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RD Congo: est-ce la fin de l’UDPS?

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UDPS, le déclin? (Ph. d'illustration- lepoint.fr)

Le fait que l’Union pour la démocratie et le développement social (UDPS), parti au pouvoir, batte le pavé en signe de mécontentement, laisse perplexe. Beaucoup d’observateurs se perdent en conjectures. Quid? Dirions-nous, par l’absurde, que c’est le «combat des mêmes contre les mêmes»? Assisterions-nous, de ce fait, à la mort, à petit feu, de cette grande formation politique de masse qu’est l’UDPS?

Après près de quarante ans de haute lutte menée, à la fois, contre les dictatures de Mobutu et de   Kabila père et fils, l’UDPS va-t-elle jeter le manche après la cognée? Avec honneur ou continuer de vivre clopin-clopant dans le déshonneur?

Questions intéressantes, qui méritent des réponses élaborées. Quant à nous, nous avons abordé le sujet en exploitant l’actualité brute, dans le but de «montrer», plutôt que de «démontrer». Ce dernier point relevant plutôt d’un travail d’enquête. Cependant, nous n’avons pas manqué d’égratigner l’histoire récente, en passant, pour pouvoir étayer quelques affirmations.

Jeudi 9 juillet dernier, les partisans du président Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis janvier 2019, ont donné de la voix.  Pour la énième fois. Comme le reste des formations politiques d’opposition, ils ont  manifesté leur colère dans la rue. D’abord, contre deux propositions de lois jugées anticonstitutionnelles, conférant la prééminence du ministre de la justice sur les magistrats; ensuite, à propos du «passage en force» utilisé par l’Assemblée nationale, en rapport avec la nomination du président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Certes, deux sujets importants, par rapport à la vie de la nation. Le premier, lié à l’administration de la justice, en manque de crédibilité et le second, au sujet de l’organisation des élections autant contestées que contestables. De manière récurrente. Suscitant, au mieux, d’affrontements de rue, au pire, des rébellions multiformes. En République Démocratique du Congo, le mot «élection» est synonyme de «chienlit».

En vérité, quiconque aspire à une vie où règne la justice, dont le reste est comme lavé et purifié par elle, devrait être appelé à faire barrage à ces deux décisions scélérates.

Vision de Lumumba

 Argument fort s’il en est, déployé ci-dessus. Mais, était-ce là une raison – aujourd’hui comme hier -, pour que les partisans de l’UDPS s’affichent en ouroboros, autrement dit, ce serpent allégorique qui se mord la queue?  Image de quelqu’un qui se suicide (harakiri japonais)? Sinon, dans le cas de figure, les partisans de l’UDPS devraient-ils descendre dans la rue crier avec les loups?

De fait, en démocratie classique, le pourvoir que délègue le peuple par la voix des urnes, à travers les actes posés par un gouvernement, est une chose; l’opposition en est une autre. La position constitutionnelle de l’une et l’autre, pour le bien du peuple, les oppose absolument. Procéder autrement, est totalement absurde.

Sauf, bien entendu, sous le régime politique congolais actuel: où règnent deux présidents de la République, à la fois, prenant «collégialement» des décisions. Une première! Et, sûrement, une dernière expérience au monde. Les politologues en parleront longtemps avec un sourire grinçant.

Ainsi donc, toutes les fois que les partisans de l’UDPS sont sortis dans la rue, pour «protester», constituait un contre-sens. Lequel, qu’on le veuille ou non, écornait l’image du chef de l’Etat. Alors même que ce dernier doit être, en principe, au-dessus des partis et des partis pris, il se doit d’avoir une «appartenance» politique. Il est le fruit des entrailles de l’UDPS.

Face à ce paradoxe, deux hypothèses majeures prennent corps: ce que, en premier lieu, ce parti serait mal dirigé ou pas du tout; et qu’au-delà, en deuxième lieu, il y aurait une césure du cordon ombilical entre le chef de l’Etat et sa base. Par incurie.

Pourtant, l’histoire de l’UDPS est une histoire de combat. Un combat de libération et d’honneur. Treize parlementaires frondeurs, «Les Treize» – issus de toutes les régions et de toutes les tribus -, fondèrent ce parti, en 1982. Au plus fort du régime dictatorial de Mobutu. Ils furent conduits par Kibasa Maliba (province du Katanga). Leur but: lutter contre la dictature pour instaurer un Etat de droit.

Une intrépidité à toute épreuve! Ils voulurent mettre en marche un parti, à très forte dose démocratique interne. A l’inverse du Mouvement populaire de la Révolution (MPR) de Mobutu. Avec en toile de fond un réceptacle où puissent se mêler tous les Congolais progressistes, en vue de construire un grand Congo, fort, et prospère.

Au fond, une vision de Lumumba, à la sauce UDPS! Avec, en soubassement, la notion de «solidarisme», comme doctrine. Tous les statuts du parti, du premier à tous ceux qui ont suivi, modifiés, pour le besoin d’adaptation quelconque, n’ont pas dérogé à la règle.

Courte lune de miel

Tel est, en résumé, le socle sur lequel devait s’asseoir l’UDPS. Sortis de prison ou d’anonymat, à l’occasion de la Conférence nationale (1991-1992), après dix ans d’errance, les «Treize» entreprirent de mettre le parti à flot. Avec la volonté de matérialiser des beaux idéaux, sur le papier.

Toutes les réformes et stratégies, par vagues successives, allèrent dans un sens démocratique. Avec un certain succès. A preuve:  mise en place d’un directoire national, dans une formule de prise de décision de manière collégiale; collège des fondateurs, plus tard (coulé dans le même moule démocratique); élargissement de tous les organes dirigeants du parti; appel de pied en direction des derniers «francs-tireurs», restés fidèles à la dictature…

Mais la tenue de la Conférence nationale, cœur battant de la vie politique congolaise, pendant un temps, ne joua pas pour l’UDPS qu’un rôle salvateur. Dans un sens, elle donna au parti l’opportunité de rassemblement à travers tous ses membres, leur ayant ainsi permis de cogiter sur la consolidation du parti et sur l’avenir du pays; dans un autre, à cause des perspectives politiques qu’elle ouvrait, elle aiguisa des ambitions personnelles. Et, actionna, de ce fait, le début d’une lutte interne, sournoise.

Ainsi donc, la lune de miel fut-elle éphémère. Après l’unanimité faite autour de l’élection d’Etienne Tshisekedi, au poste de Premier ministre, issu de la Conférence nationale, la structure se réduisit comme une peau de chagrin. En 1993 (déjà?), le charismatique Kibasa Maliba, qui, jusque-là, amenait l’organisation, en qualité de président du collège des fondateurs, ainsi que le professeur Marcel Lihau (province de l’Equateur) eurent le pied dans l’étrier. Avant de s’en aller effectivement. Et, définitivement. Plusieurs autres membres fondateurs tirèrent également leur révérence.

Le conclave dit de «clarification au Centre Bondeko», en juillet 1994, n’arrangea rien au vacillement de l’organisation, en dépit de la reconduction à sa tête de Kibasa Maliba. A ce sujet, plusieurs thèses s’affrontèrent. Nombre d’observateurs soutinrent que la cause principale du clash aurait été la résultante des ambitions personnelles des uns et des autres, tandis que sur l’autre versant, des détracteurs d’Etienne Tshisekedi l’accusèrent fermement de tribaliste. Le plus virulent d’entre eux fut François Lusanga Ngiele, un des membres du collège des fondateurs (pourtant de la même province d’origine que Tshisekedi).

Ce grand sociétaire de l’UDPS alla jusqu’à écrire ceci, avec rage: «Tshisekedi se croit être au-dessus des textes régissant le parti». Il enfonça le clou: «Il se fit entouré d’organisations tribales auxquelles il prit plaisir, qui le prirent aussi en otage» (Texte daté du 5 octobre, 2004, fait à Hartford USA, disponible sur Internet).

Une véritable rébellion

Le fait principal observé, depuis le «conclave de clarification» tenu à Kinshasa, en 1994, est que l’UDPS fut comme esseulée. De ce fait, Etienne Tshisekedi sembla rester seul maître à bord, jusqu’à son décès, en février 2017. C’est au cours de cette longue période de vingt-trois ans (1994-2017), selon plusieurs analystes, que le parti connaîtra une métamorphose, et la dérive autoritaire d’un seul homme.

Tout récemment, le journaliste Freddy Mulongo venait de publier un article incendiaire, à ce propos, sur Mediapart, un site d’information sérieux et prisé en France. Le titre, «RDC: UDPS, du parti national au parti médiocre tribalo-ethnique», en dit long (Mediapart, 7 avril 2020).

Il est vrai, qu’en dépit de cet affaiblissement de l’UDPS, à travers le départ de tous ses membres fondateurs, presque, et autres caciques, le charisme de Tshisekedi n’avait pas pris une ride. Il avait même sérieusement gagné la présentielle organisée en 2011, victoire détournée par Kabila.

Mais, qu’en dire, en définitive, sur la survie de ce grand parti d’opposition, aujourd’hui en coalition avec le «raïs» du Congo? Le pire ennemi de la démocratie? Sur ce point repose le problème majeur avec sa base. Ne voyant pas les choses de la même manière, cette jeunesse, politisée et longtemps exploitée, est entrée carrément en véritable rébellion. Elle a ouvert les yeux. Ses sorties dans la rue ne sont plus à interpréter comme des simples mouvements d’humeur.

Fille aînée de l’opposition

«Quand il y a combat des mêmes contre les mêmes», Thomas Hobbes, dans son excellent ouvrage intitulé Léviathan, n’y voit que de la violence, et l’absence d’Etat. Par extension, et dans le cas présent, il y a plutôt à voir l’absence de «l’autorité morale» – selon la terminologie politique actuellement en vogue au Congo -, à la tête de l’UDPS. Avec pour effet d’entraînement, la disparition de tout. Dans un bref délai ou sur le long terme.

Forum des As, un quotidien kinois, y met son grain de sel, en prévoyant la fin de l’UDPS comme celle du Parti unifié lumumbiste (PALU), parti du patriarche Antoine Gizenga, décédé en février 2019, à Kinshasa. «UDPS y laissera des plumes comme PALU», prophétise-t-il. En cela, le journal fait allusion à la voracité de Kabila, qui n’attaque jamais sa proie sans l’étrangler totalement. Pour avoir accepté de faire alliance avec ce dernier, PALU n’est plus aujourd’hui qu’un souvenir!

La fin de l’UDPS hante les esprits. C’est la fille aînée de l’opposition. Quitte à Félix Tshisekedi de tenir jusqu’au bout, face à Kabila. Eviter, comme le disait Churchill, «de connaître la défaite, après avoir connu la honte». La honte? Félix l’a bien bue, jusqu’à la lie. A travers sa traitrise. Saura-t-il vaincre Kabila?

Question d’honneur ou de déshonneur pour FATSHI (Félix Antoine Tshisekedi) lui-même, pour la mémoire de son père, et pour l’UDPS, son héritage politique. Tout est lié.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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