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NOUVEL AFRIQUE- NOUVELLE GENERATION : « La Ruecratie, nouvelle arme de la gouvernance populaire?

Madina Tall

À la croisée des chemins entre crise de légitimité « démons-cratique » et militaire, on assiste à l’émergence de la Ruecratie, ce nouveau néologisme qui devient l’oxygène de la démocratie 2.0 sur le continent.

En effet, en suivant les mouvements des logiques partisanes et électorales aussi majoritaires ou populaires soient-elles, la ruecratie se décrit comme la propension des citoyens à investir l’espace public ou à manifester de façon matérielle ou symbolique afin d’impulser et ou d’exiger la résolution ou le changement de certaines questions politiques.

Ce concept semble être la nouvelle arme de bataille du législateur ultime (le peuple) dans un mouvement de « y’en a marre » global au cœur d’un système de démocratie représentative truquée et verrouillant la participation du peuple à la gestion des affaires de l’État.

S’il est vrai que les révoltes et insurrections ont abouti à des victoires politiques aux dessous ruecrates au Burkina Faso et en Algérie suite à l’éviction de Blaise Compaoré en 2016 et Abdelaziz Bouteflika en 2019, les effets de la ruecratie pourraient s’étendre aujourd’hui à tout le continent.

De ce fait, la ruecratie impulse une particularité conceptuelle dans le pouvoir de la rue en Afrique.

Ainsi, elle s’analyse comme une réappropriation de la politique par les citoyens à travers une nouvelle forme de contestation politique essentiellement menée par la jeunesse en collaboration avec les groupes sociaux et mouvements citoyens à l’instar de « Y’en a Marre » (Sénégal), le « Balai citoyen » (Burkina Faso) et « Lucha » (RD Congo).

La symbiose de ces acteurs aux objectifs politiques souvent antinomiques fait le charme de la ruecratie qui reste essentiellement consolidée autour de l’union populaire. Les modes opératoires qui reposent sur les manifestations revêtent à leur tour à la ruecratie, son fondement démocratique faisant l’objet d’une consécration constitutionnelle dans la majorité des cas.

Sous cet angle panoramique qui se dresse dans les rues, ne pourrions-nous pas affirmer que c’est la justesse d’une cause populaire qui en fait le nombre ou la force et non le contraire ?

C’est bien ce paradoxe qui est le principal moteur de la ruecratie.

Lors des cocktails dinatoires entre les énarques occidentaux, les démoncrates africains et leurs alliés, les ruecrates sont apparemment perçus comme des « anarcho-démocrates » ou encore des « contre-pouvoirtistes ».  Ces attributions nominales qui ne datent pas de la première litanie ne sont guère choquantes dans la mesure où les dérapages politiques et les carences démocratiques ont conduit à une substitution de pouvoirs entre politiciens, citoyens et militaires africains.

Au vu de ce qui précède, l’exaltation de la ruecratie malienne suite aux sanctions de la CEDEAO de janvier 2022 illustre les forces motrices dont fait preuve la ruecratie : l’attraction et la répulsion.

D’une part, la transition militaire au Mali à l’aurore des contestations internationales et sous le couvert des sanctions de la CEDEAO jouit d’un pari presque gagné à travers la force d’attraction de la ruecratie illustrée par la manifestation du 15 janvier 2022 contre les sanctions de la CEDEAO. Cette exaltation de la rue pourrait s’analyser comme un contrepoids populaire aux effets attendus des décisions de la CEDEAO et une consolidation de la légitimité de la junte qui prône la propagande d’un renouveau malien en dehors de toute implication extrarégionale jugée nocive pour le Mali.

D’autre part, le mouvement de répulsion s’opère ici en défaveur de la CEDEAO en tant qu’organe supranationale. Du fait de la crise d’impopularité dans laquelle elle baigne, ses décisions à l’endroit du Mali affectent sa crédibilité à garantir les intérêts du peuple malien mais aussi africain. Par conséquent, les relations instantanées au cœur de la ruecratie malienne seront la répulsion et l’émergence des sentiments de méfiance, de défiance et le retour du nationalisme.

Thomas Sankara ne disait-il pas que : « la révolution démocratique et populaire a besoin d’un peuple de convaincus et non d’un peuple de vaincus, d’un peuple de convaincus et non d’un peuple de soumis qui subissent leur destin » ?

En tout état de cause, la ruecratie est un concept en pleine innovation sur le continent par des outils technologiques, de propagandes et de logiques sociales dont les structures sont amovibles avec des lexiques qui traduisent indéniablement les causes de l’effervescence de la rue.

Néanmoins, la multiplication des coups d’état en Afrique de l’Ouest illustrée par la fièvre populaire et contagieuse, la « Goïtarose » au Mali et la « Doumbouyarose » en Guinée pourraient être à l’aune de la « junterose » dans d’autres pays qui sont dans la ligne de mire des ruecrates.

Tall Madina

 ≠Colombe Noire 

Analyste politique et géostratégique, diplômée en Études Stratégiques, Sécurité et Politique de Défense. Chercheuse sur les questions de terrorisme dans la zone sahélo-saharienne, éditorialiste et écrivaine. Présidente du Mouvement Nouvel Afrique – Nouvelle Génération

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