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Présidentielle kényane: le calme de la campagne pour chasser les démons de la violence?

Raila Odinga ou William Ruto? (Ph. dw.com)

Raila Odinga, 77 ans et William Ruto 55 ans. Tous deux, comme deux autres de leurs compatriotes, sont candidats à la présidentielle de ce mardi. Si le premier qui en est à son cinquième match présidentiel, donc un vieux de la vielle, porte la casquette d’«éternel opposant», le second est un jeune bleu, pas de la politique car il est l’actuel vice-président, mais se range pour la première fois dans les starting-blocks de cette présidentielle inédite dans l’histoire du pays de Jomo Kenyatta et Daniel Arap Moi.

Une élection pour laquelle par un tour de magie, l’inusable opposant est devenu le champion du pouvoir, fort du soutien du président sortant. Pourtant Uhuru Kenyatta avait, naturellement, promis d’être aux côtés de son vice-président, avant de le lâcher en plein vol. Un virage à 180 degrés qui n’est qu’une facette cachée des politiciens qui ont leurs raisons que la Raison ignore.

Pourtant, les batailles entre Raila Odinga et Uhuru Kenyatta pour la conquête du pouvoir, âpres, rudes et souvent sanglantes, n’auguraient pas forcément pareille revirement du descendant des Kenyatta. Sauf que rien de tout cela n’est nouveau dans la faune, non pas animale qui constitue l’arme décisive du tourisme kényan, mais dans la jungle politique au Kenya, comme dans d’autres pays sous les tropiques. En effet, au Kenya comme en Côte d’Ivoire, pour ne citer que ce pays comme exemple, entre les politiciens, les mariages suivis de divorces et de remariages et encore de «redivorces» sont fréquents.

C’est ainsi que Odinga et Ruto qui étaient des adversaires sous le règne de Daniel Arap Moi, se sont trouvés des atomes crochus en 2007 pour combattre Mwai Kibaki, avant de devenir aujourd’hui des gladiateurs prêts à pénétrer dans l’arène pour le duel suprême, sans doute l’ultime pour l’ancien meilleur ennemi de Uhuru Kenyatta.

Si l’issue de cette présidentielle reste indécise, car les deux challengers ne sont pas fils de la région du Mont Kénya d’où sont sortis trois des quatre chefs de l’Etat kényans qui se sont succédé, elle n’est pas moins importante pour les Kényans, qui, pour la première fois ne seront pas embarqués dans un vote aux enjeux tribalistes. Le candidat qui sortira vainqueur des urnes, devra être pour les Kényans qui manifestent ouvertement une soif aiguë de changement, ce messie qui les sortira de la précarité économique dans laquelle ils sont empêtrés actuellement.

La vie chère marquée par une inflation de 8,3%, et l’envolée des prix de produits de première nécessité, ne cesse de prendre de l’ampleur. Pire, la corruption qui est devenue le sport le mieux pratiqué par les dirigeants, et ainsi dénoncée par des populations qui ne sont plus prêtes à serrer la ceinture alors que leurs gouvernants portent des bretelles, est considérée comme le fléau qui gangrène une économie kényane de plus en plus exsangue.

Mais pour l’instant, le plus urgent, de Nairobi à Nakuru en passant par Mombassa ou Kisumu, c’est de conjurer le mauvais sort des violences qui ont toujours émaillé les élections dans un Kenya où la défaite est difficilement ou jamais acceptée. L’exode électoral bat d’ailleurs son plein dans certaines régions, les populations ayant toujours les souvenirs vifs des affrontements sanglants entre partisans de vainqueur et de vaincu aux élections.

Toutefois, le risque s’est considérablement amoindri de laisser les vieux démons s’emparer de cette présidentielle qui pourrait échapper à l’emprise tribaliste. Bonne nouvelle, elle est déjà épargnée de la confrontation par urnes interposées des Kenyatta et des Odinga, qui ont longtemps dominé la vie politique kényane, depuis Jomo Kenyatta qui s’est fabriqué une cape de père de la Nation et Oginga Odinga, le premier vice-président du Kenya.

En tout cas, tous les regards sont tournés vers les candidats qui ont le devoir de faire du fair-play leur arme principale afin de démentir cette règle non écrite qui fait rimer élection avec guerre au Kenya.

Par Wakat Séra

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