Depuis avril 2023, deux généraux, alliés à l’époque et devenus ennemis, car assoiffés de pouvoir, imposent une guerre, dont les morts ne se comptent plus, si ce n’est en dizaines de milliers, au Soudan! Qui plus est, le pays est confronté à une crise humanitaire sans précédent qui a jeté sur les routes de l’exil, des millions de Soudanais qui ont dû tout abandonner, dans leur fuite éperdue. A la tête des Forces armées régulières, le général Abdel Fattah-al Burhan est engagé dans une lutte à mort contre les Forces de soutien rapides du général Mohamed Hamdan Dagalo, alias «Hemedti». Les armes fournies, pour la plupart, par des soutiens internationaux des deux camps, tonnent sans cesse et, comme à l’accoutumée d’ailleurs, ce sont les populations civiles, notamment les couches les plus vulnérables que composent les femmes et les enfants, qui paient le tribut le plus lourd à cette folie des généraux. Des chiffres alarmants et qui ne font qu’enfler jour après jour, évoquent, en plus des nombreux morts, au moins 13 millions de personnes déplacées et le règne de la famine et des maladies depuis que la guerre des généraux fait rage. Les cas de viols et de toutes sortes de violations des droits humains pullulent. En somme, c’est l’horreur dans un Soudan où chaque seconde de vie tient du miracle pour les populations.
Et depuis la prise de la ville de El Fasher, par les rebelles du FSR, la capitale de la province du Darfour du Nord au Soudan, est devenue le laboratoire des atrocités les plus immondes avec comme sujets d’expériences, les habitants de la localité. Et c’est face à ces «souffrances inacceptables» subies par les civils, que depuis le Vatican, la voix du pape Léon XIV s’est élevée ce dimanche 2 novembre, jour dédiée aux Défunts dans la croyance catholique. Le pape, suite à l’Angélus, a exhorté la communauté internationale, jusque-là indifférente à la guerre silencieuse au Soudan, de se bouger. Le souverain pontife qui a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à l’ouverture de corridors humanitaires, n’a pas caché la douleur qui est sienne, devant tant de cruautés. Question: quelle communauté internationale le pape appelle-t-il à l’action? La même qui regarde de façon différente les morts de Gaza, de l’Ukraine d’un côté et du Soudan de l’autre? Est-ce la même communauté internationale qui fait le distinguo entre les conflits, qu’ils aient pour théâtre, l’Occident ou l’Afrique? Est-ce la même communauté internationale qui n’entre en scène sous les tropiques, que lorsque des intérêts des «puissants de ce monde» sont menacés? Est-ce la même communauté internationale qui n’agit que pour des considérations économiques et géopolitiques?
En tout cas, si c’est cette même communauté internationale pour laquelle l’Afrique n’est plus , ni moins qu’une terre de profits immenses où elle n’intervient que pour en piller les richesses naturelles et «partager le monde», comme l’a chanté le reggae-maker ivoirien Tiken Jah Fakoly, alors, le pape pourrait bien avoir prêché dans le désert.
La voix du pape pourrait également bien se perdre dans le bruit des armes en Tanzanie, où, pour faire valider son élection, ou plutôt sa «non élection», selon son opposition, la présidente Samia Suluhu Hassan compte sur des forces de l’ordre à la gâchette facile, pour faire taire toute contestation. Du reste, la première femme présidente de la Tanzanie, malgré l’émeute réprimée qui a fait de nombreux morts et blessés, vient de se faire porter à la tête du pays, avec près de 98% des voix, en l’absence de l’opposition aux élections générales du 29 octobre. Question: même si toutes les parties ont été invitées par le pape Léon XIV «à emprunter la voie du dialogue», combien de morts feront encore la contestation dans les rues, de ce pouvoir, avant que les prières que le souverain pontife a recommandées aux fidèles chrétiens, atteignent Dar es Salam, pour que cessent les affrontements meurtriers?
En attendant que les supplications venues de Rome désarment les mains et les cœurs, il faut déjà se réjouir que la voix du successeur de Saint Pierre résonne comme une alerte sérieuse sur la guerre au Soudan et la situation inquiétante en Tanzanie.
Par Wakat Séra




























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