Accueil Editorial Ramadan au Burkina: avec ou sans masque, on a fêté!

Ramadan au Burkina: avec ou sans masque, on a fêté!

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Covid-19 oblige, la prière de l'Aïd el-Fitr de cette année à la place de la Nation a présenté une autre facette (Ph. d'illustration)

Comme à l’accoutumée, les fidèles musulmans ont clôturé la trentaine de jours de jeûne, de prière et de partage, par la célébration de l’Aïd el-Fitr. Comme d’habitude, c’est selon le calendrier lunaire que les différents pays ont fêté. Si au Burkina, alors qu’on attendait la fin du de l’accomplissement du 4è pilier de l’Islam pour le samedi 23 mai, la commission chargée de scruter le ciel a cherché en vain la lune. Comme s’il s’était également mis à l’heure du respect des mesures barrières contre la Covid-19, notamment de la consigne vedette «Restez chez vous», l’astre de la nuit est resté chez lui! Et c’est finalement par un communiqué que, la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) après avoir fait le constat que le croissant lunaire marquant la fin de la période de jeûne n’a pas été aperçu au Burkina Faso le vendredi 22 mai 2020, a recommandé que le mois de ramadan soit complété à 30 jours. C’est ainsi que l’Aïd el-Fitr a été célébrée ce dimanche 24 mai 2020. «(…) Dans le respect des mesures barrières contre la Covid-19», a insisté la faîtière des associations islamiques, dans un souci louable de sensibilisation. Si dans une certaine mesure, la voix des chefs musulmans a pu avoir de l’impact sur certains ouailles qui ont respecté à la lettre les gestes barrières, bien des personnes ont royalement ignoré ces conseils.

Certains lieux de prière, que ce soit à Ouagadougou ou Bobo Dioulasso, les deux grandes villes du «pays des Hommes intègres», ont bel et bien accueilli des prières où la distanciation physique, le port du masque, ou le lavage des mains, étaient les derniers des soucis de fidèles qui se sont comportés comme si la Covid-19 sévissait sur une autre planète. Certains sont même convaincus que les fidèles doivent toujours prier serrés, comme des sardines dans une boîte. Pourtant, les érudits de la religion, comme l’imam du Cercle d’étude de recherche et de formation (Cerfi), Ismaël Tiendrébéogo, affirment que «toutes les fois qu’il y a nécessité de préserver sa vie et celle d’autrui, l’interdit ou le devoir religieux est suspendu». Mieux, ajoute l’homme de Dieu, «si on est dans une situation où on aimerait bien voulu être en groupe mais que les conditions ne nous le permettent pas, le fait de prier à la maison est compté comme une prière collective». Mais ce n’est pas qu’au sein des lieux de prière que les mesures barrières ont connu un triste sort.

Au Burkina, les fêtes, qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes, sont l’occasion de retrouvailles et de manifestation de solidarité agissante et de vivre ensemble. C’est donc sans distinction de religion que le chrétien se retrouve chez son ami, voisin ou parent, musulman; pour partager les repas. D’où est sortie, par le biais d’une imagination très fertile, l’Association des Mangeurs Chez les Gens (AMCG)! Mais, s’il faut saluer ce dialogue inter-religieux très prononcé qui constitue l’un des piliers de la cohésion sociale au Burkina, il faut déplorer qu’il se soit manifesté en période de pandémie sans le respect des gestes barrières. C’est un spectacle désolant de personnes qui se remorquent à moto ou entassées dans une voiture, et sans le précieux cache-nez, que des «s’en fout la Covid-19» ont donné à voir!

Toutefois, constat réjouissant, d’autres ont fait de ce respect des gestes barrières leur credo, toute chose à saluer, car devant contribuer à contenir les chiffres des cas positifs, qui, après avoir dansé le yoyo, sont de plus en plus insignifiants. Le compteur de la maladie, pour la date du 22 mai n’affichait, du reste, qu’un seul nouveau cas confirmé pour zéro décès. Mais une fois de plus, les populations doivent savoir qu’elles doivent vivre désormais avec la maladie dont le seul remède efficace trouvé à ce jour et qui ne suscite aucune polémique, c’est bien le respect des gestes barrières.

Par Wakat Séra    

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