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Procès de militaires au Burkina : l’affaire dans l’affaire !

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Yacouba Isaac Zida, Premier ministre sous la Transition (photo d'archives)

Un dossier peut en cacher un autre ! c’est le cas au tribunal militaire où est jugée actuellement l’affaire Madi Ouédraogo et 28 autres, accusés de vouloir organiser une attaque contre la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca) pour en libérer leurs camarades et les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé. Tous éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), ces militaires contre qui sont portés des griefs d’ « association de malfaiteurs » et de « détention illégale d’armes à feu et de munitions, tout en reconnaissant être allés au domicile de Madi Ouédraogo pour la fameuse rencontre, nient en bloc avoir planifié de mener un quelconque assaut contre la Maca.

Leurs conseils sont dans la même logique,  contestant fortement la régularité de ce procès, notamment la retranscription des écoutes qui auraient été enregistrées par d’autres camarades des accusés. Mais, toutes ces exceptions d’incompétence du tribunal militaire, de nullité de la procédure et d’inconstitutionnalité soulevées par les avocats ont été rejetées par le tribunal.

Véritable rebondissement dans le procès qui monopolise toutes les attentions, Madi Ouédraogo qui est considéré comme le cerveau de la présumée tentative d’attaque, assène que lui et ses co-accusés sont l’objet d’une conspiration. En effet, il affirme que c’est pour les punir d’avoir refusé sa proposition d’assassiner les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé et l’actuel président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, que Yacouba Isaac Zida, premier ministre sous la transition a ourdi ce complot contre eux.

Et revoilà Zida qui refait surface en plein tribunal militaire, non plus en tant que victime de tentative de putsch mais accusé par ses anciens éléments de l’ex-RSP, de tentative d’assassinat et de troubles le 29 décembre 2015, la veille de l’investiture du président du Faso, fraîchement élu ! Ce coup de théâtre, qui semble constituer l’une des lignes de défense du caporal Madi Ouédraogo et de ses co-accusés, est-il un simple moyen pour égarer le tribunal sur de fausses pistes ou est-ce une vraie affaire dans l’affaire ? Finalement, les accusés vont-ils devenir des victimes et les victimes muées en accusés ?

En tout cas, les avocats pensent que la thèse du complot se confirme et demandent au tribunal d’en tenir compte si tant est qu’il tient à la manifestation de la vérité. Ceux-ci dénoncent par ailleurs le fait que le tribunal compte les amener dans une requalification des faits, c’est-à-dire le complot militaire prévu par l’article 190 du code de justice militaire. Pour le moment, Alioune Zanré, le commissaire du gouvernement tient droit dans ses bottes, car pour lui, les dires de Madi Ouédraogo ne sont que « mensonge ».

Ce procès qui devrait se poursuivre avec le réquisitoire du commissaire du gouvernement et les plaidoiries des avocats pourrait bien accoucher d’un autre rebondissement, la défense demandant, entre autres, la comparution comme témoin de l’ex chef d’état-major des armées. Son issue est entre les mains des juges. Il faut noter que ce procès est considéré comme une mise en bouche de celui très attendu du putsch dans lequel comparaitront les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé.

Un jugement que bien des observateurs pensent qu’il sera difficile de tenir compte tenu de grands déballages annoncés. Mais fait important, le président du Faso qui a tenu à ce que ces affaires soient jugées avant la fin de l’année dernière, a promis une justice équitable. Et malgré les pressions de toutes sortes, on espère que ce sera le cas, Roch Marc Christian Kaboré étant le ministre de la Défense dont dépend le tribunal militaire.

Par Wakat Séra

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