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Sénégal: combat de boxe inédit sur le ring de l’Assemblée nationale!

La scène inédite de gendarmes pour mettre de l'ordre au sein de l'Assemblée nationale en pleine rixe

Amadou Mame Diop est le nouveau président de l’Assemblée nationale sénégalaise. Le député de la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar (BBY) s’est hissé au perchoir après un combat de boxe inédit qui a mis aux prises les députés du pouvoir à ceux d’une opposition éclatée qui s’est retrouvée avec plusieurs candidats dans la course à la succession de Moustapha Niasse. En effet, pour rester dans le langage du noble art qui avait trouvé ring au sein de l’hémicycle ce lundi, à l’occasion d’une rentrée parlementaire chaotique, les pugilistes de Yewwi Askan Wi (YAW) et de Wallu Sénégal de l’ancien président Abdoulaye Wade, à l’issue des législatives de ce 31 juillet qui avaient mis dans leur escarcelle commune 80 sièges, n’ont pas pu boxer sous les mêmes couleurs de l’opposition réunie.

Pourtant, ensemble, ils avaient tutoyé BBY qui a engrangé 82 élus, arrachant de justesse la majorité absolue grâce au renfort d’un faiseur de roi nommé Pape Diop. Finalement, ce jour de vote du patron de l’Assemblée, les opposants, ont même jeté l’éponge donnant une victoire sans gloire au champion de BBY, en l’occurrence, le docteur en pharmacie de son état et maire de Richard-Toll qui devient le patron du ring, pardon de l’hémicycle, avec 83 voix pour 84 votants.

Pour arbitrer ce combat de boxe qui noircit, incontestablement et malheureusement les pages du livre de l’histoire politique du Sénégal, pays pourtant reconnu comme phare de la démocratie en Afrique de l’ouest, des gendarmes ont dû se déployer dans l’arène où les gladiateurs du jour ne se faisaient aucun cadeau, par des invectives et des empoignades. Les débats houleux ont particulièrement achoppé sur deux points: l’opposition a soulevé l’incompatibilité de postes des «ministres-députés» qu’ils pensent auraient dû démissionner avant de se présenter à l’Assemblée et les désaccords sur la nature du bulletin pour l’élection du président de l’institution législative. Jusqu’au bout, ces législatives de 2022 auront été exceptionnelles. Des échauffourées nées du retoquage de la liste avec erreur des titulaires de la coalition YAW, toute chose qui a privé le bouillant maire de Ziguinchor, Ousmane Sonko, de participation aux élections, à cette rixe généralisée à l’hémicycle, en passant par la forte suspicion de 3è mandat prêtée au président de la république Macky Sall, rien n’a coulé de source pour ces législatives.

Même qu’Amadou Mame Diop porte pratiquement une écharpe de président de l’Assemblée par accident, les candidats en pole position de Benno Bokk Yakaar étant les anciens ministres Amadou Ba et Aly Ngouille Ndiaye et surtout la favorite des favoris, la tête de liste BBY aux législatives, Aminata Touré. Mimi Touré, comme appelée affectueusement ou encore la «Dame de fer», a même boudé la suite des opérations, quittant la salle avant la fin des travaux d’installation des députés.

Le peuple sénégalais qui attendait tant de cette 14è législature, a effectivement eu sa rupture, mais certainement pas la césure qu’il espérait. Certes, ce creuset des lois, miroir de la démocratie s’il en existe encore, verra, pour la première fois, l’opposition prendre possession de presque la moitié des sièges, ce qui présage de débats bien enlevés qui devraient sortir le pouvoir de son confort. Mais pour cela, les 165 élus, qu’ils soient de Benno Bokk Yakaar, de Yewi Askan Wi ou de Wallu Sénégal doivent enlever les gants qui sont incompatibles avec les boubous et bonnets blancs de députés qui doivent privilégier la force de l’argument à l’argument de la force. Le tout nouveau président, l’Honorable Amadou Mame Diop doit, pour cela, bien empoigner son maillet pour remettre tout son monde dans les rangs.

Par Wakat Séra

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