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France: la mue est-elle possible après le corps nu?

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Sébastien Lecornu, le Premier ministre éphémère d'Emmanuel Macron (Ph. France Bleu)

Si Sébastien Lecornu n’a pu répondre aux attentes de ses concitoyens en éteignant l’incendie socio-politique qui embrase les bords de la Seine et emporte tous les derniers Premiers ministres d’Emmanuel Macron, il rentre tout de même dans l’histoire de la France! En rendant sa démission, ce lundi 6 octobre, après avoir été nommé au poste rien que le 9 septembre dernier, il détient, en effet, le record dont il aurait sans doute, bien voulu se passer, du Premier ministre le plus fugace. Il a été le successeur de François Bayrou, juste pour 27 jours! Ironie du sort, il était en train de former son gouvernement dont une partie, était, du reste connue. Et c’est visiblement la fausse-note qui a précipité son départ, plongeant un peu plus la France dans les sables mouvants où le moindre mouvement l’enfonce davantage. Dire que le Premier ministre qui a fait long feu devait se présenter devant les élus, ce mardi, pour rendre publique sa déclaration de politique générale!

Si ce énième coup de tonnerre dans le ciel politique français pourrait être celui de trop, il faut reconnaître que la foudre n’a pas encore atteint sa véritable cible qui n’est autre que le président de la république, Emmanuel Macron. Ce dernier, dont le mandat arrive à terme en 2027, est contraint, sous le feu des critiques, des menaces de motion de destitution, et appels à démission de la rue, d’utiliser et d’abuser des nomination et démission des Premiers ministres pour prolonger son séjour à l’Elysée, jusqu’à la fin de son second quinquennat. Questions: le président de la République, a-t-il encore des fusibles à faire sauter, selon son bon vouloir? Jusqu’à quand Emmanuel Macron résistera-t-il aux tirs nourris venus de toutes parts et déclenchés par l’opposition, qu’elle soit de Gauche, des Insoumis et de l’Extrême droite?

L’horizon est bien sombre pour le chef gaulois qui n’arrive pas à trouver le bon druide pour lui préparer la potion magique. D’ailleurs, dès la démission de Sébastien Lecornu, la France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, a demandé l’«examen immédiat» de la motion de destitution du président de la République. Dans le même temps, le Rassemblement national de l’inoxydable Marine Le Pen, réclame une dissolution de l’Assemblée, devenue, selon ce parti, «incontournable». LFI a proposé une rencontre avec les partis de gauche alors que Les Républicains (LR), eux, se réunissent en urgence. Le seul dénominateur commun de ces actions est qu’elles concourent, toutes, à accentuer les difficultés dans lesquelles s’empêtre Emmanuel Macron qui, lui, garde 2027 comme terminus. Y parviendra-t-il?

En tout cas, s’il a résisté au Covid’19 et aux assauts des Gilets Jaunes à l’époque, la crise actuelle qui lui fait griller Premier ministre sur Premier ministre, semble bien plus costaude pour Emmanuel Macron qui n’est pas non plus gâté par la météo internationale, avec la guerre imposée à l’Ukraine par la Russie, la reconnaissance de la Palestine par la France et la montée du sentiment anti-français qui s’est exacerbée en Afrique, notamment au Sahel.

Que reste-il à faire à Emmanuel Macron confronté à plusieurs vents aussi violents les uns que les autres? Démissionner? Il n’y a jamais pensé en se rasant le matin. Dissoudre l’Assemblée nationale? Cela ne lui portera certainement pas bonheur, lui qui n’est plus en odeur de sainteté avec aucun bord politique de poids et a enclenché, depuis lors, une chute vertigineuse de popularité, se retrouvant souvent dans les profondeurs des sondages. Cette option risque d’ailleurs d’offrir sur un plateau d’or, l’institution législative, à l’Extrême droite, le poil à gratter des politiciens français qui jusque-là, savent taire leurs divergences quand il s’agit de barrer la route au père ou à la fille Le Pen. Nommer un autre Premier ministre qui, aura peu ou prou de réussite à se maintenir dans ce fauteuil méritant plus que jamais son qualificatif d’éjectable, alors que l’air de Matignon devient suffocant pour les chefs de gouvernement qui se succèdent à un rythme effréné?

C’est une évidence, Emmanuel Macron, tout comme son homologue malgache, Andry Rajoelina, son aîné de seulement quatre ans, se trouve à la croisée des chemins. Tout choix semble être désormais périlleux, ou tout le moins, délicat pour le président français.

Par Wakat Séra