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30 ans assassinat Thomas Sankara : retour sur les lieux au Conseil de l’Entente

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Thomas Sankara

Ce 15 octobre 2017, cela fait 30 ans que Thomas Sankara a été assassiné au siège du Conseil de l’Entente à Ouagadougou. A l’occasion de cette commémoration, une équipe de Wakat Séra a effectué un retour sur les lieux, le 13 octobre à Ouagadougou.

C’est à l’emplacement du banc que Thomas Sankara s’est affalé criblé de balles

Le Conseil, un lieu rempli d’histoires et de mythe ! Situé entre la Radio nationale du Burkina, l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo et le siège du secrétariat permanent du Comité national de lutte contre le SIDA et les IST, c’est en ces lieux qu’est tombé Thomas Sankara et ses douze compagnons le soir du 15 octobre 1987. A ce que l’on a appris, Gilbert Diendéré a investi le bureau jouxtant celui du capitaine révolutionnaire dès le 16 octobre 1987. C’est ainsi que le Conseil est devenu plus tard l’antre du Régiment de sécurité présidentiel (RSP). Ce lieu faisait peur.

A cet endroit également où chacun des pays membres du Conseil de l’Entente avait un bâtiment, François Compaoré avait installé ses quartiers dans le local anciennement réservé au Togo, celui que M. Nacoulma, un ancien camarade du feu président, présente comme « la deuxième présidence » sous le règne de Blaise Compaoré.

L’ancien garde rapproché du premier président du Burkina Faso

Dans une visite guidée, l’ancien garde rapproché du premier président du Burkina Faso nous amène vers l’entrée principale du Conseil de l’Entente et indique le trajet de Thomas Sankara pour la réunion d’où il ne repartira pas. Ensuite, il montre le poste de police de l’époque à gauche de l’entrée. Là, l’on pouvait voir une sorte de prison avec des écrits d’anciens locataires sur les murs. De là, il nous conduit à la poudrière. Initialement destiné à un garage, l’endroit a ensuite été transformé en dépôt d’armes et de munitions. L’on pouvait du reste voir de vielles choses encore transposées.

Notre interlocuteur, visiblement encore dans son passé, refuse de s’approcher de l’ancien local qui abritait la salle de la  réunion du 15 octobre 1987. A distance, il indique l’entrée du local où un banc est posé. Il dit que c’est à l’emplacement du banc que Thomas Sankara s’est affalé criblé de balles. Il explique que quand les « assassins sont venus, ils ont demandé qu’il sorte. Il est sorti les mains en l’air et ils l’ont rafalé posé là », indiquant le banc. Cependant, il précise qu’il n’était pas sur les lieux au moment des faits. A la question de savoir pourquoi, il répond : « Je suis monté à la  garde à la Présidence  le 14 matin à 7 heures et je suis descendu le 15 matin à 7 heures. A 14 h 45, je suis revenu pour le sport de masse ».

Ce bâtiment abrite le bureau de Thomas Sankara et la salle de la réunion du 15 octobre 1987

Dans ses explications, il confie que quand le président John Jerry Rawlings était au Burkina Faso pour le lancement de la campagne de souscription pour le Mémorial, il a visité ces endroits et l’ancien président ghanéen « a pleuré ici ». Revenant sur le 15 octobre 1987, il confie que Alouna Traoré, le rescapé « a eu la vie sauve grâce à l’un des assaillants qui a pensé que c’était son parent, croyant que c’est un Traoré de l’Ouest ». Il se raconte que le survivant a fait le mort pour échapper, mais M. Nacoulma dit que « c’est faux ! ». Il poursuit : « A l’époque j’étais dans la sécurité rapprochée de Thom. Vous pouvez calculer du 5 février 1975 au 15 octobre 1987. Cela fait 12 ans, 8 mois et 10 jours. En 1986 j’étais adjudant jusqu’en 2006».  Nous nous étonnons : « 20 ans comme adjudant, pourquoi ? ». Voici sa réponse : « Pourquoi ? Tu étais avec Thom non ? ».

Il nous a aussi fait savoir qu’en 12 ans aux côtés du président Thomas Sankara, il ne l’a jamais vu prendre un café, à la limite un thé, de temps à autre. Poursuivant, il raconte : « Celui qui dit qu’il fumait ou qu’il prenait la drogue a menti. En 12 ans, je ne l’ai jamais vu prendre un simple café. Pour la boisson, il aimait le jus de tamarin ».

Par Boureima DEMBELE