Accueil A la une Procès Thomas Sankara: le général Gilbert Diendéré dénonce « l’hypocrisie » de certains témoins

Procès Thomas Sankara: le général Gilbert Diendéré dénonce « l’hypocrisie » de certains témoins

Le général Gilbert Diendéré à l'ouverture du procès du dossier Thomas Sankara

Le général Gilbert Diendéré, l’un des principaux accusés dans le dossier de l’assassinat du père de la révolution burkinabè et ses compagnons le 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente, a pris la parole, ce vendredi 25 mars 2022 à la clôture des débat, et a dénoncé « l’hypocrisie » de certains témoins qui se disent proche de l’ex-président Thomas Sankara.

Le général Gilbert Diendéré dit avoir été irrité par certains témoins qui ont voulu jouer sur la sensibilité de la Chambre de jugement du tribunal militaire et du public venu assister aux audiences. Selon ses propos, certains dans leur perfidie ont même « verser des larmes de crocodile ».

Le lieutenant Diendéré, chef de la sécurité de la base du QG du Conseil national de la révolution (CNR) au moment des faits, visiblement, avait bien préparé sa dernière prise de parole avant le délibéré le plus attendu dans l’histoire de la justice du Burkina Faso. 

Habillé d’un Bazin bleu laissant entrevoir sa forme svelte, physiquement en forme, près de deux heures, ce principal accusé dans ce dossier, est revenu point par point sur les éléments qui militeraient à prouver son innocence. Que ce soit sa vie privée, sa vie professionnelle, son caractère, sa loyauté envers son ancien chef le capitaine Blaise Compaoré, sa rigueur, ses faiblesses, sa relation avec l’extérieur des casernes, la conduite du procès, son rôle le 15 octobre 1987, l’attitude des témoins, le rôle des différentes parties prenantes au procès, la presse, la sécurité, des pans du rôle de premier acteur qu’il a été joué dans la vie de l’Etat au plus haut sommet, … Gilbert Diendéré, débout, a développé chaque point en vue d’expliquer ce qui est la vérité et la réalité pour lui car « il y a beaucoup de subjectivités » autour de sa vie privée et professionnelle que ses détracteurs entretiennent pour le nuire.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il s’est d’abord incliné sur la mémoire des illustres disparus le 15 octobre 1987. « A défaut de trouver des éléments de preuves, l’accusation et la partie civile ont avancé des éléments subjectifs autour de ma vie privée, professionnelle et de mon caractère », a relevé l’accusé, faisant remarquer qu’il n’a « jamais mélangé (sa) vie privée avec les affaires de l’Etat ». Sur sa responsabilité qu’il ne voudrait pas assumer dans la tuerie du 15 octobre 1987, il a indiqué que dans l’armée, des règles régissent ces genres de situation. « Je n’ai pas donné d’ordre à qui que ce soit, donc je ne vais rien assumer. J’ai rendu compte », a-t-il répliqué, se demandant quelle marge de manœuvre avait-il pour prendre des sanctions contre le commando ayant passé à l’acte vu que le patron de l’armée en son temps, le commandant Jean-Baptiste Boukari Lengani et le ministre d’Etat, ministre de la Justice, le capitaine Blaise Compaoré, par ailleurs patron du Centre national d’entraînement Commando (CNEC), étaient présents sur le lieu du drame.

Pour lui, le parquet veut juger Gilbert Diendéré, général de brigade aujourd’hui, 65 ans, ayant une solide expérience et non le lieutenant de 29 ans qui étaient aux ordres de l’armée au moment des faits et qui n’avait pas beaucoup d’autorité comme de nos jours

« La compassion n’est pas de venir verser des larmes de crocodiles »

Le général Gilbert Diendéré a fustigé le passage à la barre de certains témoins qui ont joué sur les sentiments de l’opinion alors qu’ils ont beaucoup bénéficié du pouvoir sous le règne de Blaise Compaoré. « La compassion n’est pas de venir verser des larmes de crocodiles. Vous vous rappelez qu’un témoin a dit ici qu’au lendemain du drame, Abdrahamane Zétiyenga et Salif Diallo ont fouillé dans le bureau de Sankara et quand ils ont vu la photo des enfants du président ils ont jeté par terre » en accompagnant ça d’injures, a affirmé le général Diendéré.

Il a nommé certains témoins qui selon lui n’auraient « rien fait pour protéger » Thomas Sankara alors qu’ils avaient des informations de première main sur des tentatives d’assassinat du leader de la révolution que lui-même étant chef de sécurité de la base du QG du CNR ignorait. Il a cité entre autres, le colonel Moussa Diallo, l’aide de camp de Thomas Sankara qu’était Etienne Zongo, le chargé de communication de la présidence, Serge Théophile Balima, Kagambega Aboulassé, l’un des chefs de sécurité de Sankara et Abdrahamane Zétiyenga, entre autres. « Bon nombre de témoin ont eu des attitudes inappropriés, bizarres et étranges à votre barre ici monsieur le président. D’autres témoignages frisent l’hypocrisie », a soutenu le général deux étoiles.

Sur les accusations de sa non compassion, l’accusé a déclaré qu’au moment des évènements et après, il a posé des actes dans ce sens. Il a laissé entendre qu’il est intervenu auprès de Blaise Compaoré afin que les assaillants dont le chef était, Hyacinthe Kafando, un élément qui serait incontrôlé, libère des otages dont les éléments de sécurité de Thomas Sankara qui avaient été mis aux arrêts. Il a aussi rappelé que tous ceux dont on jugeait de proche de Thomas Sankara et qu’on a mis aux arrêts, ceux qui ont été envoyés au Conseil pour être enfermés peuvent témoigner des conditions normales qu’ils ont bénéficié alors que les consignes pour leurs garde-à-vue étaient tout autre. Il signifié qu’il a joué un rôle prépondérant pour le retour du commandant Boukari Kaboré dit le Lion qui s’était réfugié au Ghana. Il n’a pas oublié égrené des aides financières qu’il a accordé à des membres des familles victimes du drame. Il a même exprimé son étonnement de ne pas voir des témoins convoqués ou leurs dépositions lus, signifiant que les propos de ces derniers plaident pour sa cause.

Pour terminer sur ce chapitre de la compassion, le général Gilbert Diendéré a regretté que Mariam Sankara, épouse de son chef, le capitaine Noël Isidore Thomas Sankara, ne soit pas là dans la salle aujourd’hui parce qu’il aurait voulu qu' »elle soit là pour (l’) entendre ». N’empêche, « elle saura qu’on lui a vendu du vent dans cette affaire. Regardez comment la salle est vide. N’eut été mes parents et proches, et les journalistes, la salle allait être vide », s’est offusqué, enchaînant que beaucoup de personnes, des OSC et des ONG ont tiré beaucoup de profits grâce à ce procès.

« Je suis à la Maca mais je suis au courant de tout ce qui se passe dehors »

Le général Gilbert Diendéré n’est pas passé par quatre chemins pour répliquer contre l’accusation qui recevrait des ordres venus d’en haut. « Je veut dire au parquet que si on t’envoie, il faut savoir t’envoyer comme on le dit », a-t-il lancé en fixant les membres du parquet. « Je suis à la Maison d’arrêt et de correction des Armées (Maca) mais je suis au courant de tout ce qui se passe dehors », a-t-il lancé à la barre, criant que « ça fait mal quand on vous accuse d’avoir tué quelqu’un ».

Selon sa conviction et ceux de ses avocats, le parquet le poursuit « abusivement ». « Quand le juge d’instruction m’a convoqué pour la première fois, il n’y avait rien. C’est sur insistance auprès des avocats qu’il m’a convoqué à nouveau 9 mois-dix jours après », a-t-il dénoncé, notant que c’est avec l’affaire de subornation que le parquet a accueilli comme une aubaine pour le poursuivre dans cette affaire. « Je veux que vous ayez à l’esprit qu’il n’y a pas d’éléments objectifs mais des éléments subjectifs » sur lesquels l’accusation s’appuie pour « me condamner à 20 ans de prison ferme », a-t-il insisté.

Le général Gilbert Diendéré a dit apporter son soutien aux Forces de défense et de sécurité (FDS) qui combattent avec acharnement les terroristes au Burkina Faso. Il s’est incliné devant la mémoire de ceux qui sont tombés sur le champ de bataille. 

Les mots des autres accusés

Avant lui, chaque accusé a eu aussi droit à prononcer son dernier mot avant le verdict. Chaque mis en cause a pris la parole pour exprimer ses sentiments sur le jugement. Dans son mot lu par l’un de ses avocats, Me Aliou Diakité puisqu’il était absent, le colonel-major Jean-Pierre Palm dit comprendre « la peine et la douleur » des parents des victimes de cette affaire. Il dit n’avoir jamais été associé ni de près ni de loin au drame du 15 octobre 1987. Il a salué la Chambre pour sa bienveillance à son égard surtout pour ses problèmes de santé.

Le médecin militaire, le colonel-major Alidou Jean-Christophe, celui-là qui a signé l’acte de décès de Thomas Sankara, a dit: « Oui, j’ai posé des actes pas pour nuire mais pour soulager trois veuves ». Il a demandé pardon et présenté ses excuses à tous ceux dont ses actes ont pu poser des torts. Pour finir, il a demandé la clémence du tribunal militaire.

La plupart des accusés qui n’ont pas été long dans leurs propos se sont d’abord incliné sur la mémoire des disparus avant de s’en remettre à la décision de la Chambre à qui ils demandent sa clémence.

Par Bernard BOUGOUM

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