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Wolfram Vetter: «L’UE reste aux côtés des Burkinabè contre le terrorisme»

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Wolfram Vetter, ambassadeur, chef de la Délégation de l’Union européenne (UE) au Burkina Faso

Avec Wolfram Vetter, ambassadeur, chef de la Délégation de l’Union européenne (UE) au Burkina Faso, dans un entretien qu’il a bien voulu accorder à Wakat Séra, le jeudi 6 février 2020, nous avons abordé divers sujets dont les contours du Brexit, le contexte sécuritaire doublé de la crise des déplacés au Burkina Faso, l’appui de l’UE à la force conjointe du G5 Sahel, composée du Burkina Faso, du Mali, du Tchad, du Niger et de la Mauritanie et l’épidémie du Coronavirus. Le diplomate, n’a pas manqué de souligner l’intérêt pour l’institution qu’il représente «qu’il y ait la stabilité» au pays des Hommes intègres. C’est ainsi qu’il estime qu’il importe que les élections fixées au 22 novembre 2020 aient lieu à bonne date, car elles «jouent un rôle clé» dans le maintien de la paix.

Wakat Séra: Comment peut-on expliquer, en français facile, le Brexit tel que vécu par l’Union européenne le 31 janvier 2020?

Wolfram Vetter-Ambassadeur de l’UE au Burkina: En français facile, le Brexit veut dire qu’au lieu de 28 Etats membres, à partir du 31 janvier 2020, l’Union européenne en compte maintenant 27. Le peuple britannique a voté en majorité, avec 51%, il y a trois ans et demi pour quitter l’Union européenne. Mais je peux vous assurer que pour l’instant il n’y a pas un grand changement. Il y a un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni qui dit que jusqu’à la fin de cette année, en principe, rien ne change, sauf que le Royaume-Uni ne participe plus au mécanisme décisionnel de l’Union. Mais pour le reste, la circulation des personnes et des biens continue jusqu’à la fin de l’année et pendant cette période, nous allons essayer de négocier un nouveau contrat de partenariat avec le Royaume-Uni. L’UE reste aussi, après le Brexit, un pouvoir économique et politique de premier rang. Elle demeure le premier partenaire commercial de l’Afrique et – avec les Etats membres de l’UE – le premier fournisseur d’aide au développement.

Quid des citoyens britanniques qui avaient en même temps la nationalité européenne?

Il y a une citoyenneté européenne pour les ressortissants de l’Union européenne, en supplément de la nationalité des Etats membres de l’Union que les amis britanniques vont perdre. Ils n’auront plus la citoyenneté européenne.

Il y en a qui seront vraiment pénalisés, surtout ceux qui n’ont pas voté pour ce Brexit…

Honnêtement, je souffre beaucoup avec eux et j’ai de la sympathie pour ceux qui ont lutté pour que la Grande Bretagne reste, mais en même temps, je respecte cette décision de la majorité du peuple britannique. C’est clair que nous les Européens, surtout dans les institutions européennes, nous regrettons beaucoup ce départ.

Quelles ont été les raisons avancées par le Royaume-Uni pour quitter l’Union européenne?

Nous avons essayé évidemment de comprendre mais je crois que c’est plutôt aux Britanniques d’expliquer pourquoi ils sont partis. Personnellement, j’ai du mal à comprendre la décision de quitter une organisation qui a réussi à rendre après la deuxième guerre mondiale, l’Europe un continent si paisible et prospère.

Qu’est-ce que ce Brexit entraine comme conséquences?

Il y a des conséquences assez pratiques. Je rappelle que de 28 Etats membres, nous sommes passés aujourd’hui à 27. On était à peu près 500 millions de ressortissants européens, aujourd’hui on va perdre à peu près 60 millions de citoyens. Il y a aussi des conséquences financières parce que le Royaume-Uni était un contributeur important au budget de l’Union européenne. Maintenant, les conséquences sur le long terme, dépendront des relations qu’on va négocier, développer après cette année. En ce qui concerne nos partenaires internationaux, il y a des accords qui étaient conclus entre eux et l’Union européenne. Comme le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’UE, il doit négocier dorénavant avec les partenaires bilatéraux et des organisations internationales.

Y’aura-t-il une renégociation de tous les accords?

Non. Les accords commerciaux, de coopération scientifique, dans l’aviation, dans le nucléaire, etc., et qui sont conclus entre l’UE et ses partenaires restent en application sans modification. Ça s’applique aussi à l’accord de Cotonou qui règle les relations entre l’UE et le Burkina Faso. Le Royaume-Uni par contre doit décider quelles relations il veut avoir avec des pays tiers, et en conséquence négocier des accords bilatéraux avec ses partenaires.

Pourquoi, selon vous, les négociations ont duré quatre ans avant d’aboutir à la sortie du Royaume-Uni? Est-ce que ça coinçait quelque part?

C’est quelque chose de très compliqué. Après 47 ans de vie commune, ce n’est pas facile de cesser de faire partie d’une structure aussi intégrée que l’UE. Au début des négociations, la partie européenne a fait des propositions et présenté des options toujours avec l’objectif de maintenir des relations aussi étroites que possible avec un Etat qui a décidé de ne plus être membre de l’Union. La position de l’Union européenne a été assez claire. Il y avait quand même pas mal de discussion, ce qui est compréhensible côté Royaume-Uni. On a tous pu suivre les débats qui étaient très animés au parlement à Londres. Une chose est certaine, le processus n’a pas été retardé par la partie européenne.

Le départ du Royaume-Uni, ne va-t-il pas susciter d’autres départs?

Moi je ne crois pas qu’il y a ce risque. Chaque pays membre est libre et a cette possibilité selon les Traités. Chaque Etat membre peut quitter l’Union européenne, mais je crois que l’exemple du Royaume-Uni a quand même montré que ce n’est pas la meilleure idée. C’est devenu plus clair pour tout le monde qu’être membre de l’Union est mieux qu’en être hors. Nous vivons une période assez difficile. Il y a beaucoup de défis mondiaux comme le changement climatique, la sécurité ou plus généralement le maintien d’un ordre international basé sur les règles, la promotion des questions comme les droits de l’Homme, la bonne gouvernance, etc. Ce sont des questions qu’on ne peut bien promouvoir que si on est ensemble. Ce sont des questions qui nous concernent directement, qui sont à régler au niveau international, et l’Europe à travers l’Union européenne a quand-même le poids et le pouvoir de défendre ses intérêts et de jouer un rôle constructif sur la scène internationale. Les défis aujourd’hui sont certainement mieux à défendre ensemble que seul.

Est-ce que le Royaume-Uni peut décider de revenir dans l’Union européenne?

A tout moment, le Royaume-Uni peut revenir dans l’Union européenne s’il le veut. Mais pour le moment, on respecte son choix de partir.

Quelles sont les conséquences que ce Brexit peut avoir sur l’Afrique?

Nous avons des accords importants avec l’Afrique, en premier lieu l’Accord de Cotonou. Mais avec le Brexit, le Royaume-Uni ne fait plus partie de ces accords. C’est-à-dire qu’il faut qu’il lui faut renégocier de nouveaux accords.  Pour les pays africains qui veulent exporter vers l’Union européenne, rien ne change. Les accords restent en vigueur, mais le Royaume-Uni ne fera plus partie de ces accords.

Des journalistes de Wakat Séra en entretien avec l’ambassadeur de l’Union européenne Wolfram Vetter, à l’ambassade de l’UE

Quel est l’état des relations entre l’Union européenne et le Burkina Faso?

Les relations sont très bonnes. Vraiment j’ai pu découvrir ici, au-delà des déclarations officielles, que nous avons de très bonnes relations empreintes de beaucoup de confiance et de transparence, avec une coopération très étroite et ouverte. Là où on n’est pas d’accord, on échange et on trouve une solution. Nous avons vraiment un très bon partenariat.

Et vous-même, quelles sont vos relations personnelles avec les Burkinabè?

Vraiment, je me sens très bien ici. Je suis à l’aise ici. Je me sens très bien accueilli. Les Burkinabè sont des gens très ouverts, très gentils, très cool, souriants et cela me plait beaucoup. Ici même à la Délégation, avec mes collègues burkinabè, ça se passe toujours très bien.

Le constat est que depuis quelques années, le Burkina Faso est victime d’attaques armées dites terroristes. Comment analysez-vous la situation, surtout que ces derniers temps, la population civile est devenue la cible privilégiée des assaillants?

C’est très sérieux, ce problème de terrorisme. L’extrémisme violent est un choc pour le Burkina Faso et ses partenaires.

Le mois de janvier 2020 a été extrêmement sanglant et cela me touche beaucoup. Je voudrais exprimer mes condoléances aux familles des victimes. C’est quand même dramatique et inacceptable cette violence contre des gens innocents et pas armés. C’est vraiment choquant. L’Union européenne reste aux côtés de ces familles, des Burkinabè et du gouvernement pour faire face à ce phénomène. Espérons que la situation sécuritaire ne va pas s’aggraver. Mais je suis optimiste et je sais que les Burkinabè sont suffisamment forts et ont cette cohésion sociale pour vaincre ce mal. Nous sommes aux côtés du Burkina Faso. Nous mettons déjà beaucoup de moyens à la disposition du gouvernement.

Il y a aussi le drame des déplacés…

Je suis très touché également par le sort des déplacés qui vivent dans des conditions peu commodes. C’est dramatique. Là, je crois, que nous avons une grande responsabilité ensemble, l’Etat burkinabè tout d’abord évidemment, mais aussi ces partenaires, d’accompagner le gouvernement pour que ces déplacés aient une vie digne et acceptable.  Il faut qu’on règle ce problème afin qu’il ne prenne pas des proportions plus graves.

Quelle est concrètement l’aide que l’Union européenne peut apporter dans la prise en charge de ces déplacés du terrorisme?

C’est tout d’abord une question humanitaire. C’est important, il faut aider d’urgence ces gens pour qu’ils aient à manger, des abris, qu’ils puissent envoyer les enfants à l’école, peut-être aussi pour qu’ils trouvent du travail. Il est aussi important qu’on trouve des solutions durables. Ici au Burkina, on a un Etat et des structures qui fonctionnent et cela est important. Il faut donc travailler en appui au gouvernement là où c’est possible ou en stricte complémentarité avec les efforts de l’administration pour aider les déplacés.

Quelle peut-être la réponse à ces attaques?

Il y a la réponse militaire qui est inévitable, nécessaire. Mais on ne va pas trouver une solution avec seulement ces moyens-là. Je crois que cela est bien compris par les autorités burkinabè. Il faut avoir une approche beaucoup plus vaste. Il faut aussi travailler à renforcer la résilience. Il faut travailler sur le développement mais surtout, il faut travailler pour maintenir et renforcer la cohésion sociale. C’est à partir de là qu’on peut éviter des conflits entre les communautés, les religions, les ethnies qui ont toujours vécu ensemble dans la paix. Je crois qu’il faut sauvegarder et renforcer cela. C’est peut-être la première priorité après le volet militaire.

Le programme d’urgence pour le Sahel est quelque chose que nous saluons et soutenons. Pour cette approche territoriale, il faut prioriser les zones en difficulté et là, il faut avoir l’approche intégrée. Pas seulement l’aspect de la sécurité mais il faut s’assurer qu’il y ait, à la disposition des populations, des écoles, des centres de santé, de l’eau, etc. Cela veut dire qu’il faut vraiment aider les gens qui sont vulnérables et là je crois que le gouvernement a une très bonne approche avec le programme d’urgence pour le Sahel.

Quel est l’apport de l’UE dans la mise en place et l’opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel ?

L’Union européenne est un partenaire majeur dans l’opérationnalisation de cette force conjointe.  L’UE a déjà fourni 75 milliards FCFA (116 millions d’euros) en soutien à l’opérationnalisation de la Force Conjointe du G5 Sahel qui vise à améliorer la sécurité et à lutter contre les groupes terroristes. Dans ce cadre, L’UE a mis à disposition de la Force Conjointe un total de 46 blindés, du matériel de protection individuel pour les FDS (Forces de défense et de sécurité, des détecteurs anti-mines, etc. 78 milliards FCFA supplémentaires (120 MEur) vont être mis à disposition, en accord avec les commandements de la Force Conjointe et les chefs d’Etat-major du G5 S.

Quel accompagnement l’Union européenne peut apporter au Burkina Faso, notamment, en ce qui concerne l’éducation et la santé?

Nous essayons d’avoir une approche intégrée avec tous nos instruments. En complémentarité avec le volet humanitaire qu’il faut renforcer, nous continuons notre coopération de développement sur le moyen et le long termes. Il faut continuer d’accompagner le développement économique et social au Burkina. Là, nous sommes très engagés dans la santé, l’agriculture, le développement rural, et les filières économiques. Nous avons aussi l’instrument d’appui budgétaire. Près de la moitié de notre assistance au développement est fourni à travers le budget de l’Etat. C’est-à-dire qu’on soutient les politiques de l’Etat en donnant l’argent qui part directement dans le budget de l’Etat. Et cela va continuer. C’est le développement, l’humanitaire, et aussi la sécurité qu’il faut essayer de mettre ensemble pour avoir une réponse durable à la situation au Burkina.

Le gouvernement vient de fixer la date de l’élection présidentielle au 22 novembre de cette année. Pensez-vous que le Burkina Faso pourra tenir ces élections dans ce contexte d’attaques armées?

Une des raisons qui fait que nous avons de bonnes relations avec le Burkina Faso, c’est parce que c’est une démocratie, un pays qui promeut les droits de l’Homme, la bonne gouvernance. C’est pour cela que nous avons aussi intérêt qu’il y ait la stabilité au Burkina Faso, et là, les élections jouent un rôle clé et tout le monde en est conscient.  Il faut que ces élections aient lieu. Je sens cette détermination, aussi bien chez les hommes politiques qu’au niveau de la société civile, de vouloir que les élections se tiennent malgré les difficultés, et pour cela je n’ai aucun doute que les élections auront lieu à la date fixée. Il y aura des difficultés sécuritaires, une question budgétaire pourrait se poser, mais ce qui me réjouis, c’est la volonté très ferme de tenir ces élections que nous aussi allons accompagner.

En termes de chiffres, qu’est-ce que vous apportez au gouvernement burkinabè pour ces élections?

Nous allons mettre des moyens à la disposition de la société civile mais aussi des institutions étatiques à travers un panier géré par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement, NDLR). C’est un montant très substantiel.

Comment assurer une élection transparente et inclusive?

C’est toujours un défi d’avoir des élections inclusives, transparentes et paisibles. Et ce n’est pas seulement au Burkina Faso. Mais là, j’ai le sentiment que les problèmes sont connus et il y a cette volonté de tous les acteurs de faire en sorte qu’il y ait une participation large à cette élection. Qu’on ait un processus transparent, je n’ai pas de doute. Mais nous allons toujours faire le plaidoyer et pour ces aspects, et nous sommes prêts à appuyer les acteurs clefs dans leurs efforts d’assurer un bon déroulement de cette élection. J’espère qu’on aura un taux de participation appréciable, surtout au niveau des femmes, des jeunes et des déplacés. C’est important qu’ils aillent exprimer leur vote.

Comment l’Union européenne peut-elle avoir un regard sur les préparatifs de l’élection dans le but d’éviter des fraudes?

Ce sont surtout les Burkinabè qui doivent avoir ce regard. Il y a des organisations de la société civile très engagées, courageuses et très équipées pour faire ce travail. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni, NDLR) est aussi composée des partis au pouvoir, de l’opposition et de la société civile. Là, on a une bonne base, je l’avoue. Nous allons soutenir, accompagner ces organisations et la Ceni avec plaisir pour faire ce travail pour assurer l’inclusivité et la transparence de l’élection. Le cadre juridique et politique qui existe est vraiment bien. Je n’ai pas peur que cette élection se tienne selon les standards internationaux.

Quelle sera votre réaction en cas de report de cette élection?

Ce que j’attends des acteurs, des partenaires, c’est qu’il faut essayer d’assurer que les délais prévus dans la Constitution soient respectés. Je suis confiant que cela sera le cas.

Depuis plus d’un mois maintenant, l’épidémie du Coronavirus sévit en Chine et le mal menace le monde entier. Comment l’Union européenne s’organise pour y faire face?

C’est évident qu’on prend des mesures. Il y a l’alerte qui a été donnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Chaque membre de l’OMS est obligé de prendre des mesures. Je crois que cette épidémie peut être maitrisée même si elle est dangereuse et s’il faut suivre cela de près, sérieusement. Je crois que le Burkina Faso a également déjà pris des mesures et possède la capacité de gérer cette crise.

L’Union européenne a-t-elle apporté son aide à la Chine pour faire face à ce virus qui fait des ravages dans ce pays?

Oui, il y a eu une demande de médicaments et l’Union européenne en a fourni. Au-delà de cela, l’Union européenne reste disponible et solidaire.

Entretien réalisé par Daouda ZONGO et Morin YAMONGBE

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