'illustration)

La crise sociopolitique qui secoue le Mali a visiblement encore de beaux jours devant elle. C’est en mode dialogue de sourds que les protagonistes fonctionnent et ce n’est pas le mal nommé, Goodluck Jonathan, qui séjourne sur les bords du Djoliba, à la tête d’une mission dépêchée par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui dira le contraire. Si dès leur arrivée à Bamako, l’ancien président nigérian et son équipe, à peine leurs valises déposées, ont entamé les rencontres avec les contestataires et les contestés. Ils ont même commencé leur tournée par une victoire d’étape. En effet, guidé par un souci d’apaisement, le Mouvement du 5 Juin (M5) conduit par l’influent imam Mahamoud Dicko, a annulé son grand rassemblement du vendredi 17 juillet, prévu pour rendre hommage aux 11 morts officiels-certains parlent de plus de 20 victimes- des manifestations du week-end du 10 au 12 juillet.

Vu la marée humaine que drainent ces rassemblements, et la colère suscitée par la répression meurtrière de la manifestation précédente, celui de vendredi passé qui a heureusement été transformé en séances de prières dans les mosquées, portait des prémices de danger. C’était surtout une menace pour le régime de Ibrahim Boubacar Keïta dont la démission est réclamée par le M5, tout comme, entre autres, les dissolutions de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle.

Il faut dire que le mémorandum du M5, proposait également la désignation d’un Premier ministre aux supers pouvoirs, issu de ses rangs, faisant, de facto, de IBK, même s’il a survécu à la crise, un roi nu, abonné à l’inauguration des chrysanthèmes. C’est lorsque tout dialogue semblait être devenu impossible entre la contestation et le chef de l’Etat que la CEDEAO, est venue en sapeur-pompier pour sauver le soldat IBK et essayer de rabibocher les parties en conflit. Mais les positions sont trop tranchées pour qu’on en arrive aussi vite à une entente en quatre jours de négociation. Dénonçant les manoeuvres de IBK qui entend jouer la montre, tout en essayant d’appâter certains leaders du mouvement avec des offres individuelles alléchantes, le M5 a durci le temps, et n’a plus qu’un slogan: «IBK, dégage».

Que va-t-il se passer maintenant que l’opposition a rejeté le plan de sortie de crise de la CEDEAO? Le comité stratégique du M5-RFP ramènera sans doute ses troupes dans la rue, sans oublier qu’il avait décrété la désobéissance civile sur toute l’étendue du territoire national. La marmite continuera donc de bouillonner, avec l’espoir qu’un modus vivendi sera trouvé au plus vite, pour ramener la paix dans un Mali pris entre les tenailles des attaques terroristes et des massacres de civils engendrés par des conflits inter-communautaires.

Que dire de l’enlèvement du chef de l’opposition, Soumaïla Cissé, que la CEDEAO, cite, chose choquante, dans un lapidaire 12è point de son communiqué final de mission, qui est un gros caillou dans la babouche de Ibrahim Boubacar Keïta? Quelqu’un a-t-il peur de la réapparition de l’opposant dans cette crise qui, si elle est portée par un homme de consensus, peut faire mal, très mal? En tout cas, la gestion de l’affaire Soumaïla Cissé, que ce soit par la communauté internationale, mais surtout par les autorités maliennes, est d’un laxisme inquiétant et révoltant.

Il urge que les deux parties, M5 et pouvoir, trouvent le moyen de libérer le peuple malien déjà confronté à des maux endémiques comme la corruption, le chômage des jeunes, l’agonie de ses systèmes de santé et d’éducation, la menace terroriste, etc. A trop tirer sur la corde, elle finit toujours par se casser, et pas toujours au moment voulu.

Par Wakat Séra

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