Accueil A la une Mercenaires russes au Mali: attention à ne pas jouer avec le feu!

Mercenaires russes au Mali: attention à ne pas jouer avec le feu!

Assimi Goïta et les siens affirment vouloir diversifier leurs relations

Des mercenaires russes de la société privée Wagner sur les bords du fleuve Djoliba? Ça pourrait devenir réalité bientôt et l’information occupe l’actualité, servie à chaud, par nos confrères britanniques de Reuters. Ce scoop, que nous journalistes conjuguons toujours par prudence professionnelle au conditionnel, en attendant qu’il se matérialise officiellement, est loin d’être un fait nouveau sous le soleil africain, la Libye et la Centrafrique ayant déjà fait l’expérience de la collaboration avec Wagner. Sauf que, à en croire la presse internationale et des organisations de défense des droits de l’homme, plusieurs exactions sont attribuées à des groupes de mercenaires, dont Wagner, qui combattent aux côtés de l’armée centrafricaine pour casser les groupes rebelles. Des violations contre les populations, dénoncées notamment dans le rapport du Groupe de travail sur l’utilisation des mercenaires rattaché au Haut-Commissariat des droits de l’homme des Nations unies à Genève.

Le tableau des accusations, sans être exhaustif, n’en n’est pas moins inquiétant: «exécutions sommaires, détentions arbitraires, torture pendant les interrogatoires, disparitions forcées, déplacements forcés de population civile, ciblage indiscriminé d’installations civiles, violation du droit à la santé et attaques croissantes contre les acteurs humanitaires». C’est, entre autres, la série de faits de guerre peu glorieux enregistrés par des groupes de mercenaires épinglés par les défenseurs des droits de l’homme.

Comment se comporteront au Mali, ces paramilitaires qui sont présentés comme des «instructeurs» chargés de la formation des Forces armées maliennes (FAMa)?  Etant donné que c’est difficile, voire impossible de faire changer à un chien sa manière de s’asseoir, la crainte du pire est justifiée. Certes, le Mali, confronté aux attaques armées, est en droit de rechercher la solution idoine à ce mal qui endeuille, au quotidien, civils et militaires. Mais, faut-il pour autant jouer avec le feu, en faisant débarquer dans la maison, des mercenaires qui n’ont aucune limite dans leurs actions, quitte à fouler, allègrement aux pieds, les droits de populations déjà meurtries par les assauts de terroristes qui écument le Sahel, notamment le Mali. Pire les sommes astronomiques qui serviront à payer la société Wagner pour ses services d’un genre bien particulier, ne peuvent-elles permettre d’équiper davantage les soldats maliens et leur offrir, eux et leurs familles, des conditions de vie meilleures? Six milliards de francs CFA par mois, c’est ce que coûterait au Mali, les prestations de Wagner.

Si tant est que les FAMa ont réellement besoin d’être réformées, pourquoi ne pas mettre à contribution, tous ces officiers formés en Russie, en France et ailleurs, au frais du pauvre contribuable malien, mais qui aujourd’hui, préfèrent la fraîcheur des bureaux et voitures climatisés à la fournaise du front et l’obscurité des habitacles des chars d’assaut? Si tous ces colonels qui ont déserté les casernes, happés par les vertiges du trône, faisaient de la lutte contre l’agression du Mali leur devoir, le pays  aura-t-il encore besoin de confier sa sécurité et sa défense, à des «instructeurs» budgétivores venus d’ailleurs?  Aujourd’hui, le pouvoir de la transition, passant par pertes et profits, cette fierté si malienne, se tourne vers la société Wagner, considérée comme le bras armé de la Russie. Et demain, vers qui ira le Mali?

Les dirigeants maliens affirment, eux, n’avoir rien signé avec Wagner, mais discutent avec tout le monde, car voulant diversifier leurs relations pour assurer la sécurité du pays. Sans leur contester ce choix, il faut juste rappeler que l’intérêt national pour la défense du territoire, doit prendre le dessus sur tous les calculs personnels et égoïstes. Et si cette donne est prise en compte et bien mûrie ce sera tout bénef pour le Mali qui a d’autres priorités actuellement, dont celle d’en finir avec la transition politique pour aller vers des élections ouvertes en février 2022. Une échéance de plus en plus en pointillé…

Par Wakat Séra

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