Accueil A la une Procès dossier Thomas Sankara: l’audition par visioconférence des témoins autorisée

Procès dossier Thomas Sankara: l’audition par visioconférence des témoins autorisée

Une vue de la salle des banquets de Ouaga 2000 à la deuxième audience

Le tribunal militaire a autorisé le lundi 25 octobre 2021, l’audition par visioconférence de certains témoins cités dans le jugement du dossier Thomas Sankara, a constaté un journaliste de Wakat Séra.

Le procès du dossier Thomas Sankara et ses compagnons de d’infortune, qui avait été reporté, dès son ouverture le 11 octobre dernier afin de permettre aux avocats commis d’office de mieux s’imprégner du dossier de 20 000 pages, a repris ce lundi dans la salle des banquets de Ouaga 2000, aménagée pour accueillir le jugement du dossier avec ses quatorze présumés coupables dont l’ancien président Blaise Compaoré, son chef de sécurité à l’époque, l’adjudant Hiacynthe Kafando et le général Gilbert Diendéré.
L’audience a commencé par le lecture nominale des listes des témoins des différentes parties du procès.
Après les débats houleux entre les différentes parties prenantes au jugement à savoir le procureur militaire, la défense, la partie civile et l’Agent judiciaire de l’Etat (AJE) sur l’affaire de l’audition par vidéoconférence des témoins vivant à l’étranger et qui ne pourront pas être présents au procès, de même que les témoins à retenir, la chambre a suspendu l’audience environ deux heures pour trancher sur ces deux cas.
Le président de la chambre, Urbain Méda, a affirmé que sa juridiction a décidé de donner une suite favorable à la doléance de la partie civile. Toutefois, a précisé le président du tribunal militaire, la visioconférence se fera à la diligence du ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants en collaboration avec la justice militaire.

La chambre a également décidé de retenir les listes des témoins lues ce jour.
Les parties divisées sur l’audition de témoins par vidéoconférence
La partie civile a souhaité que ses témoins qui sont à l’étranger qui ne pourront peut-être pas être présents physiquement au jugement de ce dossier scruté à la loupe par l’opinion nationale et internationale puissent être auditionnés par vidéoconférence, citant une disposition d’ordre général.
Sur le principe, les avocats de la défense disent n’avoir pas d’objection. Cependant, ils ont posé le problème de poursuite des témoins de l’extérieur qui feront des parjures. La problématique de leur prestation de serment a été aussi soulevé. Les conseillers des accusés se sont dit également inquiets des influences dont pourraient être l’objet, ces témoins dont la crédibilité est remise en cause.
L’Agent judiciaire de l’Etat a demandé, à la suite des différents arguments développés, que le tribunal tranche de sorte à ce que les droits de toutes parties soit respectés.
Le parquet militaire à qui le président du tribunal a souhaité avoir son avis sur la question a signifié que « le tribunal ne dispose pas d’un dispositif » pour réaliser la volonté des avocats des victimes. Le ministère public a soutenu que « la comparution des témoins sont à la diligence des différentes parties ». Aussi, a ajouté le procureur militaire, cela irait contre le principe du Code de la justice militaire qui interdit les enregistrements. estimant que les conseillers de la partie civile « ont largement le temps de faire comparaître leurs témoins ».
A la lumière des arguments que le procureur militaire a avancés, il a demandé que l’audition des témoins se fasse de façon traditionnelle.
La partie civile est revenue à la charge pour dénoncer le fait que malgré les 34 ans mis pour préparer ce procès, la justice militaire ne soit en mesure de disposer de moyens logistiques pour la bonne tenue du jugement. Elle a même proposé de prendre sur elle la charge du dispositif logistique pour faire auditionner certains de ses témoins vivant à l’étranger.
La défense a fait savoir que si le tribunal admet l’audition par vidéoconférence des témoins, elle devra faire de telle sorte que les moyens soient gérés par sa juridiction car le procès est public.
A la suite de cette phase, la chambre a ordonné la lecture de l’arrêt de renvoi. Il ressort, selon les différentes auditions des témoins notamment, trois principaux accusés que sont l’ex-président Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et le général Gilbert Diendéré. Les inculpés Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, n’ont pas pu être entendus par le juge d’instruction. Le document précise que les accusés sont poursuivis pour « attentat à la sûreté de l’Etat », chacun avec son rôle bien déterminé.
La lecture de l’arrêt de renvoi a fait suite à la demande des avocats de la défense qui ont souhaité obtenir conformément à la loi, a cette étape du jugement, la « liberté » pour leurs clients qui auraient donné la garantie à travers leurs différentes auditions individuelles et les confrontations devant le juge d’instruction, de ne pas se soustraire de la justice.
Si le ministère public est allé dans le sens de la défense et demander au tribunal d’accéder à sa requête, les Conseillers de la partie civile se sont opposés à la demande de la partie défenderesse parce que rien ne garantit que si le juge accorde la liberté aux inculpés, ils ne se déroberont pas à la justice militaire.
Mais, Urbain Méda, a indiqué que le tribunal militaire allait donner son verdict demain mardi avant la suspension. Le procès débutera mardi à 9H00 par des projections vidéos à la reprise avant de poursuivre avec l’audition de l’accusé Yamba Elysée Ilboudo, militaire à la retraite, soldat de première classe en service au Centre national d’entraînement Commando (CNEC) au moment des faits. M. Ilboudo est poursuivi pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat ».
Au total, ce sont quatorze personnes qui sont accusés dans ce dossier historique. Des organisations de la civile ont lancé une pétition en vue de contraindre la justice militaire à autoriser la diffusion et l’enregistrement des audiences par les chaînes publiques. Ces structures, s’appuyant sur le volet pédagogique du jugement, soutiennent que cela permettra d’avoir une mémoire de ce procès dans les archives afin que cela profite aux générations futures.
Par Bernard BOUGOUM

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