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1er Mai 2017 : un jour de repos et les travailleurs retourneront à leurs misères !

Une marche des centrales syndicales dans les rues de Ouagadougou pour l'amélioration de leurs conditions de vie (Ph. burkina24.com)

La marche des ouvriers de Chicago sera commémorée une fois de plus à travers le monde, sans que les conditions des travailleurs connaissent une quelconque amélioration. Elles vont même de mal en pis dans certains pays où les droits de l’homme sont le cadet des soucis des gouvernants dont certains en sont de véritables prédateurs. Pourtant, et sans le cœur à l’ouvrage, les travailleurs de tous les pays marqueront une pose pour accomplir le rituel de cette fête du travail. Mais ce sera juste pour le symbole, car ils sont conscient qu’une fois de plus, ils se rassembleront à la Bourse du travail ou marcheront en scandant des slogans pour la plupart hostiles au pouvoir en place et aux employeurs véreux, remettront leur cahier de doléances qui sera « transmis à qui de droit ». Et ce sera tout ! L’année prochaine, le même document qui s’épaissira de quelques pages de lamentations inconsolées des travailleurs sera encore sorti des tiroirs, et dépoussiéré, sera encore remis au même ministre ou représentant de l’autorité qui le recevra avec la même hypocrisie à peine voilée par une déférence bien calculée. Et chacun reste dans son rôle et c’est ainsi que le 1er Mai sera toujours célébré. Comme dans un cycle infini, les doléances des travailleurs continueront de s’amonceler, surtout dans des pays africains où tout est priorité. La santé, l’éducation, la sécurité avec la recrudescence du grand banditisme et surtout du terrorisme, etc., tous les secteurs deviennent budgétivores. Malheureusement, conjoncture économique mondiale difficile oblige, les pays africains qui vivent pratiquement tous sous perfusion, manquent cruellement de moyens pour donner le minimum à leurs peuples. Pour certaines familles où la fumée sort encore sporadiquement des foyers, un bon repas quotidien relève du miracle. Et c’est à cela qu’est réduite la masse critique des travailleurs. Or, solidarité et grande famille africaine étant de rigueur, un seul travailleur est le soutien de dizaines d’autres personnes, de la ville jusqu’au village.

Au Burkina Faso, la réalité est la même. De nombreux travailleurs tirent le diable par la queue. Sorti d’une situation socio-politique qui s’est dénouée par une insurrection populaire qui fortement secouée l’économie burkinabè, le Burkina est embarqué dans un cycle de grèves sous toutes ses formes. Parfois, leur durée dépasse même l’entendement. Presque tous les secteurs sont touchés et malgré les effets positifs du dialogue tripartite, les syndicats et l’Etat sont encore loin d’être sur la même longueur d’onde. Certes tous arrivent à se retrouver autour de la même table, mais le dialogue ressemble à celui de sourds. Pourtant, il faut que chaque partie lâche du lest et qu’un terrain d’entente soit trouvé. Certes, la précarité n’est pas le fait des nouveaux dirigeants, encore moins des anciens, mais plutôt celui de tout un système qui confine le travailleur à la queue de la chaîne, faisant de lui l’éternel ouvrier de Chicago, taillable et corvéable à merci. Maintenir le dialogue ouvert et surtout « démocratiser » les sacrifices quand il faut en faire. C’est à ce prix que certains conflits sociaux pourront être résolus. Aujourd’hui où très peu de choses peuvent encore passer au forceps dans un pays du « plus rien ne sera comme avant », l’on ne saurait demander à certains de serrer la ceinture, pour que d’autres portent leurs bretelles », comme l’avait chanté Zêdess en son temps. De même, les travailleurs devraient prendre conscience que trop de grèves mettraient à coup à terre une économie burkinabè déjà exsangue.

Le 1er Mai sera donc commémoré, mais aura, une fois de plus pour les travailleurs, un goût de fiel. Après cette journée chômée et payée où la bière coulera sur de bons morceaux de poulets flambés ou de porc au four, ils retrouveront le traintrain fait de misères quotidiennes et surtout les fins de mois difficiles, jusqu’au prochain…1er mai où ils auront encore l’occasion de brandir à nouveau leur cahier de doléances !

Par Wakat Séra   

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