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RD Congo: Kabila, encore une fois?

Joseph Kabila de retour? (Ph. d'archives)

Joseph Kabila se prépare à revenir. Et à gagner la mise. L’information, qui circulait déjà dans l’ombre de la rumeur, a fini par prendre corps. C’est son ancien directeur de cabinet, Néhémie Mwilanya, qui l’a récemment déclaré à TV5. A la minute près, sur les réseaux sociaux, l’annonce est devenue virale. Avant qu’elle n’investisse les sphères de la réflexion, afin d’en débattre sur son aspect juridique. La Constitution le permet-elle? Telle est la question majeure, qui divise les juristes, sur fond d’un débat éculé.

«Débat éculé», parce que celui-ci ressemble à un marronnier, autrement dit, à quelque chose qui revient régulièrement. Comme c’est le cas de la rentrée scolaire, par exemple. Avant la fin du deuxième mandat de Kabila, en 2018, on en avait parlé, jusqu’à plus soif. Le sujet polémique était de savoir, à l’époque, si le prédécesseur de Félix Tshisekedi était habilité à rempiler pour un troisième mandat. Les juristes, ces esprits cultivés et éclairés, pensait-on, avaient déçu. Pour des raisons partisanes, ils ont présenté le droit comme un patrimoine médiéval à partager à qui mieux mieux, selon les intérêts des seigneurs pour qui ils parlaient. Et ce, au grand dam de tout un peuple. Avec pour résultat final un bain de sang, à Kinshasa.

Or, il ne s’agissait d’autre chose que du contenu de la Constitution, un texte écrit, laborieux, expurgé autant que possible de toute «scorie»; un texte comme «gravé dans le marbre» et dans les esprits, à quelques exceptions près; un texte accepté par la majorité des Congolais, à travers un référendum. Voici ce que ce texte fondamental dit in extenso, à ce sujet, dans son article 70:

«Le Président de la République est élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois. A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu».

Des mots simples, usuels; deux phrases courtes et claires. Sans fioriture aucune. La clarté est nette. La compréhension qui en découle aisée. Kabila, par la force des choses, s’était résigné à se mettre à l’écart. Ses affidés, par ricochet, se sont tus. Mais tout le monde savait que ce n’était que partie remise, au regard des ambitions politiques démesurées de celui qui ne voulait pas lâcher le pouvoir. On savait que ses défenseurs, ces érudits professeurs en droit s’il en est, allaient se mettre au vert pour mieux affûter les armes, en vue de remettre leur idole en selle. Donc, les cris d’orfraie qu’on entend monter aujourd’hui du camp Kabila, pour annoncer le retour de leur champion dans l’arène, ne peuvent surprendre personne.

Une «affaire déjà jugée»

La surprise, toutefois, c’est quand l’analyse révèle que l’impasse d’hier sera celle de demain. Tant les dispositions de la Constitution, ayant contraint Kabila à se mettre à l’ombre, n’ont pas été modifiées d’un iota. En revenant aujourd’hui sur le même sujet, c’est comme si on remettait sur le tapis une «affaire déjà jugée». En d’autres circonstances et à l’inverse (en matière pénale), on aurait vite recouru au principe latin «non bis in idem»: autrement dit «on ne condamne pas deux fois, l’affaire ayant été jugée». Rappelons, à ce sujet, ce qu’avait écrit le journal français Le Figaro, concernant la décision du dictateur de renoncer au troisième mandat: «Rarement un chef d’Etat africain avait reçu autant de félicitations du monde entier» (Jean-Marc Gonin, Le Figaro, 17/08/2018). Autrement dit, pour toute compréhension imprégnée de bon sens, «l’affaire est scellée à la cire». Comment la même personne pourrait-elle vite oublier un tel témoignage international?

La surprise, également, c’est le fait que «l’énigme» du pacte qui lie Kabila à Tshisekedi n’a pas été percée, à ce jour. Ce pacte reste dans l’opacité, en dehors de quelques bribes sans grande importance. Quel en est le principe de base? Est-ce pour que Tshisekedi, comme on le prétend, puisse passer doucement la main à Kabila, le moment venu? A la manière russe Poutine-Medvedev? On sait comment l’actuel chef de l’Etat a été propulsé aux ors du pouvoir. Ou en est-on en train d’assister à la vraie rupture entre les deux «partenaires» de circonstance? Si cette dernière hypothèse se vérifie, il est certain que les deux camps vont s’affronter, à mort, à Kinshasa. Car, il y a rarement rupture sans douleur. Surtout, si celle-ci se fait dans la lâcheté. Et puis, il y a l’armée congolaise – pas du tout républicaine – qui se posera en troisième larron, partagée entre les deux belligérants. Avec tous les risques que cela vire à une guérilla urbaine.

Ce n’est ni plus ni moins un avis de tempête. Mais, pour les fidèles de Kabila, rien n’y fait. Ils sont toujours sur la brèche, estimant avoir la chance de l’emporter, lors de prochaines échéances électorales, fin décembre 2023. C’est pour cette raison qu’ils lèvent un nouveau lièvre sur l’article 70 de la Constitution, en tablant sur le mot «renouvelable». Ils expliquent que ce vocable n’a de contenu juridique que pour un individu qui est en exercice. De ce fait, Kabila n’y est donc pas concerné. De même, ils touchent également à la loi portant statut d’anciens présidents, qui confère à l’ancien dictateur le titre de «sénateur à vie». Or, ce statut est en incompatibilité constitutionnelle avec la fonction suprême. En cela, ils répondent que le bénéficiaire de ce titre, par ailleurs honorifique, peut valablement y renoncer. Donc, tout compte fait, l’ancien raïs peut rempiler tranquillement pour un nouveau «mandat de cinq ans, renouvelable une fois».

C’est autour de ces deux clauses majeures que va se jouer la nouvelle et dernière «querelle des juristes». Peu importe le camp qui en sortira vainqueur, entre les pro Kabila ou les pro Tshisekedi, puisqu’ils n’en tireront pas de dividendes électoraux. Et ce, pour deux raisons principales parmi tant d’autres. Il s’agit des bilans socio-économiques calamiteux, pris séparément, des deux partenaires, ainsi que de la présence du nouveau paysage politique. Celui-ci s’est totalement modifié, depuis la désintégration de l’opposition réunie, sous l’appellation de LAMUKA. Après la trahison de Tshisekedi. Aujourd’hui, la scène politique congolaise est multipolaire, dont chaque pôle est une force politique incontournable. Ils sont représentés par Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Matata Ponyo… et même, pourquoi pas, par Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix. Un tel environnement politique, riche en compétence et revêtu de noblesse, ne donnera ni à Kabila, ni à Tshisekedi la chance de l’emporter. A moins qu’ils décident de nouer des alliances… mais avec qui?

De mauvais présidents

Kabila, encore une fois? Tshisekedi candidat, «déjà»? Ces deux questions roulent dans les milieux des congolais comme une pierre, à la recherche de la mousse, autrement, d’une bonne réponse apaisante. On en discute et on en fait la part des choses. La conclusion est quasi unanime. Mettant dans la balance Kabila et Tshisekedi, on estime que «le premier est meilleur, par rapport au second, mais qu’ils doivent tirer leur révérence». «C’est de mauvais présidents», insiste-t-on. Reste une question plausible, mais à laquelle les gens ne font pas attention: «Et si les deux se mettaient ensemble, en rapport avec leur ‘Deal’mystérieux»? Ils aggraveraient leur détestation par le peuple, pense-t-on.

Faute de sondage scientifique effectif, en ce moment, cette conclusion «empirique» ne manque pas de force d’indication. N’est-ce pas qu’à partir de l’empirisme on accède à la science?

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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