Accueil A la une Procès des terroristes au Mali: en attendant les prochains échanges de prisonniers?

Procès des terroristes au Mali: en attendant les prochains échanges de prisonniers?

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le djihadiste "Ibrahim 10" à la barre (Ph. d'archives AFP)

27. C’était le total des morts des attaques terroristes contre le bar restaurant La Terrasse, 7 mars, et l’hôtel Radisson Blu, 20 novembre. C’était en 2015, mais les images sanglantes, comme dans un film d’horreur, marqué du sticker «-18 ans», défilent à nouveau dans les esprits, en cette date de triste anniversaire. Car, hasard du calendrier peut-être, ou volonté du gouvernement de la transition malienne de marquer les esprits, c’est comme pour commémorer l’an 6 de ces actes dont la barbarie est propre aux attaques terroristes du genre, que se tient, le procès des présumés auteurs de ce vendredi noir à Bamako, une capitale malienne prise, une énième fois, pour cible par les djihadistes. Si le nombre exact des assaillants contre ces endroits reste inconnu, deux suspects répondent aujourd’hui des griefs de meurtre qui leur sont reprochés et pour lesquels la justice malienne réclame, ni plus, ni moins que la peine de mort, pour les accusés.

L’un d’eux, Sadou Chaka, dit Oussama Maïga, n’avait que 16 ans, au moment des faits! Quant au Mauritanien Fawaz Ould Ahmed alias «Ibrahim 10», véritable métronome dans plusieurs attaques terroristes qui ont endeuillé des capitales comme Ouagadougou au Burkina Faso, sa présence devant la Cour anti-terroriste malienne, en réjouit plus d’un, notamment les parents et proches du jeune français, Fabien Guyomard, arraché à l’affection des siens au bar restaurant La Terrasse de Bamako, dans un cycle d’attaques, débuté par l’assaut, le 7 janvier 2015, contre le l’hebdomadaire Charlie Hebdo en France qui avait publié les caricatures du prophète de paix, Mahomet.

Cadre de al-Mourabitoune, groupe terroriste affilié à al-Qaida, «Ibrahim 10», affublé de ce numéro porté par les magiciens du football dont Pélé, Diégo Maradona, ou Michel Platini, mérite aussi, tristement bien entendu, ses galons de lieutenant de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, véritable terreur du Sahel, avec qui il a semé pleurs et désolation dans les pays africains qu’ils écument. C’est donc fier de ses actes et dans une désinvolture totale, que celui qui n’était pas attendu dans ce procès, s’est exprimé, en face de ses juges. En effet, il était annoncé comme figurant sur la liste des 200 détenus terroristes libérés en échange de quatre captifs, dont la Française Sophie Pétronin et le chef de file de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé, relaxés par leurs ravisseurs, le 8 octobre dernier. Fawaz Ould Ahmed raconte donc, sans regret, mais plutôt avec la conviction d’avoir vengé l’honneur du Prophète, ses «exploits» à La Terrasse et au Radisson Blu. Ce qui n’est pas sans remettre sur la table la question brûlante: faut-il négocier avec les groupes terroristes?

Le sujet divise en tout cas, le gouvernement de transition malien qui est dans les prédispositions pour, car cela entrant dans l’esprit du Dialogue national malien et des Accords d’Alger, et la France qui officiellement est contre, mais paradoxalement, sans prendre langue directement avec ces trublions du Sahel, n’en profite pas moins de ces rapprochements qui lui ont permis de récupérer «sa» dernière otage dans le monde. En tout cas, le juste milieu est difficile à trouver et départager les deux positions ne sera pas sinécure. Les Maliens, fatigués de se faire tuer comme des mouches, malgré l’engagement de la force française Barkhane contre le terrorisme, sont prêts à dîner avec le diable, sans disposer forcément de la cuillère adaptée et en oubliant que c’est difficile, voire impossible, pour le chien de changer sa manière de s’asseoir, comme l’enseigne le proverbe.

Quelle est donc la bonne stratégie à adopter? La balle est surtout dans le camp des pays assaillis, qui doivent, certes compter sur l’aide des Occidentaux, car, ce sont surtout les intérêts de ces derniers qui sont la cible des djihadistes, mais ces pays, notamment ceux du Sahel où les terroristes se sont sanctuarisés, doivent prendre la sécurité et la défense de leurs territoires en main. Ce serait plus responsable de la part de ceux qui nous gouvernent, trop habitués à tendre la sébile, pour tout et partout. En attendant, le procès de «Ibrahim 10» se poursuit, et ira jusqu’au bout, sans doute avec la condamnation du djihadiste, en attendant, si la peine de mort ne lui est pas collée, les prochains…échanges de prisonniers.

Par Wakat Séra

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