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UE-UA: enfin le sommet plus?

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Emmanuel Macron et Macky Sall, présidents respectifs de l'UE et de l'UA: regarder désormais dans la même direction! (Ph. d'illustration/kafunel.com)

Un sommet de plus ou un sommet plus? La question se pose maintenant plus que jamais! Non seulement la multitude de ces rencontres ont été de grosses montagnes qui accouchent invariablement de petites souris, mais elles ne servent qu’à affirmer, et confirmer, le statut dominant de ces nations dites grandes comme celles de l’Europe sur les petits pays dont ceux de l’Afrique. Raouts  très prisés par les têtes couronnées, ces réunions où le champagne coule à flôt sur le foie gras, sont pourtant censés se pencher sur diverses préoccupations de l’heure, allant de la menace constante des conséquences graves du changement climatique, à la lutte contre le Covid-19, en passant par le cimetière à ciel ouvert qu’est devenue la Méditerranée pour migrants à l’assaut de la citadelle Europe, en quête d’un illusoire mieux-être.

Les questions économiques, politiques, militaires et économiques, sont également au menu de ceux qui nous dirigent, bien que marquées du sceau indélébile de la discrimination au dépend de ces nations productrices et fournisseuses de matières premières mais éternelles consommatrices de produits finis, et pour qui l’Europe, les Etats-Unis et la Chine décident toujours. De plus ces sommets entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA), utilisent et abusent du dictionnaire du partenariat, mais en réalité sont de véritables outils de promotion de la verticalité des relations entre un continent noir où tendre la sébile est le sport le mieux pratiqué et une Europe qui s’est érigée en Mère Teresa.

Dans cette logique où la main qui demande est toujours au-dessous de celle qui donne, comment parler de partenariat? Un changement véritable de paradigmes sera donc des plus porteurs pour l’avenir, et ce sommet UE-UA qui se tient après celui déjà lointain de 2017 à Abidjan en Côte d’Ivoire, pourrait servir de point de départ historique à la nouvelle aventure Afrique et Europe. Cette évolution doit s’imposer d’abord aux Africains qui doivent intégrer pour de bon, comme l’a dit feu le professeur et homme politique burkinabè Joseph Ki-Zerbo, qu’«on ne développe pas», mais «on se développe», ensuite pour les Européens pour qui le partenariat gagnant-gagnant avec l’Afrique doit passer de l’effet de mode à la réalité. L’option doit aller à des relations saines entre les deux continents rapprochés par des liens historiques de colonisation, d’indépendances…dans la dépendance, et de coopération.

Si ces mutations vers des relations plus équilibrées ne s’opèrent pas, l’Europe ira de surprise en désillusion. Car les Africains d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et la percée, sur le continent, de puissances comme la Russie et la Chine ne s’en trouvera que renforcée.  Russes et Chinois qui ne profitent que de cette accumulation de frustrations provoquées surtout par ce complexe de la supériorité du blanc sur le noir. Notion inculquée depuis le bas-âge qui conduit même les enfants à préférer une poupée blanche, symbole de la beauté et de la pureté, à une poupée noire, couleur sale, laide et assimilée à satan.

Certes, ce sommet UE-UA, risque de faire, en toute logique, la part belle à la lutte contre le terrorisme. Car la menace est réelle et sans sécurité, aucune action de développement ne peut être entreprise. Mais le départ de Barkhane du Mali pour mieux rester au Sahel, que ce soit avec le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, ou le Tchad, comme base, et l’enterrement probable de Takuba, mort-né sur les rives du Djoliba, doivent servir de tremplins pour réorganiser la lutte contre le terrorisme en Afrique.  Les terroristes de Afrique de l’ouest et les shebab de la Somalie doivent trembler face à de nouvelles stratégies plus affinées, et menées de concert, entre armées nationales et forces européennes. Mais aussi et surtout, ce sommet de Bruxelles doit penser développement du continent noir, même si l’autre a dit que «les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts».

L’occasion est peut-être la bonne pour Emmanuel Macron de redonner de nouvelles couleurs africaines, reconnues chatoyantes, à ce partenariat UE-UA, pour donner une nouvelle vie à des continents finalement très dépendants, l’un de l’autre.

Ainsi, ce sommet UE et UA sera plus et pas un de plus.

Par Wakat Séra