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RDC: «Que Ramazani Shadary gagne!»

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Les trois candidats de l'élection présidentielle les plus en vue, Shadary, Fayulu et Tshisekedi (Ph. l'humanité.fr)

On en était déjà à ce jour «J», appelé de leurs vœux par des millions de Congolais: les élections pour une alternance démocratique. Comme par hasard, le chiffre «30» a coïncidé avec le «30» juin, date de l’indépendance du pays en 1960.  La comparaison s’arrête là. Car, le 30 décembre 2018 ne sera pas marqué d’une pierre blanche, en raison d’une parodie d’élection, où le vainqueur ne peut qu’être Emmanuel Ramazani Shadary.  Le nom est comme gravé dans le marbre par le poinçonneur de service, Joseph Kabila.

Puisque le «diable est dans les détails», nous en avons choisi quelques-uns pour justifier notre assertion. Quand Corneille Naanga, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la veille du scrutin, proclamait le «que le meilleur gagne», la doublure cachait «que Ramazani Shadary gagne!» Le résultat du vote annoncé dans ses premières tendances, déjà ce lundi 31 décembre 2018, le confirme. Ramazani Shadary caracole en tête de ce dépouillement encore balbutiant, pour ne pas dire chaotique.

Après avoir voté, dimanche 30 décembre 2018, à Kinshasa, Shadary ne s’en était pas caché. Radieux, il déclarait devant les caméras: «A partir de ce moment, je suis élu président de la République». D’aucuns pouvaient penser à une farce de mauvais goût, mais l’intéressé, qui est sans doute dans le secret de la «machine à voter», maîtrisait bien le sens de ce qu’il disait. Il est vrai que le candidat de l’opposition Félix Tshisekedi, leader de la coalition CASH, avait dit aussi: «La victoire est à nous»- C’est une formule utilisée par les candidats après le vote, pour se donner du moral -, mais la nuance entre les deux déclarations est claire. Shadary était dans le registre de la «certitude» de ce qui devra arriver, tandis que Tshisekedi était dans celui de la «probabilité». «Je suis élu président de la République» et «La victoire est à nous» n’ont pas la même intensité dans la pensée de ceux qui le déclaraient, et encore moins au niveau de ceux qui ont reçu le message.

«Le temps du désir» d’un changement

Pendant ce temps, le président Kabila, un taiseux pathologique, a retrouvé subitement la faconde. Vers fin décembre 2018, il a accordé, coup sur coup, trois interviews. La première au quotidien belge «Le Soir», la deuxième aux médias exclusivement anglophones, et, enfin, la troisième, à la «BBC kiswahili». Entretien suivis, le 30 décembre, des vœux traditionnels de fin d’année. Dans l’ensemble, son discours ne laisse échapper pas un seul mot allusif à son départ. On y sent que du «J’y suis, j’y reste, puisque mon poulain Shadary va gagner les élections truquées». Toujours dans le cadre de la «victoire autoproclamée», après un vote chaotique reconnu par plusieurs observateurs de l’Eglise catholique et de la société civile (les observateurs internationaux ayant été mis à l’écart), Corneille Naanga se déclarait, ce lundi matin, satisfait de l’opération. Sans froid aux yeux. Alors que plus d’un million d’électeurs, pour des raisons fallacieuses, en ont été exclus à Beni, Butembo et Yumbi. Alors que les «machines à voter» n’ont pas été à la hauteur de la performance que leur attribuait le même Naanga. Alors que beaucoup de personnes n’ont pas voté, faute d’avoir cherché en vain leurs noms sur les listes électorales…

Quoi qu’il en soit, il y a un thème de satisfaction à retenir, en attendant le résultat partiel, dimanche 6 janvier: le «temps du désir», très fortement exprimé par le peuple congolais, de connaître une alternance démocratique. Il est sorti en masse pour se choisir une nouvelle catégorie de personnes afin de prendre les rênes du pays. Faut-il espérer une inversion de tendance, à la fin du dépouillement de toutes les urnes et de leur comptage? Attendons de voir… Mais c’est certain que dans le camp présidentiel, les «têtes ne sont  pas dans les étoiles»… Sinon, ils n’auront pas décidé de couper Internet, de bloquer les SMS, et de tuer le signal de RFI, juste le jour du nouvel An.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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