Accueil Editorial RDC : qui va sauver Tshisekedi de sa deuxième mort ?

RDC : qui va sauver Tshisekedi de sa deuxième mort ?

Le cercueil de Etienne Tshisekedi toujours en attente d'être rapatrié (Ph. Reuters/François Lenoir)

Jusqu’à la tombe, le « sphinx de Limeté » aura fait marcher le pouvoir congolais sur une pente raide. Les marchandages macabres sur le retour et surtout les obsèques de Etienne Tshisekedi font rage et empêchent pour l’instant le leader historique congolais de reposer en paix, depuis son décès survenu à Bruxelles le 1er février 2017. Si en Belgique, ex colonisateur avec qui la RDC garde des liens séculaires, parfois troubles et houleux, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, est loin d’être en pays totalement étranger, il n’en demeure pas moins que la terre de ses ancêtres est bien le Congo Belge, anciennement Zaïre et aujourd’hui République démocratique congolaise. Et en Afrique, avec le grand respect et le culte qui leur sont voués, les morts ne sont d’ailleurs jamais morts. Ainsi, tel le phénix qui renaît toujours de ses cendres, l’esprit du sphinx de Limété demeurera toujours présent dans le quotidien des siens. En attendant, il continue de hanter la vie politique congolaise dans une RDC à la croisée des chemins, taraudée par l’équation Joseph Kabila qui tient à briguer un nouveau mandat envers et contre la constitution, son opposition et une partie de son peuple.

En voulant s’arroger l’organisation du rapatriement de la dépouille de « Tshitchi » et de ses obsèques, le pouvoir en place entend tirer les marrons du feu et prévenir par là tout débordement.  En effet, grand tribun de son vivant et mobilisateur de foule devant l’Eternel, « le Vieux » continuera de troubler le sommeil de Kabila fils, comme il a donné des nuits blanches à son père Laurent Désiré et son prédécesseur Mobutu. Mais l’entreprise ne sera pas des plus aisées pour le pouvoir. Pour annoncer les couleurs, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), chauffe déjà le pays à blanc, posant le préalable embarrassant pour Joseph Kabila que les funérailles de leur champion soient précédées de la mise en place du gouvernement issu de l’accord du 31 décembre. D’autre part, toutes les cérémonies doivent avoir pour maître d’orchestre, selon l’UDPS, le duo constitué par les familles biologique et politique de Etienne Tshisekedi.

Et comme pour corser la partie, Moïse Katumbi, le richissime homme d’affaires, ancien gouverneur du Katanga, et candidat à la prochaine et hypothétique élection présidentielle, entend accompagner le corps de Etienne Tshisekedi à Kinshasa. Problème, car le député du Katanga, irréductible opposant de Kabila fils dont il est désormais le concurrent le plus sérieux et le plus redouté, fait l’objet d’un harcèlement juridique de la part du pouvoir et est même condamné à 36 mois de prison et à une amende d’un million de dollars américains. De ce fait, il devient non seulement inéligible, mais le couperet de la loi risque de s’abattre sur lui dès son come-back en RDC. Se laissera-t-il conduire docilement comme un agneau, dans les geôles de Kabila, lui qu’une immense foule avait accompagné, le 9 mai 2016, à une audience au parquet général et dont la manifestation pacifique de soutien a été violemment réprimée par les forces de l’ordre ?

Autour de la dépouille de Etienne Tshisekedi, les ingrédients du cocktail explosif sont réunis et la déflagration n’en sera que plus imminente. Sauf si l’esprit de dialogue et de conciliation prôné de son vivant par le « sphinx de Limété » prenne le dessus et sache faire raison garder aux deux camps qui pour l’instant, se regardant en chiens de faïence ne veulent rien lâcher. Qui pourra éviter cette deuxième mort à Etienne Tshisekedi dont le corps continue de faire l’objet de surenchères politiques ?  Question.

Par Wakat Séra

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