Accueil A la une 2021: l’Afrique entre attaques terroristes, coups d’Etat, et Covid-19

2021: l’Afrique entre attaques terroristes, coups d’Etat, et Covid-19

Le continent africain dans sa constante marche d'espoir (Ph. d'illustration/lemonde.fr)

Alors que 2021 se consume lentement mais inexorablement pour que 2022 naisse sur ses cendres encore fumantes, l’Afrique vit au rythme de ses contradictions, ballotée entre pauvreté endémique et mal gouvernance, coups d’Etat militaires et coups d’Etat constitutionnels, tout en restant à la merci de maladies cruelles comme le paludisme, le sida et désormais le Covid-19 et ses variants qui se suivent, dont le dernier né, Omicron, bien que moins dangereux que ses aînés se propage plus vite qu’eux tous réunis. C’est visiblement le Lucky Luke de la famille Coronavirus. Mais ce n’est pas qu’Omicron qui sème à tout vent sur le continent où le terrain est redevenu très fertile pour les putschs militaires et le charcutage des Lois fondamentales, dans le seul but, pour les princes du jour, de rester au pouvoir ad vitam aeternam.

Les militaires, que les experts de la loi, les organisations de la société civile et ceux qui nous dirigent, étaient persuadés avoir éloignés des palais présidentiels avec des condamnations et des sanctions draconiennes contre les prises de pouvoir par les armes, rôdaient pourtant toujours autour de la proie. Ayant l’art du camouflage, ils n’attendaient que leur heure pour agir. Malheureusement pour la démocratie, mais pur bonheur pour la soldatesque qui s’érige toujours en arbitre des crises socio-politiques, l’incurie des dirigeants ayant la mal gouvernance et le musellement des peuples dans l’ADN, sert sur un plateau d’or aux militaires, l’opportunité de «balayer la maison», et de s’y installer.

Record de deux putschs en 10 mois

Ainsi le Mali a-t-il eu son retour, sur la scène politique, des militaires qui ont déposé, le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), élu pour un second mandat mais dont le pouvoir fortement contesté par la rue, tombera comme un fruit mur, dans les mains des hommes de Kati, un certain 18 août 2020. Le colonel Assimi Goïta et ses frères d’arme n’en resteront pas à cette forfaiture. Ils réitèrent leur coup, cette fois-ci contre les dirigeants de la transition, le président Bah N’Daw et son Premier ministre Moctar Ouane, qu’ils ont interpellés, le 24 mai 2021. Le record de deux coups d’Etat en 10 mois!

En Guinée voisine, le putsch militaire a, lui, sans doute été salué par l’opposition et le peuple contraints à la répression, au silence, à l’exil et aux tueries, par un ancien opposant historique, entré par effraction au palais présidentiel Sékhoutouréya de Conakry. Mais pour l’honneur et la sauvegarde de la démocratie, il ne doit pas exister de coup d’Etat militaire «salutaire», même si en chassant du pouvoir, Alpha Condé, le 5 septembre 2021, le colonel Mamady Doumbouya mettait fin à un rêve démentiel de présidence à vie qui commençait par un troisième mandat anticonstitutionnel. Comme les autres, ce putsch militaire a été dénoncé par la communauté internationale, condamnation assortie de sanctions surtout ciblées contre les auteurs de ce énième coup de poignard porté à la démocratie sur le continent.

Tchad et Soudan

Autre pays, même mœurs! A la mort du Maréchal Idriss Deby Itno, son fils Mahamat Deby s’empara, sans autre forme de procès du trône vacant qui est devenu ainsi un patrimoine familial. Stupeur, le fils Deby est adoubé par cette même communauté internationale, avec à sa tête Emmanuel Macron, le président de la France, terre de la démocratie par excellence où le pouvoir ne peut être dévolu autrement que par les urnes. Démocratie à géométrie variable!

Le Soudan où l’armée a dû opérer un coup d’Etat pour faire partir un Omar el Bechir vomi par un peuple en ébullition, connaîtra également le double putsch à la malienne. Le général Abdel Fattah al-Burhan, et les siens, pour sauvegarder la mainmise de l’armée sur le secteur économique, après avoir sacrifié el Bechir, le 11 avril 2019, ne sont pas passés par quatre chemins pour torpiller la transition par un autre coup d’Etat qui a renversé le Premier ministre civil de la transition, Abdallah Hamdok, devenant les seuls maîtres de Khartoum, envers et contre toutes les sanctions de la fameuse communauté internationale. Et depuis lors, c’est à huis-clos que les généraux massacrent dans le sang, les contestataires de leur pouvoir de fer.

Transition de 6 mois à 5 ans au Mali

Du reste, comme au Soudan, en Guinée ou au Tchad, la transition est en souffrance au Mali, où des Assises nationales de la refondation de l’Etat (ANR), boycottées par les principaux partis politiques et organisations crédibles de la société civile, viennent de recommander une prorogation de la transition, de 6 mois à 5 ans, sans chronogramme électoral. Si en Guinée et au Tchad, on attend toujours le calendrier électoral, la posture officielle des autorités maliennes qui sera, sauf tsunami, celle des ANR, est donc connue. Les militaires derrière tout le micmac des assises, et autres intrigues, ne visent qu’un but, garder ce pouvoir qu’ils n’ont jamais voulu laisser, alors que le deadline des élections était fixé à février 2022, pour rendre le pouvoir aux civils et remettre le Mali sur les rails de la démocratie. Visiblement, l’Afrique vit bel et bien un nouveau printemps de coups d’Etat!

L’espoir venu du Niger

Malheureusement, ces coups de force ne sont pas que militaires. Le troisième mandat a fleuri également en Guinée avec Alpha Condé et en Côte d’Ivoire avec Alassane Ouattara, pour ne citer que ces deux pays. Fort heureusement, le Niger a fait la différence, portant au pouvoir, à l’issue d’élections ouvertes, un président démocratiquement élu qui a pris le témoin des mains d’un président lui aussi démocratiquement élu. Succédant ainsi à Issoufou Mahamadou, le président de la république du Niger, Mohamed Bazoum prêtait solennellement serment le 2 avril 2021, devant un peuple dont il s’est engagé à assurer le mieux-être. Prestation ponctuée par un discours d’investiture fondateur qui a fait date dans l’histoire démocratique que continue d’écrire avec fierté le Niger.

Insécurité au quotidien

A ces maux, contre lesquels les mots ressassés à longueur de sommets et autres réunions demeurent discours creux et vœux pieux, s’est greffée, depuis quelques années, une menace sécuritaire qui ne cesse d’enfler et endeuiller au quotidien, populations civiles et armées nationales. Même les forces étrangères, comme Barkhane, qui se sont engagées dans la guerre asymétrique que leur imposent les forces du mal ne sont guère épargnées par les balles et mines meurtrières des terroristes. Si la Force française, en plein redéploiement au Mali a perdu plus de cinquante de ses soldats, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) compte également ses morts, du fait du terrorisme. Loin de s’avouer vaincue malgré les coups qui lui sont portés régulièrement, notamment par la force française Barkhane, l’hydre terroriste s’échappe du Sahel africain où elle s’est sanctuarisée, pour étendre ses tentacules dans le golfe de Guinée.

Ainsi se refermera le dernier jour de 2021 sur une Afrique, où malgré tous les vents contraires, la solidarité légendaire entre populations fait maintenir l’espoir de lendemains meilleurs. Les regards étant tournés à présent vers le Cameroun qui abritera, la Coupe d’Afrique des nations 2021, la grande fête du football africain, du 9 janvier au 6 février 2022.

Wakat Séra saisit l’opportunité de cet enterrement de 2021, pour souhaiter, à tous ses nombreux lecteurs et annonceurs, une bonne et heureuse année 2022.

Par Wakat Séra

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